Monde / Culture

Des gardiens de la National Gallery of Art dénoncent harcèlements et discriminations

Temps de lecture : 2 min

Des gardiens de musée témoignent de conditions de travail étouffantes, où harcèlement et discriminations flirtent avec les représailles des superviseurs mis en cause.

Exposition extérieure à la National Gallery of Art's Sculpture Garden de Washington.
Paul J. Richards / AFP
Exposition extérieure à la National Gallery of Art's Sculpture Garden de Washington. Paul J. Richards / AFP

Que l'on pense à la National Gallery of Art de Washington D.C., viennent les images de la si petite Madone Dreyfus attribuée à Léonard de Vinci, ou des bouleversantes Puellae de Magdalena Abakanowicz, installées dans le jardin de sculptures du musée.

Entre les galeries silencieuse et les allées boisées, il y a aussi ces hommes et ces femmes qui déambulent à pas feutrés dans ce conservatoire de la culture: non pas les visiteurs, mais les gardiens.

Un environnement de travail hostile

Pour certains d'entre eux, l'institution n'est pas le temple dédié à l'esthétique que semblent annoncer les larges colonnes ioniques à l'entrée de l'édifice, mais un «environnement de travail hostile, entretenu par des dirigeants qui gouvernent avec une mentalité du “à prendre ou à laisser”». C'est ce que rapporte le Washington Post, après avoir reçu les témoignages de dix-sept agents travaillant ou ayant travaillé dans le si prestigieux musée.

Pendant des années, les plaintes se sont accumulées en interne: harcèlement sexuel, discriminations et représailles, parmi les principaux motifs:

«Beaucoup de gardiens disent que la direction est plus concentrée à faire taire les plaignants qu'à s'occuper des problèmes qu'ils soulèvent: un gardien qui se plaignait de l'erreur de planification d'un superviseur a ensuite été formellement réprimandé par ce superviseur; un autre a été informé que quiconque s'adresserait aux médias pourrait être renvoyé. Une gardienne qui avait accusé un superviseur de tenir des propos sexuels inappropriés s'est retrouvée dans une formation donnée par son harceleur présumé», énumère le Washington Post.

Et la liste continue: personnel en sous-effectif, menaces de baisses de salaire, superviseurs incompétents, déresponsabilisation de ceux incriminés... «Dans l'ensemble, les gardiens décrivent un environnement stratifié et inconfortable avec une équipe de direction hautement rémunérée et à prédominance blanche et âgée, et une équipe de sécurité principalement issue des minorités.»

Une hiérarchie écrasante

De l'avis des gardiens interrogés par le Washington Post, les disparités socio-économiques exacerbent la dynamique de pouvoir. Cela est dû notamment à la différence de statut entre les employés. La National Gallery of Art est un hybride privé-public, qui fonctionne comme une organisation privée à but non lucratif, récupérant des fonds auprès de donateurs privés pour compléter les financements fédéraux. Si 82% du personnel est constitué d'employés fédéraux, embauchés et payés à l'aune des normes fédérales, le reste est payé par les fonds privés.

Employés fédéraux, les gardes touchaient en 2016 selon FederalPay un salaire moyen annuel de 47.076$ (soit 38.097€), quand le salaire moyen de tous les employés fédéraux était à 76.500$ (61.910€), et celui des cinq plus gros salaire du musée, à 697.185$ (564.228€).

Mark E. Wallace, le chef du Bureau des services de protection du musée, justifiait auprès du Washington Post l'absence de transparence concernant les plaintes par la hiérarchie:

«Ce que les agents ne voient pas à cause de la chaîne de commandement, c'est que nous prenons des mesures. Il ne serait pas approprié pour la direction de dire à un agent comment un superviseur est traité.»

D'après Clifton Leach, un ancien gardien ayant travaillé sept ans dans le musée, il semble que la façon dont les surveillants sont traités soit quant à elle assez explicite: «Quand ils en arrivent au point de perdre un emploi parce qu'ils se lèvent, ils se couchent.»

Au cours des quinze dernières années, plus d'une douzaine d'employés ont intenté des actions en justice contre le musée pour discrimination. En 2017, dix-sept incidents ont été rapportés à la Commission fédérale pour l'égalité des chances en matière d'emploi: un nombre encore minoré par les pressions qui seraient exercées par les superviseurs sur les employés pour que les plaintes ne soient pas déposées.

Slate.fr

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