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Quand l'Etat français réinvente le «what the fuck»

Une Commission se réunit tous les deux mois pour «traduire» les mots du Net. Et c'est beau comme un accident de chemin de fer.

Il était content, il avait fait du bon travail et réussi à mettre au point deux projets de circulaires à envoyer à l'Union Française des Adoucisseurs de pente, concernant les rondelettes à camemberts.

(in Vercoquin et le plancton, éd folio, p.95)

Dans Vercoquin et le plancton, Boris Vian se foutait allègrement de son travail d'ingénieur à l'Association Française de Normalisation — qu'il avait renommée Consortium National de l'Unification. Si le roman date de 1946, le travail que décrit Vian est toujours d'actualité. Aussi incroyable que cela puisse paraître, de nos jours, il existe encore des commissions diverses et variées, chargées d'ambitieuses missions pour la France.

Parmi elles, découvrons aujourd'hui la Commission Générale de Terminologie et de Néologie (un nom qui ne s'invente pas) dont le président est Marc Fumaroli (et un des membres n'est autre que le président de l'Association Française de Normalisation, comme quoi tout se rejoint). En résumé, chaque ministère est doté d'une commission spécialisée de terminologie et de néologie qui, avec l'aide de spécialistes donc, s'emploie à trouver des équivalents français à tous ces mots étrangers qui tentent de pénétrer sournoisement notre belle langue. Ensuite, les propositions des différentes commissions sont publiées au journal officiel par arrêté ministériel. A partir de là, ils deviennent les mots à employer obligatoirement dans les administrations françaises et les services publics. La Commission Générale chapeaute l'ensemble du processus.

Dans chaque ministère, il existe donc un haut fonctionnaire de terminologie chargé «d'assurer le suivi du travail». Une bien noble tâche.

La volonté de l'Etat, via l'administration, de légiférer sur le langage peut avoir un vague goût d'ORTF et avec des intitulés qui fleurent bon la bureaucratie, on pourrait presque croire que ces commissions ont été créées en des temps lointains — si ce n'est soviétiques. Pourtant, elles sont nées en application du décret du 3 juillet 1996 relatif à l'enrichissement de la langue française, décret pris dans le cadre de la loi Toubon pour limiter le recul de notre langue nationale.

Sachant qu'il n'existe pas moins de 19 commissions spécialisées (voire hautement pointues comme la Commission Spécialisée de Terminologie et Néologie de l'Ingénierie Nucléaire) limitons notre étude au vocabulaire lié au web. C'est le domaine de la CSTIC (vous aurez tout de suite compris que c'est l'acronyme de Commission Spécialisée de Terminologie et de Néologie de l'Informatique et des Composants électroniques).

Allez jeter un coup d'œil à son site internet, pour des spécialistes de l'informatique c'est un peu inquiétant quant à leurs dites compétences en la matière. La CSTIC travaille en étroite collaboration avec l'Académie française, la DIGITIP et la DGLFLF ce qui donne dans les comptes-rendus de séance (ici celle du 18 octobre 2002), des phrases qui sonnent comme des hommages à Kafka ou Queneau: «le Président adressera un courrier à la DGLFLF pour préciser que la CSTIC souhaite retirer le terme “bavardage en ligne”. » (A l'époque, ils s'étaient rendu compte que «tchate» serait peut-être mieux que «bavardage en ligne» mais finalement, ils ont opté après plusieurs réunions pour «dialogue en ligne».)

Il faut environ un an pour que la commission traite un mot. Ses 36 membres se réunissent tous les deux mois environ et étudient 4 termes par réunion. Le dernier fruit de leurs efforts a été publié au JO le 27 décembre dernier.

Voici donc un petit dictionnaire des termes justes que les fonctionnaires se doivent d'employer dans leurs rapports et autres courriers administratifs.

Blog = bloc-notes. Comme dans «t'as l'adresse du ciel bloc-notes de Cindy?»

NB: Grande différence entre le blog et le bloc-note, si le premier est tenu par un blogueur, le second semble se générer seul. En effet, la commission n'a pas prévu pour le moment d'équivalent au terme blogueur. Un détail certes puisqu'on pourrait dire «un auteur de bloc-note» sauf que ça ne voudra jamais dire la même chose qu'un blogueur. C'est le problème de ce genre de traduction quand elles arrivent trop longtemps après la bataille. Si les termes purement techniques sont remplaçables, ce n'est pas le cas de lexies qui renvoient à autre chose qu'une simple réalité physique.

Bug = bogue. Comme dans: «Foutredieu, mon ordinateur individuel a une nouvelle fois bogué

Cookie = témoin de connexion. Comme dans «tu reprendras bien un peu de témoins de connexion

Hacker = fouineur. Comme dans «la police a procédé à une perquisition chez de dangereux fouineurs. Les ordinateurs de ces fouineurs on été saisis.»

