Santé / Sciences

«Je ne ressens ni le besoin d’être en couple, ni de sexe. Par contre, j’ai envie d’affection»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Mila, une femme qui se dit peu intéressée par les relations sexuelles, mais qui aimerait néanmoins être câlinée.

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Celeste Cid et Leonardo Sbaraglia dans «Aire libre», d'Anahí Berneri (2014) | Capture d'écran via YouTube

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont les épisodes sont à retrouver ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là.

Chère Lucile,

Je suis une personne qui ressent très peu souvent de l’attraction sexuelle. J’ai déjà eu des copains, des relations longues, mais je ne suis pas très intéressée par le sexe. Si au début, je me sentais un peu «défaillante», je suis maintenant en paix avec ça. Je suis contente d’être comme je suis, et je ne ressens actuellement le besoin ni d’être en couple, ni de sexe.

Par contre, j’ai envie d’affection. J’adore les câlins. J’aimerais parfois proposer à des amies ou amis de venir chez moi pour une soirée film et câlins, mais je n’ose pas trop. Mes amies ne sont pas très intéressées, et avec les hommes, ça tombe directement dans le registre sexuel. Que faire? Dois-je me forcer à avoir des rapports sexuels pour recevoir de l’affection et de la proximité physique? Vais-je être solitaire pour toujours?

Mila

Chère Mila,

Il semble que vos désirs rentrent dans le spectre de l’asexualité. Ce n’est pas bizarre, et ce n’est pas si rare. Je suis même convaincue que quand on met une étiquette dessus, les choses nous paraissent tout de suite moins effrayantes.

Vous êtes en paix avec vous-même et avec ce que vous êtes, et je ne peux que vous en féliciter. Seulement, maintenant que vous avez identifié vos désirs, ceux-ci vous semblent difficiles à mettre en oeuvre.

Vous trouverez sans doute votre bonheur en intégrant une communauté. Le forum Aven pourrait vous permettre de rencontrer des personnes ayant les mêmes désirs que vous, et le site de rencontres Betolerant propose même une section ouverte aux personnes asexuelles.

Je ne crois pas qu’une vie solitaire soit votre destin de manière inéluctable, et si vous n’en avez aucune envie, je vous déconseille d’utiliser les rapports sexuels pour obtenir les contacts physiques dont vous avez besoin. Ce serait vous faire violence et me semble totalement contre-productif.

En revanche, et je sais qu'il s'agit d'une grosse étape, vous devriez annoncer à vos proches que vous êtes asexuelle. En expliquant qui vous êtes, vous serez plus à même de leur faire comprendre que c’est d’elles et d'eux que vous attendez éventuellement une proximité physique, dans le respect de leurs limites personnelles.

Je ne suis pas quelqu’un de naturellement tactile, mais si un ou une amie venait me voir en me demandant un câlin parce qu’il ou elle en a besoin ou envie, je ne m’imagine pas le lui refuser. Parce qu’une telle demande coûte à verbaliser, elle doit être prise au sérieux.

On a tendance à oublier les bénéfices d’une telle activité, qui stimule la production d’ocytocine (aussi appelée hormone du câlin), abaisse le rythme cardiaque et fait diminuer la production de cortisol, responsable du stress.

Parlez-en, proposez ces soirées qui vous font envie. Un film et des câlins, ce n’est pas plus bête qu'une raclette et des jeux de rôles, des mojitos et Dirty Dancing. Certaines personnes peuvent être mal à l’aise avec l’idée. Il faudra juste leur expliquer que vous ne leur en tenez pas rigueur et que ce programme est bien dénué d’arrières pensées. C’est juste vous, et c’est comme ça.

En verbalisant, vous seriez probablement étonnée du nombre de vos amies et amis que cette idée ne choque pas. On ne pense juste pas à faire des câlins, à se toucher, à avoir les gestes qu’il faut, les gestes qui font du bien.

Je réalise en vous écrivant qu’il m’est déjà arrivé de me demander si un câlin était nécessaire dans une situation donnée et de ne pas l’avoir fait, par peur du ridicule et de l’incongru. J’imagine que si la situation est discutée en amont, cette question ne se pose plus.

Puisque vous semblez être en paix avec vous-même, n’ayez pas peur d’en parler et d’assumer. Vos proches, ces personnes qui comptent pour vous et pour qui vous comptez, doivent accepter cette part importante de votre personnalité.

Lucile Bellan Journaliste

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