Sports

Entre les comités organisateurs des Jeux olympiques et paralympiques, c'est compliqué

Temps de lecture : 5 min

Petits frères des JO, ils sont trop souvent laissés de côté, minorés, voire oubliés. La faute à une dépendance financière et historique à leurs aînés dont le comité organisateur souhaiterait désormais s'émanciper.

L'allemand Nico Messinger et son guide lors d'une épreuve de biathlon malvoyant aux Jeux paralympiques de PyeongChang le 16 mars 2018. |
Jung Yeon-je / AFP
L'allemand Nico Messinger et son guide lors d'une épreuve de biathlon malvoyant aux Jeux paralympiques de PyeongChang le 16 mars 2018. | Jung Yeon-je / AFP

Le Comité international olympique (CIO) est souvent perçu comme une institution distante, opaque, pervertie par l’argent, minée par les scandales. Il y a peut-être un peu de vrai dans tout cela si l’on veut limiter sa vision à l’écume médiatique des événements les plus sombres. Mais cette appréciation est également détournée au regard du fait que le CIO reverse 90% de ses revenus aux différentes organisations sportives à travers le monde et qu’il signe –comme c’est le cas pour Paris et ses JO de 2024– un chèque d’au moins un milliard d’euros à chaque ville organisatrice pour la mise en place de ses jeux.

Sans le CIO, il n’y aurait pas non plus de Jeux paralympiques –alors que cette compétition n’est pas de sa responsabilité. En effet, les Jeux paralympiques de PyeongChang, qui se terminent dimanche 18 mars, sont sous la coupe du Comité international paralympique (IPC), fondé en 1989, et qui, dans la réalité, n’a pas de lien direct avec le CIO. Entre les deux entités, il s’agit seulement d’un partenariat qui vient d’être d’ailleurs reconduit jusqu’en 2032 avec le fait principal que «le CIO continuera d'imposer à tous les pays hôtes des Jeux olympiques d’organiser également les Jeux paralympiques».

Des jeux pas assez pris au sérieux

Le Brésilien Andrew Parsons, le président de l’IPC, l’a d’ailleurs admis devant l’Allemand Thomas Bach, le président du CIO, à PyeongChang: «Il ne fait aucun doute que l’IPC et le mouvement paralympique ne seraient pas ce qu'ils sont aujourd'hui sans coopération avec le CIO ni son soutien».

Amorcés en 1960, les Jeux paralympiques d’été sont «couplés» aux Jeux olympiques depuis 1988 (Séoul). Lillehammer, en 1994, a été la première ville à accueillir en succession les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver alors qu’Albertville, en 1992, s’était contentée d’une organisation très partielle des épreuves paralympiques. L’échec, en 1996, des Jeux paralympiques d’Atlanta, en vérité non désirés, mal préparés –l’électricité et les ordinateurs avaient été coupés– puis boudés par le public, avait conduit le CIO et l’IPC à trouver un accord de vrai rapprochement en 2001 dans le sillage des Jeux de Sydney qui ont été véritablement à l’origine de l’essor de cette double association et de cette double exposition en quasi simultané.

Basé à Bonn, en Allemagne, l’IPC continue de ne pas peser très lourd en comparaison du CIO. En 2016, année des Jeux de Rio, ses revenus avaient ainsi atteint les vingt millions d’euros, dont 25% étaient issus des droits de télédiffusion et de marketing, quand 10% consistaient en un versement direct du CIO en guise de subvention. Ces vingt millions représentaient le double de Londres en 2012, et le triple en comparaison de Pékin en 2008. À titre de mise en perspective, les revenus du CIO, pour les seuls droits de télévision des Jeux olympiques de Rio, ont avoisiné les 3,5 milliards de dollars.

Un mouvement dépendant

Comparaison n’est évidemment pas raison, mais le mouvement paralympique, même s’il progresse et s’il rencontre un succès croissant à l’image des bons chiffres de fréquentation à PyeongChang –après trois jours, l’épreuve avait déjà écoulé plus de 320.000 billets, soit davantage que la totalité des Jeux paralympiques de Sotchi en 2014 (316.000)– demeure fragile et sous tutelle. Il est trop dépendant du CIO pour vivre sa vie en dehors de la sphère de l’institution lausannoise.