Hot line = numéro d'urgence [sic]. Comme dans «Je vais craquer, Internet marche toujours pas, je vais faire une crise de nerfs. J'ai envie de me fracasser la tête contre le mur... Appelle le numéro d'urgence pour qu'ils envoient une ambulance.»

Joystick = manche à balai. Comme dans «Chéri, où est-ce que t'as mis ton manche à balai

Off line = autonome. Comme dans... dans «Je travaille off-line.» «Je travaille autonome»? Ah non. Ca ne fonctionne pas. Là encore, le travail de traduction est riche d'enseignement. Travailler off-line, c'est travailler sur un logiciel qui n'a pas besoin d'être connecté sur internet. Une option qu'on trouve par exemple sur gmail. Or alors que « off-line » est un terme neutre, une simple variante de on-line, «autonome» est un mot connoté positivement, dont l'opposé «dépendant» (ou hétéronome) a une charge négative. Ce qu'induisent alors, bien malgré eux certes, les chantres de la langue française, c'est l'idée inconsciente qu'il vaut mieux travailler de façon autonome, donc sans connexion internet.

PC = ordinateur individuel (en se contentant de traduire le sens premier de Personal Computer). Comme dans : «Foutredieu, mon ordinateur individuel a une nouvelle fois bogué.»

Phishing = filoutage. Comme dans l'alerte anti-virus «ATTENTION, le site auquel vous tentez d'accéder est suspecté de pratiquer du filoutage

Une pop-up = fenêtre intruse. Comme dans: «Rhâââ... Catin de fenêtre intruse de merde!!»

Proxy = serveur mandataire. Comme dans... heu... dans rien du tout en fait.

Smartphone = ordiphone. Comme dans «t'as eu quoi pour Noël? Un ordiphone. Ah bon? C'est quoi, une variante de l'ordinathan?» C'est le gros problème du mot ordiphone, il rappelle trop les faux ordinateurs pour enfants.

spamming = arrosage. Si vous êtes fonctionnaires dans un ministère vous direz donc «j'ai été arrosé ». Et logiquement, un spammeur est un arroseur. Mais attention au piège, un spam n'est pas un ... ah bah non, il n'y avait pas de mot possible. Du coup, on appellera ça plutôt un pourriel (même si le mot n'a pas été officiellement référencé par les commissions). Comme dans: «voulez-vous cesser de m'arroser de pourriels?» Sauf que cette nécessité de faire appel à un mot d'une famille différente prouve l'absurdité de cette traduction. Par définition, le problème dans le spamming c'est le mail qui pollue votre boîte. D'ailleurs qui dit «spamming»? On ne parle généralement que des spams. Or, les Français ont choisi un équivalent qui décrit la pratique (dont finalement les gens se contrefoutent) et pas l'objet.

Tag = balise. Comme dans «observez ce nuage de balises.» Mais plusieurs questions se posent alors auxquelles la Commission Générale de Terminologie et de Néologie n'a pas encore répondu. Est-ce que hashtag devra être remplacé par hashbalise? Et surtout, devra-t-on dire «T'as vu sur Facebook? J'ai été balisé sur une photo»?

Toner = encre en poudre.

Webcam = cybercaméra. Sur msn, un prédateur sexuel écrira donc: «tu peu enlvé t pull & mé ta cybercaméra

Et le meilleur pour la fin: world wide web se traduit par toile d'araignée mondiale. D'ailleurs, plus généralement, «web» doit être remplacé par «toile». Comme dans «je fais de la glisse sur l'inter-toile».

Tous ces mots, et bien d'autres merveilles, sont consultables sur le site France terme, lancé par Christine Albanel en mars 2008.

Ne soyons pas complètement injuste, certains termes lancés par les Commissions Spécialisées de Terminologie et Néologie ont été très bien adoptés par les Français. Ainsi de «puce», «cédérom» ou «logiciel». Mais en ce qui concerne le net et ses usages, le décalage entre le mot employé par la majorité des internautes et la traduction proposée est patent. Un décalage qui, dans certains cas, frise la nullité: un blog ce n'est pas un bloc-notes, travailler off-line ce n'est pas travailler de façon autonome. Dans ces deux exemples, le problème c'est d'avoir mal recyclé des mots déjà existants (autonome, bloc-notes) pour désigner des phénomènes inédits. Si «autonome» ne fait qu'embrouiller un peu plus la notion de «off line», «bloc-notes» franchit un pas dans l'absurdité. Le bloc-notes sert à prendre des notes, il n'a pas de dimension publique, il ne demande aucune interaction avec une audience. Et s'il existe sur un ordinateur, c'est par exemple un éditeur de textes simplifié sous Windows.

