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Devinez qui a supervisé le décompte des voix lors de la dernière présidentielle russe

Temps de lecture : 2 min

La composition des équipes des bureaux de votes montre une très forte présence du parti politique Russie unie, celui-là même qui soutenait Poutine pour l'élection présidentielle.

Des membres d'une commission locale vident les urnes pour compter les votes lors de l'élection présidentielle russe du 18 mars 2018, à Saint-Pétersbourg. |
Olga Maltseva / AFP
Des membres d'une commission locale vident les urnes pour compter les votes lors de l'élection présidentielle russe du 18 mars 2018, à Saint-Pétersbourg. | Olga Maltseva / AFP

Trois jours après l'élection présidentielle russe du 18 mars qui a une fois de plus ratifié l'ancrage de Poutine dans le pays, Reuters publiait les photos d'électeurs ayant voté dans deux bureaux de vote différents.

Avec 76,7% des voix dès le premier tour, la victoire était écrasante; pas surprenante, vue la faiblesse de l'opposition et les soupçons de fraude. Des soupçons qui pourraient bien ne pas se limiter au bourrage des urnes, mais aux membres des bureaux de vote mêmes, à propos desquels le Washington Post vient de publier une enquête.

Des bureaux élus par les partis

Pour plus de 95.000 bureaux de vote, près de 800.000 agents ont été déployés à travers le territoire, pour vérifier l'identité des votants, compter les bulletins et établir les scores dans chaque circonscription.

«Il existe un certain nombre de raisons de douter que les commissions électorales russes aient été équilibrées et impartiales», écrit le Washington Post, après avoir analysé les données des travailleurs électoraux fournies par la Commission électorale centrale de la fédération de Russie.

«Nous avons passé plusieurs mois à surveiller la composition des commissions de circonscription avant les élections de 2018. […] Nous avons pris en compte les noms des membres des bureaux de vote, leurs postes en tant que commissaires (président du bureau de vote, président-adjoint, secrétaire, membre régulier), et quel type d'organisation les avait nommés à la commission.»

Le recrutement des intervenants des bureaux de vote s'est fait par les partis politiques russes, les rassemblements d'électeurs et les organisateurs civils, qui en ont respectivement nommé 385.000, 355.000 et 65.000.

D'après le Washington Post, les rassemblements d'électeurs constituent «le mécanisme le plus volumineux et le plus sensible sur le plan électoral de la mobilisation des agents électoraux.» Près des deux tiers sont recrutés sur leur lieu de travail, et beaucoup sont des bjudgetniki, c'est-à-dire des employés de l'État. Le Washington Post décrit cette composition comme pouvant être soumise à une forme de «coercition politique», dans la mesure où, demeurant dépendants des ressources administratives et soumis à leurs supérieurs hiérarchiques, ils peuvent se retrouver poussés par ces derniers à effectuer des manipulations électorales, ou à fermer les yeux sur celles qu'ils pourraient observer.

Russie unie maître des clefs

Plus signifiant est le pourcentage de commissaires liés au parti Russie unie (celui qui soutient Poutine, avec Russie juste et Plateforme Civique) et présents à des postes élevés: sur près de quatre-vingt partis représentés, le parti disposait de 71,3% des présidents, 28,2% des président-adjoints, 29,4% des secrétaires, quand le Parti communiste de la fédération de Russie (PCRF), son principal opposant (qui portait Pavel Groudinine, pour un score final de 11,77%), ne disposait pour sa part que de 5,4% de sympathisants présidents, 15,2% président-adjoints, et 11,7% de secrétaires.

Au niveau des simples membres réguliers, les écarts étaient lissés.

Ces postes élevés dans la hiérarchie procurent un contrôle renforcé des commissions. Et de fait, plus de 38.000 présidents de bureaux de vote ont été recrutés parmi les élus des rassemblements de votants, ce qui selon le Washington Post signifie «qu'une grande partie d'entre eux est plus vulnérable aux pressions administratives, principalement sur leur lieu de travail.» Parmi eux, 28.000 ont été enrôlés par Russie unie, «qui à elle seule contrôle deux fois plus de présidents de commissions que tous les partis réunis.»

Enfin, les bureaux électoraux de la Crimée, qui votait pour la première fois depuis son annexion, semblent être les lieux d'une exacerbation de ces arrangements douteux. En comparant la composition des bureaux des dernières élections de 2012, sous domination ukrainienne, et de 2018, le Washington Post relève que moins de 20% des commissaires ont été réemployés lors des dernières élections: «Cela suggère que le nouveau régime a largement substitué de nouveaux agents électoraux au personnel de l'administration électorale précédente.»

«Pris ensemble, ces éléments brossent un tableau des nombreuses façons dont le régime russe peut contrôler ce qui arrive le jour des élections», conclut le journal.

Slate.fr

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