Parents & enfants / Santé

«Je sais que si je décide de garder cet enfant, il y aura irrémédiablement quelque chose de cassé entre nous»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Caroline, une femme de 45 ans, mère de trois enfants, qui vient d'apprendre qu'elle est enceinte mais ne parvient pas à se décider à garder le bébé ou à avorter.

«Femme lisant» | 
Tony Robert-FLeury via Wikimedia Commons License by
«Femme lisant» | Tony Robert-FLeury via Wikimedia Commons License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast».

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Chère Lucile,

Je m'appelle Caroline, je suis mariée depuis quinze ans avec Nicolas et nous sommes plutôt heureux. Je vais avoir 46 ans et mon mari vient d'en avoir 40.

Nous sommes les parents débordés et comblés de trois magnifiques et délicieuses petites filles de 10, 6 et 4 ans, qui sont là malgré des difficultés à concevoir (tumeur borderline de l'ovaire à 33 ans). Notre petite dernière a eu de gros problèmes de santé à la naissance mais tout est réglé maintenant.

Je viens d'apprendre que je suis enceinte, et cette grossesse est inattendue et non désirée. Je suis complètement bouleversée par cette nouvelle, pour plusieurs raisons:

-Mon mari m'a fait savoir qu'il ne désirait pas cet enfant: «nous en avons trois et nous pouvons enfin penser à nous» –ce que je peux comprendre.

-J'ai 45 ans et j'ai entendu tellement d'horreurs sur les grossesses tardives (risques pour la maman et le bébé, regard très dur de la société) que je suis terrifiée.

-Je me surprends à désirer cet enfant à venir alors que j'étais persuadée jusqu'à la semaine dernière que la famille était au complet.

Je suis complètement écartelée devant cette décision à prendre, puisqu'elle me revient de droit –il me semble. J'aime ma famille et mon mari et ne me vois pas vieillir sans lui, d'autant plus qu'il est en train d'exploser professionnellement et a besoin tout particulièrement en ce moment d'être en paix.

Je suis également indépendante financièrement mais ne me sens pas de vivre cette aventure seule car je sais que si je décide de garder cet enfant, il y aura irrémédiablement quelque chose de cassé entre nous.

Caroline

Chère Caroline,

Dans la vie, il y a les décisions du cœur et celles de l’esprit. Vous êtes confrontée aujourd’hui à un choix qui, je vous l’avoue, me fait personellement assez peur. Oui, j’ai peur en effet de devoir décider un jour de garder un enfant ou pas, de devoir être raisonnable ou pas, d’être celle qui dynamite une vie presque simple et établie. Je ne sais pas aujourd’hui ce que je ferais. Mais je ne suis pas, comme vous, enceinte. Je crois que j’écouterais alors mon intime conviction, celle qui m’a poussée il y a huit ans à garder cette enfant qui a été la première pierre de ma famille.

Je me souviens très bien de ce jour. J’avais 25 ans, j’étais en train de divorcer et j’étais dans la voiture de celui qui partageait ma vie depuis trois mois à peine. Nous n’avions pas d’appartement à nous, pas de projets encore, mes affaires tenaient dans quelques cartons que je n’avais pas ouverts. Je n’avais pas fait le test, mais je savais déjà que j’étais enceinte. Et j’ai eu peur. On en a à peine parlé. Il y a eu le test ensuite, plus tard dans la journée. Et quand l’idée est devenue réelle, palpable, nous avons échangé un regard, quelques mots et dans la rue, sans effusion, nous avons décidé de garder cet enfant.

Ce n’était objectivement pas la décision à prendre. Ce n’était pas raisonnable et rien n’allait. C’était un coup de poker. Mais nous savions au fond de nous que c’était la bonne chose à faire. Pourtant, si j’avais fait une liste comme la vôtre, l’avortement aurait été la seule solution.

Je ne vous dis pas que ça a été facile. Il a fallu par la suite assumer ce choix, personnellement et auprès des autres, qui n’ont pas compris. Et même si cette décision a été prise à deux, j’ai été maintes et maintes fois seule à la porter. Il a fallu être là aussi pour cet enfant, pas programmé mais ô combien désiré.

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise décision, Caroline. Vous avez déjà des enfants, vous savez que si vous décidez de le garder, vous aurez le temps mille fois de le regretter. Vous pourriez aussi très bien porter sur vos épaules pendant des années le fardeau de l’enfant que vous n’avez pas eu et que vous aviez tant envie de connaître au fond.

Ça dépend de vous, de qui vous êtes, de la force et du courage que vous avez, de ce que votre cœur vous crie de faire. Ça dépend de votre histoire, de votre famille et de votre couple. Mais vous le savez déjà, c’est vous qui aurez le fin mot de tout ça. Gardez-le en tête. C’est vous qui décidez. Pas les voisins qui vont jaser, pas votre mari et son patron, pas les forums sur Doctissimo et pas vos aînés. La décision que vous prendrez sera toujours la bonne, Caroline –si c’est bien la vôtre.

Lucile Bellan Journaliste

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