Culture

Le jeu vidéo est l'avenir du genre humain

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Ni ayant jamais joué, je peux me montrer catégorique.

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Évasion | Glenn Carstens-Peters via UnsplashLicense by

Pour un vieux con comme moi, le jeu vidéo représente une énigme absolue. Non seulement je n'y ai jamais joué, mais je n'ai jamais tenu entre mes mains ces bidules qui servent à diriger sur son écran les mouvements d'un personnage confronté à un problème de la plus grande importance: est-ce que j'arrose tout ce qui bouge, ou bien alors ne serais-je pas plus inspiré d'accomplir un roulé-boulé afin d'atteindre un remblai d'où j'aurais une meilleure vue d'ensemble? Ou bien encore, ne faudrait-il pas me résoudre à tendre bien les mollets et bondir jusqu'au sixième étage, du haut duquel je pourrais arroser tout ce qui bouge ou alors accomplir un roulé-boulé afin d'atteindre un remblai d'où j'aurais une meilleure vue d'ensemble? À moins que je ne me décide à tendre bien mes mollets afin de bondir jusqu'au vingt-septième étage, d'où je pourrais encore mieux arroser tout ce qui bouge, ou bien alors ne serais-je pas plus...

Bref, vous l'aurez compris, mes connaissances en la matière sont infinies, et c'est bien pour cela que je peux me permettre d'émettre un avis autorisé. Sinon, je serais allé à la pêche.

Calme et pondération

Prétendre que le jeu vidéo rend violent est évidemment une ineptie absolue. Qui n'a jamais vu un adolescent tout boutonneux descendre en moins d'une minute un régiment entier de terroristes barbus ne saurait décrire le calme, la pondération et la maîtrise de soi dudit jeune homme, le regard tellement vissé sur son écran qu'il en oublie parfois d'aller pisser de toute l'après-midi, convaincu que son absence pourra à elle seule déclencher un conflit mondial.

Il est à son jeu comme le lecteur est à son livre: entièrement, passionnément, férocement, butant avec l'application d'un jardinier affairé à enlever les mauvaises herbes de son parterre de roses tout ce qui passe sous ses yeux, éliminant un par un, dans cette méticulosité obsessionnelle du chercheur qui pour parvenir à ses fins écarte toutes les hypothèses foireuses, une palanquée d'ennemis prêts à l'égorger à mains nues, tuant, dans cette noblesse du soldat prompt à monter au front pour permettre aux ambulances de venir secourir les blessés, son vis-à-vis, en un mélange de force et d'audace qui n'est pas sans rappeler les exploits d'Ulysse, le plus rusé des guerriers de l'Antiquité.

D'autant –ne vous en déplaise, esprits grincheux et rétrogrades qui pétaient dans la soie et lisaient Proust pour mieux soigner votre aérophagie– que nombre de jeux vidéo n'exaltent point seulement l'art de la guerre, mais proposent aussi à leurs amateurs de voyager à travers l'histoire, de jouer au ping-pong avec une sorcière unijambiste, de partir dans des aventures qui ont le goût des croisades d'autrefois, d'apprendre les règles du mah-jong à des extraterrestres égarés dans la huitième dimension, de dépuceler Jeanne d'Arc lors d'une promenade à cheval, voire de permettre au PSG de remporter une Ligue des champions –ce qui dénote une inventivité de tous les diables.

Ouverture au monde

Aurais-je des enfants que je les obligerais à exceller dans cette pratique-là, tant le jeu vidéo permet à celui qui s'y adonne non seulement de parfaire sa connaissance du monde, mais de surcroît d'exalter son intelligence, quand elle se retrouve confrontée à une énigme d'une complexité telle qu'il lui faut parfois s'y prendre à plusieurs reprises avant de trouver la parade adéquate –renvoyer la grenade sise à ses pieds par-dessus bord en un geste suffisamment ample pour enjamber la rivière et non point essayer de la dégoupiller à l'aide de ses dents ou d'un tournevis qui traînait par là, laquelle lui ouvrira grand les portes d'un nouvel univers, plein de péripéties à même de satisfaire son insatiable curiosité.

Ouverture au monde, meilleure compréhension de l'autre, approfondissement de ses connaissances, perfectionnement de ses aptitudes autant physiques qu'intellectuelles, épanouissement de ses facultés auditives, renforcement de l'articulation située au niveau de la troisième phalange, affermissement de l'épiderme à hauteur de l'auriculaire, le jeu vidéo ne connaît pas de limites: il incarne ce que l'homme a de meilleur, dans cette confrontation avec lui-même, où il ne pourra compter que sur son courage, son audace, sa capacité réflexive pour se sortir d'un mauvais pas –autant d'éléments qui permettent d'énoncer en toute tranquillité que le jeu vidéo est l'avenir du genre humain.

Loin dans la psyché humaine

D'ailleurs, le regard d'un joueur surpris au beau milieu de son activité préférée est sans appel: voilà le regard d'un homme dont les prunelles plongent si loin dans la psyché humaine qu'elles ne sont pas sans rappeler celles de la vache, quand, au lieu de voir passer l'habituel TER de 14h42 reliant Tarbes à Béziers, déboule plein champ un TGV dont le vacarme va jusqu'à réveiller les mouches alanguies sur son museau; alors l'incompréhension, alors la stupeur, alors la peur, alors tout cet ébranlement de l'intellect qui en l'espace d'une seconde remonte des mamelles à la panse, de la panse jusqu'au cerveau, dans cet éblouissement de la pensée où palpite cette certitude que la SNCF a encore merdé.

Voilà tout l'acquis des jeux vidéo, qui permettent aussi à l'insomniaque de passer des nuits blanches sans même s'essayer à dormir, au militaire en mission d'économiser quelques paquets de mouchoirs, au sportif en chambre de fouler des pelouses plus vertes que ses rêves –et au blogueur incontinent d'écrire une chronique d'une vacuité innommable!

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Laurent Sagalovitsch romancier

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