Dans son discours de présentation du site France terme, Christine Albanel avait cité Camus: «Mal nommer les choses, c'est participer au malheur du monde.» Une emphase qu'on pourrait retourner contre elle. A moins de préférer la moquerie ô combien prophétique de Vian:

C'est ainsi que, au Consortium, nous avons été amenés à créer des commissions spéciales de terminologie qui s'occupent, dans chaque domaine, de résoudre tous ces problèmes, qui sont très intéressants, n'est-ce pas et que, en somme, dans chaque cas particulier, nous nous efforçons de résoudre en nous entourant, bien entendu, de toutes les garanties possibles, de manière à ce que, en somme, on ne nous raconte pas de boniments. C'est pourquoi, à mon avis, il vaudrait mieux employer un autre terme que celui de surprise-party. [...] Nous avons par exemple, dans un domaine aussi différent de celui-ci que peut l'être celui des chemins de fer, cherché un équivalent au mot anglais «wagon». Nous avons réuni une Commission technique et après un an de recherches, ce qui est peu si l'on considère que les tirages de documents, les réunions et l'enquête publique à laquelle nous soumettons nos projets de Nothons abrègent notablement la durée effective des travaux, en somme, nous avons abouti à l'unification du terme «voiture». Et bien ! n'est-ce pas, le problème est analogue ici, et nous pourrions, je crois, le résoudre de la même façon.»

(ibid p111)

N.B. : Pour que le bon français ne soit pas réservé aux fonctionnaires, ont été mis au point des logiciels qui servent de correcteurs terminologiques. Ainsi pour ceux qui utilisent Openoffice, ils peuvent télécharger cette extension qui leur proposera d'écrire «courriel» dès qu'ils auront tapé «mail». Joie.

Titiou Lecoq

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Comments

Ahhh

Plaisir

Un article de Titiou pour faire briller la journée (qui a été rude, la preuve, je suis aussi passé sur votre blog, et j'y suis resté 4 heures... et j'ai écrit ici et là des commentaires mal compris)

Depuis ordinateur (quel mot splendide), et mise à part quelques exceptions (j'aime bien le pourriel, mais suis allergique au courriel), la plupart de ces inventions sémantiques me sont insupportables.

Je n'ose demander combien sont payés les gens qui travaillent dans ces commissions, ni leur nombre exact. Trop peur de virer révolutionnaire tendance anarchiste.

justement

J'ai contacté le service de presse du premier ministre (puisque la commission générale dépend de lui) pour avoir des infos sur le nombre de membres, la manière dont ils sont choisis ET comment ils sont rémunérés. Voici la réponse : "Bonjour,
Nous avons bien reçu votre demande d'information sur les commissions spécialisées mais qu'entendez vous par "terminologie" et"néologie" pouvez vous m en citer pour que je puisse faire les recherches, merci d'avance."
Bureaucratie, quand tu nous tiens...

Non, vraiment

Je ne veux pas perdre mon innocence.

Il est des informations que les journalistes se doivent de ne pas rendre publiques, et celle-là en fait parti.

Connaître ces chiffres pourraient amener en France une révolution qui ferait passer Mai 68 pour une manifestation de soutien au service minimum.

1984 de Georges OUBIEN

Georges ORWELL écrivait en 1948 un livre, au style un peu aride mais parfaitement en ligne avec son sujet, sur un monde en 1984 que beaucoup ont vu comme étant une URSS entièrement aboutie.

Cette vision est est sans doute juste mais la "réalité de la fiction" peut mener à penser que notre société, en de nombreux points, se rapproche de plus en plus du livre dont... le novlangue.

le novlangue, dans le livre, est un language imposé, simplifié et purement utilitaire, qui a pour objet de retirer les mots permettants d'exprimer un sentiments, une idée. Le projet est d'interdire de penser en retirant les mots pour le faire. Si le mot disparaît, l'idée aussi. Le but est également de tourner un jour positif à ce qui ne le serait peut-être pas normalement : le ministère de la guerre devient celui de la paix ou de l'amour.

Aujourd'hui nombre de chômeurs touchent l'ARE (allocation de retour à l'emploi) sans rire !

Je découvre aujourd'hui que les commissions spécialisées nous pondent des horreurs à usage interne afin de faire semblant de parler Français.

