France

Législatives partielles: les déçus du macronisme ne sont pas tous revenus au bercail socialiste

Temps de lecture : 5 min

Les macronistes perdent des voix sur leur gauche aux législatives partielles, et le PS a retrouvé le 18 mars son unique siège de député en Haute-Garonne. Mais attention aux conclusions hâtives.

Olivier Faure, futur premier secrétaire du PS, au siège parisien du parti, le 16 mars 2018 | Stéphane de Sakutin / AFP
Olivier Faure, futur premier secrétaire du PS, au siège parisien du parti, le 16 mars 2018 | Stéphane de Sakutin / AFP

Un peu de baume au cœur: c'est ce que l'élection législative partielle dans la 8e circonscription de Haute-Garonne, le 18 mars, a apporté à Olivier Faure, futur premier secrétaire du Parti socialiste.

Le candidat du PS, Joël Aviragnet, a écrabouillé celui de La République en marche au second tour du scrutin.

Aviragnet a retrouvé son siège sans aucune difficulté. Il est arrivé en tête au premier tour avec 38,7% des voix contre 20,3% pour Michel Montsarrat (LREM), soit l'ordre inverse de l'élection de juin 2017, annulée par le Conseil constitutionnel en décembre. Alors qu'il l'avait à l'époque emporté avec seulement quatre-vingt onze suffrages d'avance au second tour, il en totalise cette fois pas loin de dix mille. Sa victoire ne souffre aucune contestation.

Dans cette terre de gauche de Haute-Garonne où Aviragnet avait été l'an dernier le seul socialiste à rester vivant sur le radeau de la Méduse –les neuf autres circonscriptions avaient été prises par des macronistes, l'abstention a encore augmenté par rapport au premier tour, pour dépasser 66%. Il n'en demeure pas moins qu'en neuf mois, Montsarrat a reculé de plus de vingt points.

La hausse de la CSG et les 80km/h en ligne de mire

Dans cette circonscription rurale, les électeurs –ou en tout cas ceux qui se sont déplacés–ont incontestablement sanctionné le pouvoir. Il est probable que les deux mesures les plus contestées par les oppositions, la hausse de la CSG pour une partie des retraités et limitation de la vitesse à 80km/h sur les routes départementales, ont pesé lourd dans la balance.

Les électeurs de la très socialiste Haute-Garonne ont certes montré que le PS peut relever la tête, ce qui n'est pas tout à fait indifférent sur le plan psychologique pour le futur patron du parti, mais les deux premiers tour de législatives partielles à Mayotte et dans le Loiret, le même jour, se sont passés de manière bien différente.

À Mayotte, où la situation sociale est extrêmement tendue en raison d'une violence exacerbée par une importante immigration illégale et par un désintérêt persistant de la République pour les terres d'outre-mer en général, le PS se trouve dans une situation un peu ubuesque.

En juin 2017, sa candidate dans la première circonscription, Ramlati Ali, était arrivée en tête au premier et au second tour, décrochant ainsi le siège de députée avec cinquante-quatre voix d'avance sur son adversaire, Elad Chakrina (Les Républicains). Mais au moment de rallier un groupe à l'Assemblée, Ali avait choisi... La République en marche!

Le coup politique raté de Marine Le Pen à Mayotte

Les sages du Palais Royal ont annulé l'élection en janvier. Des procurations litigieuses étaient au centre du contentieux. Cerise sur le gâteau, si l'on peut dire, la «députée socialiste en marche» a été mise en examen pour fraude électorale.

Contestant juridiquement cette inculpation, elle a pu se représenter lors de la partielle. Il est probable que ni les socialistes ni les macronistes ne souhaitaient lui donner une investiture: elle concourrait cette fois sans étiquette.

Dans un contexte d'abstention très élevé –des barrages sur les routes ont empêché certains électeurs d'atteindre les bureaux de vote et la violence endémique en a dissuadé d'autres de se déplacer, la députée invalidée est à nouveau arrivée en tête. De douze voix d'avance au premier tour de 2017, elle passe à un écart de trois cent quatre-vingt-deux suffrages en sa faveur.

