WeChat, l'application totalitaire dont rêvait le gouvernement chinois
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WeChat, l'application totalitaire dont rêvait le gouvernement chinois

Temps de lecture : 14 min
Léa Polverini Léa Polverini

Avec plus d'un milliard de comptes utilisateurs, WeChat réalise le rêve d'une plateforme unique où s'effectuent toutes les interactions de la vie quotidienne: un modèle qui peut apparaître comme la «face sympa» du régime autoritaire chinois.

L'été dernier ont fleuri sur les abribus et potelets parisiens des petits stickers arborant deux bulles vertes, chacune contenant deux points de suspension, comme deux paires d'yeux en plein dialogue. La RATP se félicitait alors de sa toute nouvelle présence sur l'application WeChat: enfin un outil adapté au public chinois parti en goguette dans «la patrie des droits de l'homme».

La RATP sur WeChat

Les quelque deux-cent-vingt autocollants franciliens déployés pour l'occasion font cependant pâle figure face à l'étendue du terrain conquis par l'application dans son pays de développement.

En l'espace de sept ans, WeChat (Weixin pour les Chinois) a comptabilisé un milliard de comptes utilisateurs actifs à travers le monde, le cap ayant été franchi en mars.

Une application totale

Développée par le géant chinois des services internet Tencent, l'application consiste d'abord en un système de messagerie, aussi bien écrite que vocale, et permet des appels audio ou vidéo ainsi que l'envoi de photos, le tout à partir d'une connexion internet: une sorte d'équivalent de WhatsApp aux mêmes couleurs, les sociétés mères des deux plateformes rivalisant en Bourse (avec des capitalisations entre 550 et 530 milliards de dollars en janvier dernier). Voilà pour les fonctionnalités de base. Mais WeChat ne s'arrête pas là.

Sa spécificité, c'est de proposer et de regrouper tous les services dont la population peut avoir besoin au quotidien: WeChat permet notamment d'effectuer des transactions financières, que ce soit au niveau de son compte en banque ou pour payer ses factures, ses courses à l'épicerie du coin ou auprès d'un vendeur de rue, régler l'addition au restaurant et sa course de taxi, envoyer de l'argent à un ami, mais aussi louer un vélo communautaire, demander des services géolocalisés, prendre une offre de cours ou un rendez-vous chez le médecin, consulter les actualités et suivre celles de ses amis —façon fil Facebook—, à quoi il convient d'ajouter la fonction florissante des «mini-programmes», soit environ 580.000 applications intégrées, accessibles en scannant les QR codes proposés par différents organismes et qui ont vocation à absorber toutes les autres applications rendues obsolètes.

Les applis concurrentes capables de rivaliser sont rares: la plus coriace est Alipay, un système de paiement développé par Alibaba Group en 2004 à l'initiative du multimilliardaire Jack Ma, classé 20e dans le palmarès Forbes des milliardaires mondiaux, soit trois places derrière Ma Huateng, le patron de Tencent.

Le service devance WeChat sur le marché des moyens de paiement (54% contre 40%), lui grillant l'autorité sur Taobao, le principal site de vente en ligne chinois, mais s'en tient là: de même qu'UnionPay, l'application ne sert qu'à effectuer des paiements ou des transferts d'argent. De l'autre côté, le très populaire site de microblogging Sina Weibo —première cible de la censure en temps troubles— ne verse que dans la facette réseaux sociaux: WeChat est seule maîtresse en son domaine, ayant fait de tous les domaines sa spécialité.

600 millions de Chinois utilisent WeChat comme portefeuille électronique | Richard A. Brooks / AFP

Les chiffres sont imposants: 79,1% des utilisateurs chinois de smartphone ont installé WeChat, qui compte pour 30% du temps passé en ligne via un mobile dans le pays. Avec 600 millions de Chinois qui utilisent l'application comme portefeuille électronique et trente-huit milliards de messages qui y transitent chaque jour pour quelques six autres milliards de messages vocaux, Weixin et WeChat totalisent 989 millions d'utilisateurs actifs tous les mois.

WeChat, allégorie du régime chinois?