Afin de ne pas être que critique et contribuer personnellement à cette œuvre magnifique, je propose quelques traductions améliorées :
- Reboot : rebotter
- Bug : loup (problème indentifié dont la source est parfois fuyante)
- hashtag : indexation
- Toner : cartouche
- webcam : caméra
- world wide web : toile
- blog : journal en ligne
- smartphone : OCCITAN (outil de convergence de communication et d'information sur technologies nomades)

Orphudio

George OUBIEN

George OUBIEN *applaudissements*

J'aime!

Occitan est vraiment très beau! Ne reste qu'à le rendre populaire, ce qui devrait être possible avec un groupe FaceBook. Et ce ne serait pas plus compliqué à expliquer que "smartphone". (Et mieux que "un smartphone, ben c'est comme un iphone"!).

En ce qui concerne "bug", le problème était de trouver un mot à la prononciation proche. Si l'on s'éloignait de la prononciation, il y avait plusieurs autres possibilités dont en effet loup mais aussi paille (la paille dans l'acier) et d'autres mots que j'ai oubliés. "Loup" aurait eu en effet l'avantage de garder la connotation animale du bug venu des légendes de l'informatique par la bouche de l'amiral Grace Hopper http://fr.wikipedia.org/wiki/Grace_Hopper

"For the record", mais pas pour le record, "l'inventeur" de cet usage de bogue est Jean-François Degrémont, alors dans l'équipe de rédaction de la revue L'Ordinateur Individuel.

traduction avant développement

Quelle joie cet article qui m'aura fait découvrir le poste à poste (ou pair à pair), et encore quelques autres bizarreries sur le site de France Terme.

On pourra tout de même apprécier également la prouesse d'avoir su conserver quelques acronymes - EDI pour Echange de données Informatisées ou Electronic data interchange par exemple. Autant de réussites qui devraient bientôt apparaître sous forme de widget (mais certainement pas tant que ce terme n'aura pas été traduit - vivement les ustensiles de fenêtre...)

En tout cas merci Titiou pour ce ton si agréable qui m'a bien plus détendu qu'une séance de gymnastique d'étirement (stretching).

tijumarville

Enfin de la vraie littérature

Vian et Orwell...
Tout le monde parle de Big Brother mais qui a lu 1984 ? 10% de la population ? Moins ? Ca serait pas plus traumatisant que Guy Mocquet, pourtant :p
Quand à voir un système communiste abouti avec une novlangue, la Chine s'en approche : langue simplifiée, éducation où le sens critique c'est pas à l'honneur... http://shodavid.blog.lemonde.fr/2009/12/29/a-lextreme-droite-de-lhumanit...

Facile!

Je pense que ce billet est plaisant et agréable à lire, et qu'il ne peut que déclencher rires et sourires chez ses lecteurs: bravo, ce n'est pas toujours facile d'obtenir un tel résultat.

Toutefois, s'il veut être plus qu'une critique humoristique mais apporter une analyse plus complète des points positifs et négatifs... cela manque, à mon humble avis, un peu de recul.

Je suis bien sûr de parti pris, ayant contribué à l'une des premières commissions, où nous avions contribué à "créer" des mots comme tableur, grapheur, et bien sûr mémoire vive, mémoire morte. Ainsi que détourné le mot existant "bogue" pour traduire "bug": pour mémoire, ce mot a été un "bide"... jusqu'à l'approche de l'an 2000 où il s'est avéré plus plaisant que "bug" dont les orthographes, le sens et la prononciation étaient méconnus.

Une langue est vivante, elle ne se décrète pas mais est au contraire en permanence secouée par des mots nouveaux et des néologismes, voire des imports purs et simples.

L'apport de ces commissions a toujours été de proposer des définitions et/ou de néologismes pour certains mots ou expressions. Certains sont de bonne venue (je veux bien qu'on m'explique en détail pourquoi "mémoire RAM" serait mieux que "mémoire vive"), d'autre pas ou plutôt n'ont pas de succès parce que trop artificiels ("facsim" que nous avions proposé).

Employer des mots en anglais, c'est 'in' et 'trendy'... même si le sens n'en est parfois clair ni pour ceux qui le disent ni pour ceux qui l'entendent.

Par exemple, trouvez-vous honnêtement que "off line" est clair pour tout le monde? ou bien doit-on considérer comme citoyens de seconde zone, voire demeurés, ceux qui ne comprennent pas réellement ce que cela signifie?

Et je ne pense pas que beaucoup des lecteurs parlent du harddisk de leur computer à propos de comput (pardon, ce dernier mot est français http://fr.wikipedia.org/wiki/Comput): ces mots ont été traduits il y a longtemps, et leurs traductions font maintenant partie du langage courant, preuve que ces traductions étaient bien nées.