Cette dernière avait d’ailleurs très peu goûté, en 2016, la prise de distance de Philip Craven, le patron britannique de l’IPC de l’époque, à l’égard de Thomas Bach. En effet, contrairement au CIO, qui avait choisi d'autoriser les sportifs russes à participer aux JO de Rio sous certaines conditions, l’IPC avait, lui, opté pour la plus grande sévérité possible en excluant la Russie du grand rendez-vous paralympique.

Philip Craven, relayé par certains mouvements paralympiques nationaux comme celui de la France, avait voulu marquer le coup et faire passer Thomas Bach pour un mou aux yeux de l’opinion publique. Déjà échaudé par la petite faillite organisationnelle des Jeux olympiques, Bach s’était «vengé» en ne revenant pas au Brésil pour les Jeux paralympiques de Rio.

Quelques semaines plus tard, piégé par l’enregistrement clandestin de l’un de ses coups de fil, le même Craven avait été obligé d’envoyer une lettre d’excuses au même Bach après avoir déclaré à propos de ce dernier que «l’opinion mondiale était contre lui», et qu’Angela Merkel ne pouvait pas «encadrer» son compatriote. Il n’est pas très correct, c’est vrai, d’insulter son principal mécène.

S'émanciper du «grand frère olympique»: mission impossible?

Depuis, Philip Craven, qui ne pouvait pas se succéder à lui-même, a été remplacé par Andrew Parsons. Et la leçon a été retenue. À l’aube de ces Jeux de PyeongChang, l’IPC a adopté la même position que le CIO à propos des Russes. Ceux qui ont été jugés au-dessus de tout soupçon sur l’épineuse question du dopage ont pu participer aux épreuves –mais sans drapeau russe sur les podiums.

Ce désir d’émancipation, ou de confrontation, avec le grand frère olympique n’est pas nouveau dans le milieu paralympique. En 2010, lors des Jeux d’hiver de Vancouver, Robert Steadward, le fondateur de l’IPC, s’était laissé aller à demander que Jeux olympiques et paralympiques se déroulent en même temps afin que les seconds tirent le meilleur bénéfice médiatique des premiers. Mais la requête, très difficile –si ce n’est impossible– à satisfaire en raison de la logistique complexe, avait suscité un vague haussement d’épaules.

Robert Steadward avait souligné le fait qu’il n’était pas évident de remobiliser les spectateurs et les médias deux semaines après la fin des Jeux olympiques –ce qui est vrai, comme en Corée du Sud, où plus du quart des détenteurs de billets ne se sont pas présentés sur le site. Conscients de cette difficulté, les organisateurs des futurs Jeux de Paris, en 2024, ont d’ailleurs récemment accepté d’avancer leurs dates d’une semaine (26 juillet-11 août) pour que les Jeux paralympiques (28 août-8 septembre) ne soient pas trop victimes de la concurrence de la rentrée scolaire.

Au cœur de cette coexistence forcée, il n’est pas anodin non plus de noter que le Comité d'organisation pour les Jeux olympiques et paralympiques, qu’il soit de PyeongChang, de Paris ou d’ailleurs, ne porte pas la lettre P au niveau de ses initiales. Il est toujours question de COJO, et pas de COJOP, terme qui n’existe pas.

D'autres modèles

Dans ce contexte, les Jeux paralympiques finiront-ils, un jour, par être autonomes pour se dérouler en année non olympique et capter ainsi davantage d’attention du public, souvent déjà saturé d’émotions après les Jeux olympiques? À ce stade, c’est peu probable.

Pourtant, d’autres rendez-vous, comme les Special Olympics, ces Jeux dédiés aux personnes souffrant de déficiences intellectuelles, ou les Jeux Invictus, compétition multisports pour soldats et vétérans de guerre blessés et handicapés, ont su trouver leur propre itinéraire en s’appuyant souvent sur des fonds privés. À la lumière de ces réussites, il semble qu’Andrew Parsons, tout en restant au contact du CIO, ait justement envie de chercher des solutions pour mieux développer un «business model» susceptible d’offrir davantage de liberté et de souplesse aux Jeux paralympiques.

Tandis que nombre de travaux universitaires, comme une étude australienne, parue en 2008, au sujet des Jeux paralympiques, dissertent sur les «problèmes en termes de légitimité demeurant au fait d’être associé à un mouvement (CIO) qui glorifie l’esprit de la libre entreprise et flatte les images de la perfection physique», il n’y a jamais eu personne, parmi ces intellectuels, pour proposer de solution alternative pérenne. Les Jeux paralympiques existent parce que le CIO ne les laisse pas tomber.

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