France

L'extrême-gauche ne capitalise pas sur la crise (MàJ)

Thomas Legrand, mis à jour le 21.01.2010 à 11 h 01

Quand la situation est vraiment grave, l'opinion préfère la protection à la révolution.

Olivier Besancenot, chef de file du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) a décidé d'être «tête de liste» pour son parti en Ile-de-France lors des régionales des 14 et 21 mars. C'est la première fois que le facteur de Neuilly-sur-Seine conduit une liste dans ce type de scrutin afin, dit-il, de faire entendre «la voix d'une gauche anticapitaliste et indépendante». Alors que le NPA traverse un «trou d'air», le pari est risqué pour Besancenot, d'autant plus qu'aux européennes de juin 2009, la liste du NPA (4,26%) avait été devancée par celle du Front de gauche (5,71%) regroupant le PC et le parti de Jean-Luc Mélenchon.

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Les sondages ne sont pas bons pour le parti d'Olivier Besancenot dans l'optique des élections régionales. Ici aussi, comme hier lundi, lorsque nous évoquions le FN, prudence et modestie dans l'analyse des sondages concernant les intentions de vote. Il s'agit d'une photo à un instant T, la campagne n'a pas commencé... Vous connaissez les précautions d'usage que l'on répète régulièrement, avant (tout aussi régulièrement) de s'empresser de ne pas les respecter en tirant des tas de conclusions.

Donc... tirons des conclusions. Sérieusement, cela fait plusieurs vagues de sondages qu'Olivier Besancenot et le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) semblent patiner alors que la crise est installée, que les délocalisations se poursuivent, que le capitalisme et le libéralisme n'ont pas le vent en poupe. Pourquoi donc, dans un pays comme le nôtre qui a traditionnellement une extrême gauche puissante, un volet trotskiste, puis maintenant post-trotskiste vivace, est-ce au moment où toutes les conditions sont réunies pour un théorique succès que l'on perçoit un affaissement?

Ce qui apparaît comme anachronique a plusieurs explications. Il y a la réorganisation de la gauche de la gauche avec l'apparition du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon et son alliance avec le PCF. L'ancien sénateur socialiste fait entendre une voix forte et protestataire assez efficace, qui grignote l'électorat de l'ex-LCR. Et puis il y a une raison, disons plus conjoncturelle, liée au climat politique et à l'ambiance générale: paradoxalement, le trotskisme (ou l'extrême gauche) se porte mieux quand la crise n'est pas trop grave, quand on se sent assez fort pour envisager des bouleversements ou surtout critiquer radicalement le système. En revanche, quand la situation sociale est plus tendue, quand les insécurités sociales s'accroissent, le réflexe de l'opinion est davantage de se tourner vers la protection que vers la révolution... Même en ce qui concerne un parti qui n'a de révolutionnaire que le discours. Les aléas de la météo sondagiaire pour les personnalités et les partis ont donc plus à voir avec l'adéquation d'une personnalité et d'un discours à des circonstances et une conjoncture particulières qu'aux efforts que les hommes ou femmes politiques peuvent déployer pour se montrer convaincants ou séduisants.

Rassurer et protéger plutôt que réformer

L'époque est à sauver les meubles plus qu'à faire la révolution. Sauver les meubles du modèle social français, protecteur, fondé sur l'idée de solidarité. Ce modèle est maintenant vanté officiellement par la majorité. Les socialistes (avec la personnalité de Martine Aubry) ont plus d'arguments pour l'incarner que l'extrême gauche qui conteste la nature même du modèle. C'est en partie sur cette idée de protection que Nicolas Sarkozy s'est fait élire, plus que sur l'idée de réforme. Pendant la campagne, il ne s'agissait pas de protection sociale (nous étions avant la crise qui a éclaté à l'automne 2008). Il s'agissait de protection dans le domaine sécuritaire, d'un retour de l'autorité sur le thème de la sécurité. Dans le domaine économique et social, le discours était aussi borduré: si l'on parlait de rupture et de réformes, les thèmes annexes et les mots choisis devaient dessiner une candidature rassurante et solide. De la rupture, du libéralisme, mais des traditions sociales, du Blum et du Jaurès.

L'aspiration à plus de sécurité dans tous les domaines est perceptible par tous ceux qui s'intéressent à l'opinion. Un récent rapport de Médiascopie, organisme qui étudie le sens et le poids des mots dans le débat public, notait le mois dernier que cette demande se renforçait en cette fin 2009/début 2010. L'aspiration à la protection n'est pas franchement compatible avec un discours néo-révolutionnaire. Et le talent dont fait preuve Olivier Besancenot n'y peut pas grand-chose.

Thomas Legrand

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Image de Une: Olivier Besancenot Stephane Mahe / Reuters

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