Enfin, si l'amour viscéral des Français pour la bureaucratie est en effet un élément déterminant de certains aspects ridicules de cette recherche des mots... ne négligez pas la demande et l'influence de nos amis Québécois pour qui la défense du Français contre l'Anglais est un enjeu perçu de façon beaucoup plus importante!

Considérer comme totalement négatif le travail de ces commissions est presque un intégrisme. Considérer que tous les Français devraient utiliser ces mots serait un intégrisme... toutefois l'Etat et son Administration sont en droit de définir le vocabulaire utilisé par exemple pour leurs appels d'offres et contrats...

Ce n'est pas un hasard si pour tout projet d'envergure, qu'il soit informatique ou pas, il faut très vite définir un glossaire commun pour être certain que tous les participants donnent précisément le même sens au même mot.

La presse, devenue plus ou moins électronique depuis l'abandon de la composition au plomb, ne doit pas oublier quel rôle important jouaient les typographes et le "prote" (même si ce mot est inconnu de Wikipedia) et leur connaissance, voire leur amour de la langue.

Non qu'il faille considérer la langue comme "figée", ce qui en ferait une langue morte: aimer la langue, c'est aussi la faire vivre "en lui faisant de beaux enfants" (comme disait Dumas à propos de l'histoire). Parmi les mots qui nous viennent de l'Anglais (et bien sûr, des autres langues aussi!), certains se prêtent bien à un usage quasiment immédiat; et certains issus des bureaucratiques commissions de terminologie... peuvent aussi fournir de beaux enfants!

Bernard Savonet

PS: Je ne sais comment cela se passe aujourd'hui, mais dans le cas de la commission à laquelle je participais l'Etat ne déboursait rien pour les travaux de la commission, où nous étions tous des participants bénévoles... nos employeurs acceptaient cette activité, tout simplement. Donc les dépenses de l'Etat se limitaient à ce que des fonctionnaires relisent le compte-rendu de chaque réunion, et préparent le texte à soumettre à la signature du Ministre.

Bien vu

Fibo, je dois admettre la pertinence de votre commentaire... même s'il va à l'encontre de ma position habituelle.

Bon, je continue à penser que bogue, c'est très moche. Et que cédérom est une hérésie (ou alors il fallait dire Cédé dès l'invention du Compact Disk...)

Surtout, je pense que les personnes qui se posent ces questions pour trouver les nouveaux vocabulaires (mission utile et nécessaire, comme vous l'avez bien montré) sont parfois trop réactives, parfois pas assez, mais se sont trop souvent plantées avec les nouvelles technologies ces dernières années.

Que ce soit pour "chat", "e-mail" ou d'autres, ils sont arrivés tard. Trop tard pour remplacer des mots passés dans le langage courant (dommage, j'aime bien clavardage :) ). De plus, les mots proposés n'ont pas toujours été pertinents. Un "off-line", par exemple, se traduit par "hors connexion" et est largement suffisant. Pas besoin d'inventer un mot, la traduction se suffit à elle-même.

Parfois aussi, les mots français sont proposés top tôt, et ne sont pas pertinents (car mal choisis... les nombreux exemples donnés par Mme Lecoq sont souvent à la limite du ridicule ! Blog = Bloc-note ?? Joystick = manche à balai ??? hot line = manche à balai ???????). Et là, il est tout naturel de se moquer ouvertement de ces choix malheureux qui n'ont que très peu (voir aucune...) chance de rentrer dans le langage courant.

Je suis prêt à prendre le pari que dans 5-10-20 ans, les mots qui resteront seront ceux qui ne déclenchent pas immédiatement un pouffement de rire en les lisant (et surtout en les re-lisant).

Enfin, et pour terminer, même si je ne souhaite pas l'hégémonie de la langue anglaise, l'utilisation de mots étrangers dans la langue française, mots qui auront tendance à se "franciser" avec le temps, ne me semble pas une catastrophe. Ainsi, et principalement dans le domaine des nouvelles technologies, il me semblerait pertinent que ces commissions ne se sentent pas obliger de TOUT traduire. Savoir faire la part des choses, pour créer de nouveaux noms beaux et pertinents quand cela semble nécessaire, savoir proposer la traduction littérale quand cela est suffisant, mais aussi savoir accepter le mot anglais quand il est intéressant.