En somme et à la lettre, WeChat a une ambition totalitaire. À mesure qu'elle se développe, elle réalise le rêve d'une plateforme unique où s'effectuent toutes les interactions de la vie quotidienne. Inévitable —il est des endroits où le seul moyen de règlement passe par une application, où WeChat se dispute alors le marché avec Alipay— et généralisée, elle recouvre aussi bien les nécessités sociales que privées, des transactions les plus normées aux échanges intimes entre familiers.

Cette intrication participe pleinement d'un brouillage des frontières entre ce qui relève du privé et ce qui relève du public. C'est ce même brouillage qui est mis en œuvre par le régime –dictatorial– chinois. Pour reprendre la formule consacrée, on pourrait dire qu'en Chine, «le privé [devient effectivement] politique», mais sous l'œil du Parti.

L'anecdote pas si anecdotique de la province de Jiangxi, au sud-est de la Chine, en est un témoignage éloquent parmi d'autres: en novembre dernier, dans le cadre d'une campagne de réduction de la pauvreté, des membres du Parti communiste chinois (PCC) ont été missionnés pour «évangéliser» les communautés chrétiennes aux couleurs du Parti: déclarés interdits, leurs symboles religieux ont été retirés des foyers, et largement remplacés par des portraits du président Xi Jinping. Ce type d'initiative s'inscrit dans un contexte de propagande généralisée, où l'idéologie portée par le régime et qui tend à se confondre avec l'idée même de la nation chinoise est placée au cœur des foyers, par une forme de paternalisme politique.

Le portrait du président Xi Jinping accompagne les citoyens chinois au quotidien | Greg Baker / AFP

De la coercition au polissement, le «rêve chinois» s'impose dans la société à travers la promotion d'un modèle où la vertu se conjugue au patriotisme. Émilie Frenkiel, maître de conférences en sciences politiques à l’université Paris-Est Créteil et co-rédactrice en chef de la revue La Vie des idées, explique ainsi:

«La société chinoise est profondément élitiste. On dit que les gens sont de grande ou de faible “qualité”. Cela se retrouvait dans la politique de l'enfant unique, à travers laquelle on ne privilégiait plus la quantité, mais la “qualité” de l'enfant.»

Cette notion de «qualité», culturellement intégrée pour les citoyens chinois comme faisant partie de l'ordre social, est également ce qui justifie les moyens mis en œuvre pour n'autoriser que des discours très normatifs, polis et policés, sur le gigantesque espace d'expression que constitue internet –en un mot, ce qui justifie la censure.

La censure, ciment de la «civilisation»

Bien avant que Nicolas Sarkozy ne reprenne l'idée d'un «internet civilisé», popularisée en France au moment des débats sur la loi Hadopi, le gouvernement chinois lançait en avril 2006 une campagne nettement plus radicale, poétiquement intitulée «Que soufflent les vents d'un internet civilisé», qui consistait à purger l'internet chinois de ses contenus litigieux –principalement la pornographie, les appels à la mobilisation et les critiques idéologiques du régime.

Mise en place dans le cadre des «Huit Honneurs et Huit Déshonneurs» –nom donné aux préceptes recouverts par la pensée de Hu Jintao, le prédécesseur de Xi Jinping–, elle fut très bien accueillie par la population:

«En Chine, il y a cette idée qu'il faut civiliser internet, qu'on ne peut pas laisser certaines personnes le salir, des trolls monopoliser la parole, ou des gens irresponsables ou pas assez patriotes s'exprimer. Ces rappels à l'ordre sont considérés comme normaux par la majorité de la population», décrit Frenkiel.

Néanmoins, la loi de 2013 contre les rumeurs en ligne, qui menace de trois ans de prison et de privation des droits civiques quiconque serait à l'origine d'une «fausse information» ayant cumulé plus de 5.000 vues ou ayant été rediffusée plus de 500 fois, constitue un tournant dans l'usage de l'internet chinois.

Avec cette nouvelle régulation, un glissement massif de Weibo à WeChat s'est opéré: les Chinois ont déserté le microblogging, trop public, trop ordurier ou trop dangereux, pour les échanges choisis de WeChat. Changement douloureux pour certains, il s'est vite imposé par son aspect pratique et par son adéquation avec les attentes du régime.

