Nucléaire: Anne Lauvergeon défend chèrement sa peau
En provoquant le clash avec EDF, Anne Lauvergeon, la patronne d'Areva, joue une partie serrée mais pas nécessairement perdue. D'autant que la cacophonie règne dans le nucléaire français.
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Henri Proglio, le PDG d'EDF, et Anne Lauvergeon, son homologue chez Areva, seront reçus mercredi 20 janver à Matignon par François Fillon, ont annoncé mardi les services du Premier ministre. La rencontre intervient dans un contexte tendu entre les deux groupes énergétiques après un différend sur le traitement de déchets nucléaires et l'échec de la vente de centrales nucléaires à Abou Dhabi. Le nouveau patron d'EDF avait récemment fait part de sa volonté de réorganiser la filière nucléaire française, s'attirant une réplique d'Anne Lauvergeon bien décidée à vendre chérement sa peau: «Ce n'est pas en agitant des rumeurs de Meccano industriel en France tous les quatre matins que l'on accroît nos chances à l'international».
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Anne Lauvergeon a-t-elle envoyé une dépêche d'Ems, version nucléaire? Un brin de prudence inviterait à ne pas comparer ce qui, en 1870, avait été le chiffon rouge déclenchant la guerre franco-prussienne avec les nouvelles frictions provoquées ces derniers jours dans le camp français du nucléaire entre Areva et EDF. Et pourtant, question tactique, relever les similitudes entre ce fameux épisode de la dépêche d'Ems, notification provocante de Bismarck qui aboutit à voir la France mobiliser face à une Allemagne beaucoup plus puissante, n'est pas si déplacé.
Entre d'un côté la présidente d'Areva, Anne Lauvergeon, et de l'autre le nouveau président d'EDF, Henri Proglio, le dialogue musclé et les provocations viennent de franchir un nouveau cran. De quoi se demander à qui pourrait finalement profiter le crime. EDF accuse Areva, son principal fournisseur d'uranium, d'avoir rompu depuis le début l'année son engagement de livrer du combustible à ses centrales françaises en raison d'un désaccord portant sur le processus de recyclage des déchets. Areva rejette l'accusation, mais reconnaît qu'il n'évacue plus à l'usine de La Hague les combustibles d'EDF du fait que le contrat pluriannuel de retraitement entre les deux groupes n'a pas été reconduit pour 2010 faute d'accord sur les prix.
Beaucoup ont vite fait de voir dans cet épisode une nouvelle gradation dans l'inévitable remise à plat de l'ensemble de la filière nucléaire française dont la désorganisation vient d'être mise en évidence par l'échec de l'offre d'EPR à Abu-Dhabi qui était proposée par un consortium comprenant Areva, GDF Suez, Total et sur le tard EDF.
EDF en quête de reconnaissance
Désigné par Nicolas Sarkozy à la tête d'EDF, Henri Proglio a pris le dossier avec, pourrait-on dire, trois priorités: reprendre en main la filière nucléaire, remettre à plat la stratégie d'Areva et du CEA, et rendre à EDF sa prééminence. Le nouveau président d'EDF part du constat que son groupe n'a plus les moyens, en l'état, de financer ses coûts, compte tenu de l'écart qui n'a cessé de croître entre le prix régulé auquel EDF vend, en France, le mégawatt heure et les charges financières que l'électricien doit supporter tant au titre des investissements à l'étranger qu'au titre d'une situation en France où EDF reste considéré comme la pierre pour la soif d'un peu tout le monde: ici en épongeant les pertes d'Areva et en alimentant l'essentiel du chiffre d'affaires de l'usine de retraitement de La Hague, là en surpayant l'énergie fournie par le photovoltaïque (à cela près que ce sont les clients d'EDF, vous et moi, qui payons la note sur notre facture d'électricité).
Deuxième priorité d'Henri Proglio, gérer la paix sociale dans l'entreprise avec les syndicats. Enfin, trouver des actifs à vendre pour réduire l'imposant endettement du groupe public.
Face à cette volonté de reprise en main qui risque si ce n'est de l'emporter, du moins de réduire à néant sa marge de manoeuvre, il est facile d'admettre que la meilleure défense pour Anne Lauvergeon reste l'attaque.
La présidente d'Areva doit de fait réagir aux échecs répétés que certains, souvent à tort, ont vite fait de mettre à son crédit: la perte du contrat d'Abu Dhabi, le divorce avec Siemens, les retards du chantier de l'EPR finlandais. Créer un rapport de forces voire déclencher un confit ouvert posant la question de son départ, n'est sans doute pas la stratégie la moins efficace. Plus que jamais, la marge de manoeuvre de la présidente d'Areva est réduite. La tutelle sourcilleuse de son actionnaire (l'Etat) réduit fortement son pouvoir pour organiser à sa guise l'augmentation de capital d'Areva. Elle a perdu la maîtrise de la relation avec EDF.