@Bernard Soapy

J'en profites au passage pour rajouter un +1337 (au moins) au post de julien_g ci dessus, et remarquez que
"+" ainsi que ces chiffres (que nous appelons arabes mais que les asiatiques appellent romains) sont universels, chic !
Effectivement les exemples que vous reprenez sont plutôt bons, "mémoire vive" notamment
qui est même mieux que "l'original", mais pour 1 de bon combien de déchêts ? Je pense que dans beaucoup de
cas cela ne fonctionne pas tout simplement parceque c'est trop tard (home cinema est arrivé presque un
lustre avant son adaptation), et pour d'autres cas il faut bien reconnaître que le sens n'est pas le bon, et au pis l'on pouffe ;-) .
Je regrette en outre que ces commissions n'inventent que rarement de vraies nouveautés (tel l'OCCITAN qui
m'excite tant) et se contentent pour l'essentiel de mettre en face d'un mot anglais classique qui a gagné un nouveau sens dans le dictionnaire anglais, une juxtaposition de mots français plus ou moins bancale.

Vous prenez l'exemple de "off line" le grand public evidemment ne comprend pas forcément, puisqu'il n'est
pas défini dans le dictionnaire c'est aussi simple que cela, d'ailleurs il y'a sans doute bon nombre d'anglophones sur cette terre qui ne comprendraient pas bien le sens du mot dans ce contexte non plus, mais il suffit d'ajouter dans le dico au mot 'ligne' les expressions 'en ligne ' et 'hors ligne' en relation à l'internet je ne vois pas moi non plus l'intérêt de remplacer par "autonome".
Le "Cédérom" fait un peu tâche dans le tableau puisqu'il ne s'agit nullement d'une traduction mais de la transcription phonétique de l'original, méthode "à la japonaise". Dans le passé on ajoutait des mots
étrangers et personne ne s'en plaignait, on a bien "pipeline" (même si pas phonétiquement correct) dans
notre dictionnaire pourquoi pas "offline" après tout ? Ou alors remplacer pipeline par "lontuyau" ?.
Les Japonais ont l'habitude de souvent intégrer directement phonétiquement les mots étrangers (ce qui
n'est pas loin de ce que nous faisions auparavant) considérant que le pain c'est un truc français ils
appellent ça "pain" simplement (bon avec leur accent pourri mais c'est l'intention qui compte) tout comme
nous avons une vague idée de ce qu'est une "mousmé" sans savoir lire les Kanji (Cela leur permet
d'ailleurs de créer des nouveaux mots hybrides comme par exemple "mook" dérivé de "magazine" et de "book".)
Finalement pourquoi changer ce qui a bien marché pendant des siècles ?

Par ailleurs il me semble que l'informatique en général (et l'internet en est la façade ou vice versa) se devait d'adopter une "lingua franca" quelle qu'elle soit mais quand on se met à tout vouloir "localiser" y compris les accronymes et abréviations, des personnes souffrent monsieur sachez le :-) ... Ô combien d'étudiants en informatique français ont dû apprendre que cpu=ucp, ram=mev, etc... Je n'ose imaginer le cauchemard que serait un forum d'entraide entre développeurs si chacun appliquait une loi toubon locale "Et Dieu multiplia les langues afin que les hommes ne se comprissent plus" LOL ou MDR.

De toute façon je pense que la seule bonne façon d'avoir plus de mots français dans les dictionnaires est
que les français inventent de nouvelles choses ou de nouveaux concepts et ne se contentent pas d'en
traduire le nom.

Pour ma part j'avais imaginé dans ma prime jeunesse comme remplaçant de l'anglais "bit" le mot "zou" pour
"Zéro Ou Un" :-P

croustillant

Merci de m'avoir fait découvrir les charmes insoupçonnés de la terminologie étatique. J'attends de voir la commission plancher sur le troll, le fail ou le lolcat.

Je me porte en faux sur le

Je me porte en faux sur le terme choisi pour 'blog'. Comme chacun sait blog vient de la contraction de 'web log', ce qui veut dire 'journal de toile'.
Donc, il faudrait dire pour blog :
- joutoile (et joutoileur)
- ou toijour (et toijourneur ou toijournaliste)
- ou joile (et joiliste)
Et cela pour se conformer à la recommandation R-2003-77-0564 de l'Afnor (in norme ISO-90235-S dite procédure qualité néologismes créée à la suite de l'affaire du livre d'Arthur sur les Monsieur et Madame ont un fils qui avait alors défrayé la chronique au café de flore)

et la meilleure

voici un extrait du site franceterme :
"
bloc-notes électronique
Domaine : INFORMATIQUE
Équivalent étranger : notebook computer (en), notebook (en)
"

n'y aurait il pas un gros contre sens entre ordinateur portable et bloc notes electronique.

Dans tous les cas ils ne sont pas très "brain" dans cette institution.

