Santé

La diarrhée pendant les règles, le dernier tabou sur le corps des femmes

Temps de lecture : 3 min

Aucune honte à avoir: il s'agit d'un symptôme très fréquent, qui a une explication scientifique.

Espace de soulagement | Chriskeller via Pixabay CC0 License by
Espace de soulagement | Chriskeller via Pixabay CC0 License by

Pendant les règles, les fonds de culottes, les draps, les toilettes sont un champ de bataille. Un branle-bas de combat qui commence fort, dès les premières heures après le déclenchement des menstruations. Une envie pressante d’aller aux WC se fait sentir, afin de se débarrasser non seulement du sang qui coule, mais aussi se soulager d'un autre symptôme désagréable qui accompagne les règles: la diarrhée. Un détail dont personne ne vous prévient quand vous devenez réglée à l'adolescence –ni les livres de SVT, ni les médecins.

«Déjà les règles, c'est bien dégueulasse. Alors vous imaginez, le sang ET les excréments…», explique Jack Parker, auteure de Le grand mystère des règles. «Les gens ont toujours en tête le cliché de la femme qui sent toujours la rose, qui ne pète pas, qui n'a pas de problèmes gastriques.» Et pourtant, il va falloir se faire à l’idée que les femmes évacuent les déchets en tous genres de leurs corps, exactement comme les hommes.

La faute aux prostaglandines

Alors quoi, une fois par mois, le corps des femmes déraillerait complètement au point de les transformer en usine à déjections? Pas vraiment. Le docteur Élisabeth Paganelli, déléguée du Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France, l'assure: il existe une explication bien scientifique. «C'est dû aux prostaglandines.» Rien à voir avec la prostate: les prostaglandines sont des composés produits par le corps, qui favorisent la contraction. Elles entrent en jeu au moment des règles, quand l'ovule n'a pas été fécondé par un spermatozoïde, pour éliminer le sang qui s'est accumulé sur les parois de l'utérus.

«Elles provoquent des contractions qui vont détruire la muqueuse et lui permettre d'être expulsée. Tout travaille plus vite», résume Jack Parker. Comme les prostaglandines sont diffusées dans le sang, elles interviennent aussi dans le système digestif. Et qui dit contractions pour expulser, dit diarrhée. «Ce symptôme est surtout présent le premier jour des règles et s’atténue par la suite», souligne Élisabeth Paganelli.

Pas un mot à la gynéco

De manière générale, que la poussée soit due aux prostaglandines ou à la contraction volontaire des muscles, les répercussions se font sentir aussi bien dans la zone gynécologique qu’au niveau du système digestif. C’est la raison pour laquelle il est tout à fait courant de déféquer pendant son accouchement –une crainte pour de nombreuses femmes. En témoignent les recherches Google comprenant le mot «accouchement»: en pôle position des recherches, devant «accouchement par césarienne» ou «accouchement Kate Middleton», se trouve «accouchement caca».

Évidemment, il est beaucoup plus facile de se renseigner auprès d’un moteur de recherche que d’en parler les yeux dans les yeux avec son praticien de santé. «En consultation, les patientes n’osent pas vraiment nous poser des questions liées au transit. Cela n’arrive que rarement», explique le docteur Élisabeth Paganelli. Ce qui explique qu’il faut parfois de longues années avant d’apprendre que le phénomène est tout à fait normal. «Comme personne n’en parle jamais, les femmes mettent beaucoup de temps à faire le lien», explique Jack Parker.

Des non-dits bien tenaces

Pourquoi un tel tabou? Pour Jack Parker, il ne serait pas tant lié au côté «sale» des excréments, mais plutôt aux non-dits au sujet des règles. «Récemment, le livre Le charme discret de l’intestin est sorti en librairie. Il est devenu un best-seller en France, alors qu’il parle de constipation et de diarrhée. Dans la vie courante, il est plus facile d’expliquer autour de soi qu’on a la gastro plutôt que de dire qu'il s'agit de notre semaine de règles –ce qui est assez paradoxal, puisque le deuxième cas de figure est beaucoup plus fréquent.»

Avec un peu de chance, les femmes apprendront au détour d’une conversation avec des amies qu’un lien entre diarrhée et menstruations est avéré. «Heureusement qu’il existe ces moments entre copines, où l’on parle franchement et où on peut se dire “punaise, j’ai une énorme chiasse avec mes règles”.»

Personne ne se sent bien avec la diarrhée, et quasiment personne ne se sent bien le premier jour de ses règles. Alors imaginez les deux réunis. «Ça peut être franchement horrible. Le pire, c’est le matin, quand le corps a accumulé du sang et des déjections toute la nuit. Ça fait un bien fou de se prendre dix minutes pour aller se vider aux toilettes.»

Pour atténuer les effets des prostaglandines sur le transit, pas de recette miracle. Le docteur Paganelli conseille d’adapter son régime alimentaire en évitant de consommer des aliments trop diurétiques. Jack Parker, elle, souligne qu’il est toujours bon de surveiller son corps et ses réactions naturelles pendant son cycle. Histoire de faire en sorte que les règles, une période pas franchement simple du mois, soient vécues de la meilleure manière possible.

Cécilia Léger Journaliste

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