Monde / Économie

La croissance mondiale repart, mais on n'est pas tiré d'affaire

Temps de lecture : 4 min

C’était la bonne nouvelle du mois. Mardi 13 mars 2018, l’OCDE publiait un rapport de prospective sur la croissance mondiale de 2018 et 2019. Champagne? Pas tout de suite.

Les chiffres vont de mieux en mieux. Les humains... pas forcément. |
Behrouz Mehri/ AFP
Les chiffres vont de mieux en mieux. Les humains... pas forcément. | Behrouz Mehri/ AFP

«L’expansion économique mondiale s’affermit, sur fond de hausse robuste de l’investissement accompagnée d’un rebond des échanges et d’un redémarrage de l’emploi qui alimentent une reprise généralisée. […] Le rythme de l’expansion sur la période 2018-2019 devrait être plus rapide qu’en 2017.»

À l’échelle du globe, alors que la croissance mondiale était de 3.7% en 2017, l’OCDE prédit un regain de 0.2 point avec 3.9% en 2018 et de 0.3 point en 2019, à 4%. Cela s’explique en grande partie par une reprise du commerce et des échanges internationaux, une remontée des investissements publics et privés ainsi qu’une confiance retrouvée des ménages et des entreprises.

Concernant la France, même tableau idyllique. À lire le début du papier de l’OCDE, tout irait donc pour le mieux. La croissance de 2017, initialement estimée à 1.9%, tournerait finalement autour des 2% et, dès 2018, on dépasserait ce cap, avec 2.2% de hausse du PIB. Cela permettra, a posteriori, une diminution quasi certaine du taux de chômage, resté trop longtemps supérieur à 10% de la population, et qui devrait tomber, dès l’année prochaine, à 8.8% et jusqu’à 8% en 2019.

Mais...

Seulement, l’organisation internationale refuse de rester béate devant ces pronostics et annonce, après ces chiffres intéressants, «des tensions […] qui pourraient menacer l’instauration d’une croissance forte et durable à moyen terme.».

En effet, une multitude de facteurs viendrait mettre à mal l’amélioration de la conjoncture et l’apparition d’un cycle économique positif pérenne et durable. Qu’on pense à la montée des extrêmes en politique, à la remise en cause des politiques publiques dans la plupart des pays développés, à l’affirmation de politiques protectionnistes, qu’il s’agisse des États-Unis ou du Royaume-Uni, voire de l’augmentation des inégalités sociales et économiques, bref, il existerait un risque d’implosion que même l’OCDE ne peut parfaitement anticiper.

D’après Alvaro Pereira, le directeur économique par intérim de l’institution:

«Le protectionnisme est un vrai danger qui pourrait affecter négativement la confiance, l’investissement et les emplois.»

En souhaitant rétablir des droits de douane de 25% sur le marché de l’acier et de 10% sur le marché de l’aluminium, les autorités américaines menacent directement la demande intérieure, à travers l’augmentation des prix. À plus ou moins long terme, le volume des importations pourrait ensuite diminuer, afin de soutenir la production nationale, mais serait accompagné d’une inflation du coût de production et d’un coût de relocalisation.

Cette politique protectionniste est contreproductive pour l’économie américaine, avec une baisse du pouvoir d’achat et une hausse des coûts, et pour l’économie mondiale, victime d’une diminution des échanges internationaux vers le continent américain.

Dès 2004, les économistes Jesper Jensen et Thomas Rutherford estimaient qu’une ouverture et une libéralisation totale des frontières économiques devaient permettre une «hausse durable de 3.8% du PIB en moyenne, sur plusieurs années». Pour eux, aucun élément théorique ou empirique ne prouverait que le protectionnisme serait la bonne solution, qu’il permettrait de corriger les problèmes socio-économiques. Pourtant, c'est la voie que semble emprunter les États-Unis.

Le danger des extrêmes

Il y a une forme de renfermement sur soi. Après avoir enchainé la crise des subprimes, en 2008, et la crise des dettes souveraines, en 2011, les pays décideraient aujourd'hui de protéger leurs frontières et de se replier sur eux-mêmes. Politiquement, des mouvements populistes et xénophobes ne cessent de voir leur influence augmenter: la victoire du Brexit au Royaume-Uni, de Donald Trump aux États-Unis, la montée du parti néonazi Aube Dorée en Grèce, les partis anti-immigration AFD en Allemagne et Ligue du Nord en Italie ou la qualification de Marine Le Pen pour le second tour de l’élection présidentielle française. Le phénomène serait global, mondial, et risquerait, s’il continue sur sa lancée, de perturber durablement la dynamique de croissance.

D’après Howard Davies, président de l'Autorité des services financiers du Royaume-Uni entre 1997 et 2003, «les crises […] font monter l'extrême droite» qui, par ricochet, durcit la crise.

Prenons le cas de la France. Dès 2008, le taux de chômage n’a cessé d’augmenter, jusqu’à atteindre des niveaux historiquement hauts sous François Hollande. Au même moment, le Front National a commencé sa dédiabolisation et s'est imposé durablement dans le paysage politique français. Notamment aux arguments économiques portant sur la défense des travailleurs nationaux et aux coûts liés à l’immigration(«Si rien ne va chez nous, pourquoi vouloir aider les autres»).

Dans le même temps, le chômage durable conduisit mécaniquement à l’apparition d’un «effet d’hystérèse». En économie, l'effet d'hystérèse correspond à une situation dans laquelle le taux de chômage d'équilibre augmente durablement, alors que sa cause a disparu: la crise n’est plus, et pourtant la mauvaise situation sociale se maintient.

Et c’est justement ici que le bât blesse. Parce que la crise a eu lieu et parce que les gouvernements de l’époque, sans politiques de relance structurelles et conjoncturelles censées, n’ont pas été capables d’y faire face positivement, le ver est entré dans la pomme. Autrement dit, la crise a nourri le marasme, a abreuvé le chômage et l’a maintenu. Cela a alimenté la montée des extrêmes, a légitimé la pensée d’extrême droite, raciste et xénophobe, a laissé entrer l’idéologie protectionniste –et risque de bloquer toutes possibilité de reprise.

Si «un projet ambitieux de réformes structurelles» n’est pas mis en place, si «le combat contre les inégalités» ne devient pas prioritaire et si «la croissance inclusive» n’est pas recherché, «le danger» nous guette, prédit l’OCDE en conclusion de son rapport.

Ne reste plus qu’à écouter leurs recommandations…

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