Il apparaît, au passage, que l'appel de Marine Le Pen à voter pour Chakrina n'est pas vraiment une réussite. Incapable de présenter un candidat, le 18 mars, contrairement à ce qui s'était passé en 2017 –le représentant de l'extrême droite avait obtenu 3,08%– la présidente du Front national voulait faire un double coup politique contradictoire: ouvrir la possibilité de futures alliances avec Les Républicains et mettre Laurent Wauquiez, leur chef de file, dans l'embarras. Le résultat est un ballotage plus qu' incertain pour le second tour... et sans représentation socialiste.

La stratégie solitaire perdante de Mélenchon

Le même cas de figure s'est présenté dans la quatrième circonscription du Loiret. Les élections générales de 2017 avaient vu la victoire du candidat LR, Jean-Pierre Door, avec huit voix d'avance sur la candidate LREM, Mélusine Harlé.

Après l'annulation prononcée par le Conseil constitutionnel en décembre, les électeurs ont placé Door en tête au premier tour, avec une abstention frôlant 70%. Il gagne quinze points par rapport à juin, alors que la candidate macroniste en perd huit. Le représentant socialiste passe de la cinquième à la quatrième place, derrière celui du Front national. Il doit ce gain d'une place à la stratégie solitaire de Jean-Luc Mélenchon.

Le chef de file de La France insoumise (LFI) n'a pas souhaité faire d'alliance pré-électorale, lui préférant le concept plus abstrait –mais très politique– de l'«union du peuple». En clair, Mélenchon espère que son mouvement se passe de l'apport des voix communistes et d'extrême gauche pour parvenir au pouvoir; il pourrait alors imposer ses conditions programmatiques à d'éventuels alliés post-électoraux.

Dans le Loiret, la traduction concrète de cette stratégie est claire. Et elle n'est pas très favorable à Mélenchon, qui a pourtant fait le déplacement jusqu'à Montargis pour soutenir son candidat, syndicaliste dans une centrale nucléaire du département.

En juin 2017, la gauche de la gauche avait un seul représentant, candidat du PCF, qui avait recueilli 11,6% des suffrages exprimés au premier tour. Pour la partielle du 18 mars, le PCF et LFI sont allés séparément au combat: le premier, avec 6% des voix, devance le second, qui en obtient 5%.

Pertes à gauche pour La République en marche

Le bilan global provisoire de toutes les législatives partielles organisées depuis le début de l'année –il faut à ajouter à ces trois-là celles du Val d'Oise, du Territoire de Belfort et de Guyane, les deux premières remportées par la droite, la dernière par LREM– est un recul important en voix et en pourcentage des candidats de La République en marche. Les taux de participation sont faibles, de l'ordre de 30%, mais la situation des candidats de la majorité met en évidence une perte en ligne sur son flanc gauche.

La droite parlementaire conforte ses positions et se positionne comme principal opposant au président de la République sur le plan électoral. La République en marche est généralement présente au second tour, mais elle perd indéniablement une partie importante de l'électorat de gauche –probablement socialiste– qui s'était porté sur ses candidats dans la foulée de l'élection présidentielle.

En dehors de la partielle de Haute-Garonne, où le candidat PS était député sortant, les représentants socialistes –comme ceux de La France insoumise, hormis en Guyane– sont nénamoins toujours absents du second tour.

Il n'est pas certain, dans ces conditions, qu'une hirondelle de Haute-Garonne fasse à brève échéance le printemps du PS, même si Faure en tire légitimement une certaine fierté. En l'espèce, il s'agit surtout d'un réconfort bienvenu à la veille de prendre les rênes d'un parti menacé de marginalisation politique. Le relever pour sa «renaissance» va prendre du temps –beaucoup, sans doute.

Olivier Biffaud Journaliste

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