France

Procès Rançon: «La justice, ce n’est pas une version endimanchée de la vengeance»

Temps de lecture : 3 min

[Procès d'un serial killer - ÉPISODE 5] Éprouvante reconstitution du viol, puis du meurtre et de la mutilation de la deuxième victime de Jacques Rançon. Proches au bord de la crise de nerfs, tueur impassible.

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Les journalistes photographient les pièces à conviction du Procès Rançon. | Raymond Roig / AFP

Les enquêteurs l'ont surnommé «le tueur de la gare de Perpignan». Il est jugé pour avoir violé et tué deux femmes en 1997 et 1998. Il lui est aussi reproché d’avoir tenté d'en violer une autre et d’en avoir laissé une quatrième pour morte. Vingt ans après les faits, septième jour du procès de Jacques Rançon.

Épisode 1: «J'ai forcé une femme à avoir une relation sexuelle avec moi, oui. Après je l'ai rappelée pour la revoir»

Épisode 2: «Procès Rançon: «La seule chose qu'il regrette, c'est la mort de Johnny»

Épisode 3: Procès Rançon: «J’te demande pardon d’avoir été un si mauvais père»

Épisode 4: Procès Rançon: «Là, il a commencé à montrer son vrai visage»

Épisode 5: Procès Rançon: «La justice, ce n’est pas une version endimanchée de la vengeance»

Une audience de cour d’assises, c’est une version miniature du quotidien. Elle est parfois répétitive, traîne en longueur, et permet pourtant d’avancer. Et puis, au moment où l’on s’y attend le moins, elle vole en éclats.

Il était à peu près midi passé en ce septième jour de procès quand le président de la cour suspend la séance pour la pause déjeuner, après une matinée d’audience éprouvante: «Parce qu’elle gueulait trop fort, Jacques Rançon a étranglé Marie-Hélène Gonzalez avec un câble.»;«Je l’ai ouverte pour qu’elle pourrisse plus vite, a-t-il dit, vous vous souvenez de ça?»;«Les organes ont été individualisés, comme si on les avait regardés. Vous ressentez quoi, à ce moment-là?» Sur les écrans, la greffière vient de passer les photos de la reconstitution du meurtre de sa deuxième victime, en 1998. Rançon y mime le viol, l’étranglement et la mutilation du corps de la jeune femme. Des clichés pris de nuit, éclairés par le flash de l’appareil photo.

Soudain, deux hommes tentent de frapper celui qui a tué leurs soeurs

Le Rançon de la reconstitution, barbe fournie et jean bleu clair, a alors quelques kilos en moins que le Rançon qui se tient désormais dans le box. Sur les photos, on le voit arracher les vêtements du mannequin en polystyrène blanc: son débardeur, son pantalon, sa culotte. À la lumière des phares de la voiture garée sur un terrain vague, Jacques Rançon découpe les mains et la tête du mannequin avec un couteau. Les images insoutenables de la reconstitution projetées, le président se penche vers le micro et clôt la matinée:

«Bien. L’audience est suspendue jusqu’à 14h30.»

Les frères de deux victimes –ceux de Moktaria Chaib et de Marie-Hélène Gonzalez– quittent alors les bancs des parties civiles et courent vers le box, avec l’intention d'attraper Jacques Rançon. Ils bondissent sur les dossiers des avocats de la défense, frappent de leurs poings la vitre qui les séparent de l’accusé, encouragés par une coquette dame du public serrée dans son manteau framboise. Les policiers essaient de les maîtriser et les font sortir de la salle. Jacques Rançon a été immédiatement extrait du box. Tous les médias, ceux qui travaillent en direct, ressortent leur matériel.

«Charmant monsieur»

Une audience de cour d’assises, c’est une version miniature du cataclysme. Elle renvoie sans cesse les proches des victimes de Jacques Rançon à leur impuissance. La cour questionne, l’expert explique, le témoin raconte et le chroniqueur écrit, mais les parties civiles, elles, ne peuvent qu’écouter.

Il y a le mouchoir en papier que l’on chiffonne, l’élastique à cheveux que l’on triture entre ses doigts, les lunettes de soleil que l’on met et que finalement on enlève, et ce pied que l’on tapote nerveusement sur le sol. Mais cela ne suffit pas.

Cela ne suffit pas à se soumettre complètement à la justice. Elle ne semble avoir aucune influence sur Jacques Rançon: il livre peu, croise les bras, ne se souvient plus de rien. Quand le public réagit dans une rumeur désapprobatrice à un énième «Je ne me souviens pas» de l’accusé, le président tonne: «S’il vous plaît! On peut aussi travailler sans public hein. La dignité des débats, ça vous échappe complètement!».

Et lorsqu’en fin de journée la dame au manteau framboise interpelle une témoin qui traite Rançon de «charmant monsieur» avec ironie, le président la rabroue sans ménagement: «Vous savez Madame, la justice, ce n’est pas une version endimanchée de la vengeance.»

À la fin de l’après-midi, Rançon est menotté pour retourner en prison. Tandis qu’il quitte le box sous escorte des policiers, la famille de Marie-Hélène Gonzalez le regarde partir, les yeux vides et immobiles. Sur le bureau des avocats de la défense, restent des traces de pas, celles des deux frères.

Elise Costa Journaliste

Procès d’un serial killer
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