Culture

Pourquoi Marvel Studios est bien meilleur que DC Comics

Temps de lecture : 3 min

Les deux compagnies font s'affronter leurs super-héros respectifs à coups de blockbusters à n'en plus finir. Mais Marvel, grâce à son approche plus grand public et sa plus grande fidélité aux comics d'origine, ratatine son concurrent.

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Captain America, un héros Marvel qui détruit tout sur son passage. | Capture d'écran

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Comment se fait-il que Marvel Studios s’en tire beaucoup mieux que DC? Pourquoi DC fait-il tout mal?»

La réponse de Robert Frost, instructeur à la NASA:

En deux mots: Zach Snyder. Zach a été sélectionné pour diriger l’adaptation de l’univers DC Comics à l’écran en raison du succès de ses deux films tirés de romans graphiques, Watchmen et 300. Dans ces longs-métrages, il a révélé toute la mesure de son talent visuel, c’est-à-dire de sa capacité à donner vie aux planches d’une bande dessinée. C’est donc tout naturellement qu’il a été appelé à le faire à nouveau, pour l’univers DC.

Bande annonce de Watchmen. Via YouTube.

Mais, puisqu’il y a un «mais»… Les influences en matière de bande dessinée de Zach Snyder remontent à une époque, celle des années 1980, où les auteurs faisaient des expériences, comme Alan Moore avec Watchmen et The Killing Joke et Frank Miller avec Batman: Dark Knight. Ces bandes dessinées étaient totalement déconnectées de l’univers standard des comics. Elles incarnaient la subversion et la déconstruction du genre des superhéros. Zach Snyder explique:

«La différence entre “Watchmen” et une bande dessinée normale est la suivante: avec “Gotham City”, on est transporté dans une autre monde, dans lequel le superhéros a un sens; “Watchmen” aborde cela d’une autre manière, en superposant presque ses héros dans notre monde, et en changeant notre façon de le percevoir à travers ce nouveau prisme.»

La nature même de l’histoire de superhéros nécessite qu’elle se place dans un monde imaginaire

Il n’y a rien de mal à raconter une histoire qui déconstruit le genre, mais il faut bien comprendre que, de ce fait, l’histoire se situe en dehors du genre, au sens Heisenbergien. Watchmen, The Killing Joke et Batman: Dark Knight sont tous trois d’excellents comics, qui pourraient donner d’excellents films. Mais ils ne peuvent pas constituer la base de l’univers du comics cinématographique. Jeter les bases d’un genre et le déconstruire sont antonymes. À cet égard, Zack Snyder et Warner Brothers avaient des objectifs très différents mais semblent ne s’en être jamais rendus compte.

Les bases d’un univers du comics sur grand écran doivent refléter les bases du comics lui-même. Une fois que ces bases sont établies, il est possible, comme dans le comics, de se diversifier et de s’aventurer dans la déconstruction. Comme l’a indiqué Snyder dans la citation plus haut, elles servent à transporter le public dans un autre monde. La nature même de l’histoire de superhéros nécessite qu’elle se place dans un monde imaginaire, puisqu’elle repose sur l’incrédulité et impose à l’auteur de créer les règles d’un nouveau contexte. Les caractéristiques physiques doivent être malléables, l’essence des personnages qui ont prospéré pendant des décennies doit être cernée.

«Wonder Woman» est une réussite et un succès car le public retrouve l'héroïne des BD qu'il lisait

C’est ce que Marvel Studios a fait et ce que Warner Brothers a échoué à faire. Marvel a construit son univers sur l’essence de ce que les gens aimaient dans ses comics. La société de production a aussi compris que pour attirer les masses vers ce qui était jusqu’alors une culture de niche, il fallait les amadouer. Elle nous a d’abord délicatement apporté Iron Man et a utilisé Nick Fury pour susciter notre curiosité vis-à-vis de Captain America, puis de Thor. Elle nous a fait adorer ces trois personnages, puis a étanché notre soif en les réunissant dans Avengers.

Bande annonce d'Avengers. Via YouTube.

La tâche aurait pu être bien plus aisée pour Warner Brothers. Leurs personnages étaient beaucoup mieux connus du grand public. Ils n’avaient peut-être même pas besoin d’ajouter les personnages avec lesquels tous les enfants ont grandi. Mais ils l’ont fait et leur univers déconstruit s’est tellement éloigné de celui des bandes dessinées de notre enfance que les personnages sont devenus méconnaissables et que le public a perdu ses repères.

Le plus grand succès de l’univers cinématographique DC est Wonder Woman et tout dans ce film montre que ce que nous avons vu ci-dessus est vrai. Patty Jenkins et Allan Heinberg ont fait le choix de s’extirper du cynisme et de la déconstruction pour donner au public la «Wonder Woman» qu’il connaissait et aimait. Ce film reflète ainsi ce qui plaît dans le comics depuis quatre-vingts ans.

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