La cacophonie continue
De là à dire que le départ d'Anne Lauvergeon est acté, il y a un pas, pourtant, que personne n'ose franchir, la décision étant entre les mains de Nicolas Sarkozy. Difficile pour autant d'imaginer que cahin-caha, l'histoire puisse encore longtemps se prolonger au regard de l'image donnée par la filière française du nucléaire à ses grands clients dans le monde. La mission confiée à François Roussely, ancien président d'EDF et proche d'Henri Proglio, sur la manière de remettre tout en ordre revêt chaque jour un caractère plus urgent. D'autant plus urgent que, plus embêtant encore, derrière les rivalités d'hommes, le camp français des spécialistes du nucléaire continue, comme de si rien n'était, de cultiver une bien jolie cacophonie.
Dernier exemple en date: la précédente direction d'EDF avait mis en vente son réseau de distribution d'énergie en Grande-Bretagne pour lever de l'argent destiné à financer ses investissements. Une décision qui depuis n'a pas manqué d'être contestée dans les rangs du nouveau management, considérant comme essentiel pour EDF de contrôler ses réseaux de distribution. Joli pied de nez: c'est justement le moment que choisit GDF Suez pour tenter, sans succès pour l'instant, de racheter, outre-Manche, le réseau de Power International. Cherchons l'erreur!
Philippe Reclus
LIRE EGALEMENT SUR L'INDUSTRIE NUCLEAIRE FRANCAISE: Areva, la femme reste-t-elle l'avenir du nucléaire?, Nucléaire: le dangereux mécano du président et L'Elysée a mis le grand bazar dans le nucléaire français.
Image de Une: la centrale de Golfech, REUTERS/Regis Duvignau
Mis à jour le 23/08/2010 à 19h14










































Il est clair que l'obligation faite a EDF d'acheter l'electricite eolienne et solaire a des prix exhorbitants (on se demande pourquoi l'etat garantit des taux de retours pareils sur des investissements sans risques puisque garantis! Incompetence ou corruption?) n'aide pas EDF.
Cependant, le probleme principal me semble etre la repetition de la grande gabegie deja observee avec France Telecom lors de sa privatisation partielle.
Il est incroyable que EDF ait achete British Energy a un prix deja tres largement excessif (pres de 15 milliards d'euros ou 100 milliards de Francs) avant le "credit crunch" sans le renegocier a la baisse (ou se retirer) lorsque la crise s'est presentee alors qu'il etait evident que le retour sur investissement serait affecte et qu'il semble impossible de justifier un cout d'acquisition meme deux fois moindre comme Suez et Eon s'en sont apercus.
Il n'est pas normal que le consommateur Francais et les entreprises operant en France doivent maintenant payer cette acquisition qui ne leur apporte rien (et qui ne rapporte rien a EDF mais lui coute une fortune a financer et a operer).
Il est clair que les consequences sur les prix d'EDF meneront a plus de faillites et de delocalisations d'entreprises. La France a perdu la un de ses seuls avantages competitifs. Pour satisfaire quelques egos surinflates?
Proglio se croit plus malin à cause de ses salaires exorbitants, à croire que pour conjurer le mauvais sort le gouvernement le sur-paye honteusement pour qu'il réussisse là où c'est impossible: EDF est atteinte sous la ligne de flottaison et Proglio n'est ni scientifique ni ingénieur, en outre son cursus ne montre aucuns faits d'armes inclinant à quelques excuses à son propos si ce n'est par rodomontades interposées auprès du président avoir réussi à lui faire prendre des vessies pour des lanternes.
Lauvergeon, elle, elle connait la musique et est ingénieur, c'est elle qui aura la peau du bellâtre.
Quel besoin a eu monsieur Proglio de s'embarquer dans cette galère ?
N'avait-il pas assez de soucis avec Veolia qui est loin d'être aussi florissante qu'elle ne l'a été, puisque monsieur Proglio lui-même a reconnu que l'action Veolia avait "perdu son statut de valeur refuge et de valeur de rendement".
Et voilà que maintenant il est cloué au pilori devant la France entière à cause de son salaire, qui est pourtant resté inchangé, ce qui ne l'empêchera pas d'être mis au rang des profiteurs avec les patrons de banque et les traders.
Dur, dur !