Politique

Parti socialiste VS «Génération-s»: la lutte finale?

Temps de lecture : 4 min

Alors qu’Olivier Faure s’apprête à prendre la tête du Parti socialiste, le mouvement de l’ancien candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon semble s’implanter politiquement.

Benoît Hamon en grande conversation avec le célèbre ancien ministre grec des finances: Yanis Varoufakis, son allié pour les élections européennes de 2019. |
Jacques Demarthon / AFP
Benoît Hamon en grande conversation avec le célèbre ancien ministre grec des finances: Yanis Varoufakis, son allié pour les élections européennes de 2019. | Jacques Demarthon / AFP

À quinze mois des élections européennes, le Parti socialiste vient de se choisir une nouvelle direction en la personne d’Olivier Faure tandis que Génération-s, le mouvement de Benoît Hamon, se prépare activement à un scrutin qui déterminera la possibilité de survie ou non d’une famille socialiste éclatée et exsangue.

D’une scission l’autre…

Un siècle de scissions... ces scissions du Parti socialiste (PS) ont toujours eu pour intention de faire vivre, à côté du Parti socialiste réel, un parti socialiste idéal. Ce fut, par exemple, l’intention de l’adhésion d’une majorité d’entre eux au léninisme en 1920. Pareil lorsque planistes et participationnistes renaudeliens créèrent le Parti socialiste de France en 1933.

Ou lorsque le Parti Socialiste Autonome vit le jour en 1958 contre la guerre d’Algérie et le soutien de la SFIO au retour de De Gaulle.

De même quand les tenants de la ligne d’Epinay, rassemblés au sein du CERES, choisirent en 1993 d’embrasser l’idéal républicain contre celui de Maastricht et de «l’atlantisme en charentaise».

Enfin, en 1994, la jeune scission du Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement choisit d’affronter le PS au scrutin européen de juin et adopte la «stratégie du fusil à un coup». Le PS (14,49%) fut défait, mais bien davantage par Bernard Tapie (MRG, 12%) que par Chevènement (MDC, 2,57%).

En quittant le PS, mais en laissant nombre des siens y mener un combat derrière les lignes, Benoît Hamon ne peut qu’avoir eu –et avoir toujours– la ferme intention d’enterrer la «Vieille Maison». Pour tenir cette dernière, Olivier Faure n’a pas les atouts de Léon Blum en 1920: ni les répercussions favorables du sectarisme des scissionnistes, ni évidemment l’ombre de la répression soviétique. Génération-s, quant à lui, ne fera pas œuvre de répulsion sur les militants, les sympathisants et l’électorat PS.

Les élus locaux d’un côté, le dynamisme militant de l’autre?

Entre PS et hamonistes, la «société des socialistes» (en référence à l'ouvrage éponyme de Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki) ne peut que se déchirer. Avec à sa tête un ancien président du Mouvement des jeunes socialistes (et évidemment de membres d’équipes successives du même MJS, qui vient d'ailleurs d'annoncer officiellement son ralliement au mouvement de Hamon) mais surtout celle d’élus comme Pascal Cherki ou Guillaume Balas, Génération-s sait faire fructifier l’investissement de longue date des hamonistes dans les organisations de jeunesse de gauche (MJS ou UNEF), arrachées jadis à la puissante et très organisée Gauche socialiste.

Génération-s a fait main basse sur la pouponnière du PS, ce que le MDC (par exemple) n’était pas parvenu à faire. Le mouvement entend donc ronger la base de la pyramide des âges du Parti socialiste. Le PS est un parti plutôt masculin, plutôt âgé, plutôt très diplômé, plutôt bourgeois, comme une longue enquête du CEVIPOF le révélait voici un peu moins de quatre ans.

C’est un parti aussi très tenu par ses grands élus. Le dernier scrutin interne n’a pas ébranlé les certitudes des militants (37.000 votes seulement, ceci dit...) quant à la ligne politique adoptée depuis 2012. Les grands élus ont fait l’élection. Cependant, les socialistes vivent un peu comme le dernier Empereur de Chine dans la Cité interdite: dehors les Seigneurs de la guerre s’entredéchirent et une nouvelle République a été instaurée. Les forces d’inertie au sein du PS peuvent-elles le protéger de l’évolution du monde… Douteux.

Ce congrès, à défaut de dévoiler une «Cité Interdite» à l’électeur de gauche un peu attentif, lui fera plutôt voir Solférino comme une «Maison de l’Erreur»: les erreurs d’analyses ont engendré des horreurs électorales, dont on se demande si les principales victimes ont bien conscience. C’est moins la social-démocratie suédoise que le PS emprunte à Stockholm que son syndrome, qui l’unit aux principaux responsables de son cruel et létal déclin.

Le PS perdant de la nouvelle polarisation?

Pierre Martin, chercheur grenoblois en science politique, électoraliste de renom, a pointé la difficulté actuelle du PS, née d’une polarisation nouvelle. Si Benoît Hamon se trouve clairement incorporé au pôle écolo-démocrate-socialiste, le PS ne trouve pas sa place entre celui-ci et le pôle centriste-libéral-européen incarné par Emmanuel Macron. À droite, un pôle plus conservateur-identitaire rassemble LR et FN.

Incapacité à trancher des points programmatiques, déficit de vision du monde, attitude empruntée à l’égard du président et de LREM... les conséquences de cette situation inextricable sont inévitables. Pour être trivial, la direction du PS ressemble à Scrat, le petit personnage du film L'Âge de glace qui, à la poursuite de son gland, provoque la dérive des continents. Difficile pour lui de retrouver une place ensuite!

Les européennes: demi-élection ou piège total?

Les élections européennes se déroulent avec une participation relativement faible, de l’ordre de 40-42% depuis plusieurs scrutins, ainsi que le relève le site France Politique. La sociologie des urnes ne sera pas, ce jour-là, la même qu’au premier tour de la présidentielle.

En proportion: moins d’ouvriers, moins de jeunes, davantage de citadins, d’habitants des grandes métropoles. Le contexte des européennes va changer.

Une prime à la campagne nationale la plus dynamique joue, on l’a constaté à chaque élection européenne avec les percées de listes tantôt écologistes tantôt souverainistes. Hamonistes et socialistes vont enfin devoir se départager environ 2,3 millions d’électeurs, soit un peu moins de 5% des inscrits. Peu comme base de départ pour une présidentielle. Assez pour redéfinir le paysage de la gauche. PS et hamonistes vont devoir affronter deux fronts: l’un à gauche départageant La France Insoumise et Génération-s, l’autre à la droite du PS départageant ce dernier et LFI, mouvement qui pourrait pâtir du reflux de la participation.

Grandes manœuvres idéologiques et électorales

Dans les prochains mois, Génération-s devrait continuer à ancrer son identité politique, puisant à la fois dans le refus des inégalités et dans le souci écologique avec un dialogue possible avec EELV. Enfin, la labellisation Varoufakis donnera à ces européens «critiques» un atout décisif face à un PS dont le chef de file rêvé par certains serait Pierre Moscovici… Face au PS, les hamonistes disposent d’une mobilité et d’une s;tructuration (encore légère) nécessaires à une opération réussie aux élections européennes. Quant au PS, sa survie se joue désormais ville par ville, canton par canton, bourg par bourg aux élections locales. À suivre...

Gaël Brustier Chercheur en science politique

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