«Il y a en Chine cette idée qu'il faut satisfaire les besoins de la population, ce qui consiste aussi à prévenir les conflits sociaux, à s'assurer que les critiques ne dépassent pas certains niveaux, et à maintenir une stabilité politique et une croissance économique.»

Jean-Louis Rocca, professeur à Sciences Po Paris

En un sens, WeChat ménage la chèvre et le chou. À ses utilisateurs, elle offre la possibilité de constituer un réseau énorme (la limite est de 5.000 contacts), mais à partir de cercles connus, donc dignes de confiance et amenés à s'élargir –on ajoute des contacts à partir de leur numéro de téléphone. Au régime, elle assure un réseau formalisé, potentiellement sous contrôle, qui accompagne et répond à ses ambitions de modernisation.

De la liberté individuelle à la sécurité de l'État

Le gouvernement le répète à longueur de banderoles de propagande: la grandeur de la Chine, c'est celle de la Chine moderne, qui promeut la science et les techniques, qui aspire à se «civiliser» toujours plus, et vite. Cette modernité, WeChat en est le blason éclatant, qui permet aux Chinois d'être tout à la fois des citoyens, des consommateurs et des individus dotés d'un droit à la vie privée.

Et de fait, la notion de vie privée dans la société chinoise est constamment soumise à des considérations d'ordre politique au sens large, qui –souvent– la conditionnent. Le cadre que fournit la Constitution de la République populaire de Chine est assez révélateur de ce jeu de miroirs.

L'article 40 mentionne la protection garantie par la loi de «la liberté et [du] secret de correspondance des citoyens». Y succède naturellement l'exception: «Sauf lorsque des raisons de sécurité de l'État ou d'enquête criminelle nécessitent un contrôle par les services de la sécurité publique ou des parquets». Or quelques lignes plus bas, l'article 54 énonce:

«Les citoyens de la République populaire de Chine ont le devoir de protéger la sécurité, l'honneur et les intérêts de la patrie, ils ne doivent pas avoir une attitude qui nuise à la sécurité, l'honneur et les intérêts de la patrie.»

L'exception fait la règle: l'acception des derniers termes est suffisamment vaste pour que la menace des intérêts de la patrie, ou plutôt la prévention de toute éventuelle menace de ces intérêts, ouvre la voix à une surveillance généralisée et, dans certains cas devenant aisément justifiables, à une violation de la liberté d'échanges privés et secrets. En d'autres termes, le droit au secret apparaît toujours en suspens face au soupçon.

Selon Jean-Louis Rocca, spécialiste de la Chine et professeur à Sciences Po Paris, «internet remplace les lieux d'expression de l'opinion publique, qui n'existent pas en Chine». À cet égard, la politique de surveillance menée par le gouvernement est aussi et surtout une manière de savoir quel est l'état d'esprit de la population, explique-t-il:

«Il y a maintenant en Chine cette idée qu'il faut satisfaire les besoins de la population, ce qui consiste aussi à prévenir les conflits sociaux, à s'assurer que les critiques ne dépassent pas certains niveaux, et à maintenir une stabilité politique et une croissance économique.»

Un réseau sous contrôle

Entre droit de regard et droit de censure, la surveillance a aussi bien une visée de description que de proscription: elle permet au régime de brosser un tableau des préoccupations de la population, tout en lui permettant de censurer les contenus ou mouvements qui contrarient ses intérêts.

Dans cette perspective, WeChat peut apparaître comme la «face sympa» de ces biais coercitifs, d'autant plus intéressante du fait qu'en principe, elle emploie peu ou prou les mêmes logiques que les réseaux sociaux occidentaux, avec lesquels elle est en émulation permanente: la différence tient à l'ampleur démesurée de la plateforme –une différence de degré, pas de nature– et surtout à la chape du régime dictatorial posée dessus.