Cache-misère

Ce qui est terrible dans ce besoin de traduction forcenée, c'est qu'enfin, à travers le monde entier, lorsqu'un nouveau concept est inventé, tout le monde emploi le même mot.
Au delà du fait que "blog" ou tant d'autres sont des mot qui ont une éthymologie, une origine, il peuvent être compris aussi bien par un Français, un Chinois ou un Américain !
Et ces gens-là arrivent à nous inventer des mots soit-disant français que même les Français ne comprendront pas...
Au lieu d'inventer des mots idiots pour nommer les concepts nés ailleurs, les Français ferraient mieux de se mettre à inventer de nouveaux trucs utiles au monde entier et de leur donner des noms originaux... parce que finalement, si il y a tant de mots a inventer, c'est que la France n'invente plus grand chose depuis que les anglo-saxons nous ont pris le terme de "casserole" pour désigner un ragout.

Le français officiel : GET IT!

Pour télécharger le "correcteur terminologique français" de la Commission française de terminologie et de néologiesur le site d’Open Office, il faut cliquer sur un magnifique bouton en anglais: GET IT!
En savoir plus:
http://comment-ecrire.net/2010/01/05/le-francais-officiel-get-it/

Christophe Cachera
comment-ecrire.net

Même tonalité sur Libération

Même tonalité sur Libération (article() et majorité des commentaires). Je dis pas ça pour être désobligeant hein ! Je vous copie (partiellement) ci-dessous un commentaire() pour renforcer un peu le camp des «pro». Juste une invitation à y (re)penser plutôt qu'à bêler (langue internationale s'il en est).

[...]
@xpi : d’une part vous confondez « international » avec « états-unien » et d’autre part je ne vois pas du tout l’intérêt de disposer de quelques mots « internationaux » dans une langue, sauf à atteindre la phase ultime de votre charmant programme « d’internationalisation » et de « normalisation », qui est la disparation de toutes les langues (et de toutes les cultures), remplacées par la langue anglaise. Mais vous aurez beau aller tous les ans en pèlerinage dans un pays anglo-saxon, vous ne parlerez jamais l’anglais comme un anglophone de naissance. Si cette situation de sous-citoyen du monde anglo-saxon vous convient... Vous haïssez « ces types »... Pour ma part, je hais les types qui tapent sur ceux qui refusent l’américanisation du monde.

Cet article et certaines réactions sont sidérants : on ergote sans fin sur les mots que proposent les commissions de terminologie, et il est de bon ton de les trouver ridicules, mais jamais personne ne jugera ridicule tel ou tel néologisme en provenance du monde anglo-saxon. Aux yeux de certains, la langue anglaise est intrinsèquement parée de toutes les beautés, tandis que tout néologisme de leur propre langue est nécessairement ridicule. Un néologisme ne peut pas être à consonance française, il doit nécessairement être anglais ! Refuser ce qu’on nous propose pour mieux gober ce qu’on nous impose, voilà une réaction typique du colonisé fier de l’être.

Je peux conseiller l’ouvrage de Charles Memmi : « Portrait du colonisé, précédé de Portrait du colonisateur ». Il date de 1957 mais il est toujours d’actualité. Charles Memmi est Tunisien et il décrit parfaitement dans ce livre le comportement des colonisés tunisiens face au colonisateur français. Au bout d’un moment, de nombreux colonisés deviennent de zélés propagateurs des idées, langues, coutumes, etc. du colonisateur, et finissent par cracher sur leur propre culture.

En 2004, le gouvernement anglais a décidé de rendre facultatif l’apprentissage d’une deuxième langue en Angleterre, arguant des économies réalisées et du fait que la langue anglaise apprise par les non-anglophones faisait pâle figure face à l’anglais natif, les anglophones natifs étant ainsi très nettement avantagés lors des négociations internationales.

Les pays anglo-saxons, sous l’égide du British Council, mènent depuis de longues années une politique linguistique très active, sachant qu’une langue n’est pas seulement un simple instrument de communication, mais qu’elle est surtout le support d’une culture. Les élèves français apprennent les us et coutumes des Anglais et des Américains lors des cours d’anglais, et certainement pas les mœurs des Hongrois ou des Turcs, malgré le caractère « international » que certains donnent à la langue anglaise. Les citations ci-dessous, provenant du monde anglo-saxon (sauf les deux dernières), témoignent de son intérêt d’imposer la langue anglaise au monde. Beaucoup d'ouvrages ont été écrits sur les avantages considérables que les pays anglo-saxons retirent de l’adoption de leur langue par de nombreuses instances internationales.

« English is a profitable export. » (International Herald Tribune du 12 octobre 1978)

« La vraie richesse de la Grande Bretagne n’est pas le pétrole de la Mer du Nord, mais la langue anglaise. Le défi que nous affrontons est de l’exploiter à fond » (rapport du British Council, 1987-1988).

« Notre langue est tout près d'être universelle. Voici quelques années, elle a été acceptée avec le français comme l'une des deux principales langues de la CEE. Maintenant elle doit devenir l'unique langue officielle de la Communauté » (Daily Mail, 1991)

« The use of English boosts the political influence of the English-speaking countries in ways perhaps more potent than gross domestic product or military firepower. » (L'emploi de l'anglais accroît l'influence politique des pays anglophones beaucoup plus puissamment qu'une forte économie ou une grande puissance de feu) (International Herald Tribune du 7 juillet 1992)

« Il y va de l'intérêt économique et politique des États-Unis de veiller à ce que, si le monde adopte une langue commune, ce soit l'anglais. » (David Rothkopf, directeur général du cabinet de conseils « Kissinger Associates », au service du gouvernement américain)

« Ceux qui possèdent les mots, la langue, possèdent aussi la pensée et, si l’on possède la pensée des autres, on possède tout le reste. » (Vladimir Volkoff)

« Le combat de la langue va bien au-delà de la langue. » (Abou Diouf, secrétaire de l’OIF)

Certains veulent imposer l’anglais au monde, dans leur propre intérêt et non pas, bien évidemment, dans le but désintéressé d’offrir au monde un outil de communication, tandis que d’autres veulent qu’on leur impose l’anglais et en redemandent, contre leurs propres intérêts : quelle magnifique complémentarité de points de vue !

PS

Le texte copié n'est pas de moi, il est pseudosigné par PatrickEv1. Une évidence pour moi, qui explique l'omission.

il faut enrichir la langue

L'article est drôle et souvent pertinent (notamment sur les dérivations impossibles) mais il appelle dix remarques, sans doute trop sérieuses, d'un des acteurs scélérats de cette terminologie "officielle" :
1) Les membres des commissions de terminologie sont tous bénévoles, recrutés pour leur expertise dans les différents domaines. Le portefeuille du contribuable est intact …
2) Les termes entrés depuis longtemps dans l'usage et dans les dictionnaires ne sont évidemment pas traités : on peut continuer à mettre son smoking pour un cocktail le week-end …
3) On s'intéresse en revanche aux termes obscurs, techniques, jargonnants, maladroitement importés de l'anglais avec changement de sens (ex. "book" ou "screener"), assez moches et bizarres en anglais (ex. "happy slapping") ou ayant des implications juridiques ou contractuelles importantes (ex. contrat "in house").
4) Sur le fond, le réflexe de moquerie à l'égard de termes nouveaux peut être le signe, pas vraiment rassurant, d'une gêne crispée à faire vivre la langue. Montaigne, Rabelais et Ronsard, grands inventeurs de mots, n'avaient pas de ces pudeurs mal placées. Il s'agissait pour eux de fortifier le français contre le latin, et ils y ont réussi.
5) Il est vrai que l'usage est souverain et ne se décrète pas. Cela ne doit pas empêcher de faire effort pour forger de nouveaux mots. Ceux que cet effort intéresse consulteront avec bonheur La Néologie de Louis-Sébastien Mercier, de 1801, disponible en ligne. La majorité des termes qu'il y a proposés ne sont pas entrés dans l'usage, mais on y trouve "incommensurable", "assainissement" ou "insuccès", qui sont utiles et bien vivants.
6) Plus ancien encore. Une phrase comme "l’économie scientifique doit évaluer les équivalences frauduleuses" comporte cinq néologismes forgés par Oresme, grand terminologue officiel du XIVème siècle.
7) Plus ancien encore. Cicéron, accablé devant la richesse du grec par rapport au latin, a inventé un nombre considérable de termes en latin, passés aujourd'hui dans la langue courante, en français comme en anglais.
8) Une langue qui n'invente plus des mots bien à elle est une langue qui est menacée d'appauvrissement et de sclérose.
9) Fort heureusement, de nombreux glossaires spécialisés, et notamment dans les domaines de l'audiovisuel et des nouvelles technologies (dicodunet, audiofanzine, etc), viennent renforcer les sites officiels québécois (Termium, Grand dictionnaire terminologique,) ou français (Franceterme) et témoignent que bien des techniciens de ces domaines sont des amoureux militants du français.
10) Enfin, tous sont invités à poster des suggestions de termes à traduire, ou des propositions de traduction, dans la boîte à idées de Franceterme, qui se remplit à toute vitesse. L'idée est bien sûr de dépasser le cap de la critique, toujours plus aisée que l'art, et de participer au grand et joyeux mouvement d'enrichissement de notre belle langue.

Mirabaud

10/10

Pour les scélérats comme vous, une seule sentence : la standing ovation !

Au cas où : Le pendant de Libération<>. Si vous y restez muet, je vous y dupliquerai.

Ostrogot, moine copiste.

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