C'est cette association qui pose problème. WeChat reconfigure les comportements individuels, apportant aux Chinois un outil éminemment pratique et utile dans la vie quotidienne; plus encore, elle peut aller jusqu'à constituer un nouvel espace de liberté où peuvent naître des formes de contre-pouvoir; mais elle demeure tenue dans la gangue du Parti communiste chinois.

Voilà donc un nouveau macrocosme, qui pour autant ne saurait s'émanciper tout à fait des frontières de la patrie qui l'a vu naître. Si le PCC, en tant que machine à produire de l'idéologie et de la politique, s'envisage et se constitue comme le cadre et, partant, la limite dans lesquelles s'inscrit toute action des citoyens qu'il dirige, WeChat, fondée sur un modèle de réseau quasi autosuffisant, en est peut-être l'avatar le plus pertinent. La proximité entre les deux est d'ailleurs régulièrement pointée du doigt: implantée sur le sol chinois, Tencent est tenue de composer avec les exigences du régime.

Dans son dossier «Chine: L'Empire contre-attaque» présentant un tour d'horizon des nouvelles technologies en Chine, le magazine 01.net relatait un épisode survenu en janvier dernier, où le directeur de Geely, l'un des principaux constructeurs automobiles chinois, dénonçait le manque de transparence de WeChat concernant l'utilisation des données personnelles.

«Tencent avait répondu que leur entreprise suivait la loi. Et c'est bien là le problème, puisque cette dernière exige que toutes les conversations soient surveillées! Toute personne à l'origine d'un groupe de discussion (jusqu'à 500 participants) sur WeChat est légalement responsable de son contenu et peut recevoir la visite de la police, si l'État estime que sa teneur “déstabilise la paix sociale”.»

WeChat s'est déjà fait épingler pour sa politique de confidentialité par Amnesty International, qui classait Tencent onzième et dernière des entreprises du secteur technologique, «en fonction de leur utilisation du chiffrement pour protéger les droits humains».

De fait, comme indiqué dans sa charte, WeChat ne chiffre pas les données qui y transitent, mais se réserve au contraire le droit de «collecter, utiliser, stocker et partager» ces dernières: cela va des informations privées comme publiques d'un utilisateur, à sa localisation et son réseau, susceptible de le lier à des personnes tierces.

Bureaux de Tencent, à Shenzen | Chris Yunker via Flickr CC License by

Extension de l'appareil d'État

Fin 2007, le dissident et activiste pour les droits humains Hu Jia était arrêté et emprisonné pour «incitation à la subversion du pouvoir de l'État» –il recevait le prix Sakharov l'année suivante.

Dès 2012, soit un an après le lancement de WeChat, il expliquait au South China Morning Post le danger représenté par l'application, notamment pour les activistes susceptibles d'être sous surveillance, les fonctionnalités de messagerie et d'enregistrement vocal instantanés ainsi que le GPS permettant un traçage en temps réel bien plus aisé et efficace pour le Guobao (la Sécurité nationale de Chine) qu'il y a quelques années.

«À la minute où Tencent et les services de microblogging de Sina [Weibo] ont commencé à jouer un rôle irremplaçable pour maintenir la sécurité nationale et la stabilité sociale, ces deux compagnies sont devenues des extensions de l'appareil de maintien de la stabilité du gouvernement», concluait-il.

Il en va de même du fonctionnement de la censure sur WeChat. Aux directives centrales émanant du gouvernement et de son appareil de censeurs opérant au niveau national, provincial et local, succède et s'ajoute un régiment de censeurs désignés parmi les employés mêmes du fournisseur de contenu internet, en l'occurrence WeChat.

Cette forme de collaboration –obligatoire– a pourtant ses limites. Depuis 2015, Tencent fait partie des huit entreprises autorisées par la Bank of China à mettre en place un système pilote de crédit social, tel que celui qui a récemment défrayé la chronique internationale et qui consiste à attribuer à chaque citoyen chinois une note en fonction de son comportement au sein de la société –note susceptible de lui apporter des avantages ou des pénalités, comme l'interdiction de prendre l'avion ou le train à grande vitesse.

Le 30 janvier 2018, Tencent lançait son propre système de crédit. Moins d'un jour plus tard, le service était brutalement coupé, tandis qu'un porte-parole de la compagnie annonçait qu'il ne s'agissait que d'un test, désormais terminé, et que la Bank of China affirmait de son côté que l'initiative intervenait prématurément –entendre «damait le pion»– par rapport au propre lancement du système de crédit du gouvernement.

Cette interférence vite neutralisée avec l'agenda du régime montre bien que même lorsque WeChat est en plein dans la ligne du Parti, si elle se montre trop ambitieuse au point de devancer symboliquement l'autorité de ce dernier, elle est tout aussi vite remise à sa place: ça ne passe pas.

Alors que Tencent entend se constituer une belle base de données de la population chinoise à travers WeChat (dans la province du Guangdong, au sud, ont lieu depuis décembre dernier des essais pour faire de son compte WeChat sa carte d'identité), elle demeure donc assujettie à l'État et à son droit de regard, alliée précieuse pour une société de contrôle.

Vers des espaces de contre-pouvoir?

Si la liberté d'expression n'a au pied de la lettre pas «lieu d'être» en Chine, les plateformes numériques peuvent néanmoins constituer un terrain d'expression alternatif. Outil de contrôle, WeChat apparaît également comme un espace de liberté –relative– où s'élaborent des stratégies de contournement, voire de résistance –relative– aux normes sociales et politiques.

Dans leur article «LGBT, chinois.e.s et connecté.e.s», Tao Hong et Lucas Monteil expliquent que l'activisme pour les droits des personnes LGBT en Chine a pu s'organiser et prendre son essor notamment grâce au développement d'internet, qui a amené avec lui des «espaces de prise de parole, de relais d’informations, de coordination, de sociabilité et d’entraide entre bénévoles et publics qui, ensemble, assurent une présence collective et quotidienne en ligne», comme WeChat et Weibo.

Si l'homosexualité n'est plus considérée en Chine comme une maladie mentale depuis 2001, ni comme une question politique sensible depuis que le gouvernement a œuvré de concert avec des activistes LGBT en 2004 pour la prévention contre le sida, les conditions de vie des lesbiennes, gays, bi, trans et queer demeurent difficiles dans la société chinoise, notamment au regard des «thérapies de conversion» et de la limitation de toute forme de revendication trop critique.

Les discours politisés étant plus directement condamnables, la communauté a davantage misé sur la constitution d'un réseau organisé: «Le renforcement des groupes militants et leur connexion à d’autres réseaux sont des facteurs décisifs de leur capacité à constituer et à faire circuler [une] affaire auprès d’un plus grand nombre, à agrandir, en somme, le public acquis à leur cause. [...] L’action en justice contre la thérapie de conversion a ainsi pu compter sur une structure spécialisée dans la défense des droits LGBT, créée en 2013, et sur un réseau informel d’avocats d’abord constitué sur WeChat à l’occasion d’un autre procès, qui lui ont fourni un appui technique décisif.»

Par voies détournées, à la marge, différentes formes de contestations peuvent ainsi s'organiser. Que l'on pense à l'utilisation de séquences d'emojis comme un bol de riz suivi d'un lapin, dont la prononciation [mi tu] désigne en creux le mouvement #MeToo, ou aux expressions toutes plus imagées les unes que les autres, reposant souvent sur des doubles sens homophoniques, qui avaient fleuri sur l'internet chinois pour désigner l'accession de Xi Jinping à un pouvoir en théorie illimité dans la durée, on voit se dessiner des formes de poétiques de l'écart, en contre-pied de la censure et de la ligne du régime.

Un bol de riz et un lapin, dont la prononciation chinoise renvoie au mouvement #MeToo

Ces jeux de défi des normes, où la critique flirte constamment avec les dernières limites de ce qui peut se dire impunément, témoigne d'une forme de dialectique entre revendications et fatalisme, qui marque la société chinoise. En somme, elle est à l'image de la duplicité de WeChat, à la fois formidable outil de contrôle taillé à la guise de la Chine moderne, et opportunité sans précédent d'émancipation.

Léa Polverini

Léa Polverini Journaliste

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