Santé

«Je ne ressens plus rien pour lui et les rapports sexuels me sont insupportables»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Marie, une jeune femme mariée depuis deux ans à un homme qu'elle n'aime plus, ne désire plus, et qui se montre violent avec elle.

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«Jeune Orpheline au cimetière» | Eugène Delacroix via Wikimedia Commons License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast».

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Chère Lucile,

J’ai 20 ans et je suis mariée depuis bientôt deux ans. Je me suis mariée jeune et je le regrette amèrement, j’aurais dû écouter ma mère et mes proches. Mais pour moi ce mariage était un moyen de ne plus être seule. J’ai eu une enfance difficile et j'ai manqué d'affection. Mes parents se sont séparés quand j’étais bébé.

J’ai aujourd'hui un enfant avec mon mari, mais tout se passe mal: il a déjà été violent physiquement avec moi à plusieurs reprises. Je ne savais pas quoi faire, je n’avais personne pour m’épauler. Il n’a pas de travail et pas de ressources. Financièrement, ça va mal. Il a un fils de 8 ans que j’ai cru accepter mais en fait non. J’étais aveuglée et je me laissais faire. Je regrette tellement ce mariage. Je ne ressens plus rien pour lui et les rapports sexuels me sont insupportables.

Je ne sais pas quoi faire ni vers qui me tourner car je sais que mes proches me diront: «Je te l’avais dit». Mon mari a déjà essayé de flirter avec la marraine de notre fille. Mais pourquoi suis-je encore restée? Je ne sais pas. Je pense avoir peur des regards des gens au sujet du divorce et de ne pas pouvoir le surmonter seule.

J’ai rencontré un homme bien avant notre relation et nous avons perdu contact. Ensuite –pas très longtemps– on s’est recontacté: on se voyait en douce. Je suis tombée amoureuse de lui mais je ne lui ai pas dit que j’étais mariée. Bien évidemment, je ne veux plus de relations sérieuses. Je veux pouvoir avoir ma vie sans hommes, prendre soin de ma fille et être indépendante. Mais j’hésite tellement... Je ne sais pas quoi faire...

Marie

Chère Marie,

Vous êtes dans une situation d’urgence. C’est-à-dire qu’il ne vous faut plus attendre avant de réagir. Ces mots déjà, que vous avez partagés avec moi, sont la preuve que vous avez conscience que votre situation ne souffre plus de report. Il en va de votre survie et de celle de votre fille.

Si vous avez le sentiment de ne pas pouvoir faire confiance à vos proches, il vous reste une infinité de recours, qui pourront vous proposer des solutions simples et quotidiennes pour recommencer votre vie. N’hésitez pas à appeler le 3919: ce numéro gratuit mis en place par le gouvernement existe pour vous écouter et vous aider à trouver des solutions concrètes.

Près de chez vous, il existe également des associations (le lien vous permettra de faire les recherches nécessaires) dont le but est de vous donner les armes pour recommencer votre vie en toute sécurité, avec votre enfant. Vous n’êtes pas seule, Marie. Et cette situation quotidienne insupportable, dont vous ne semblez pas encore mesurer la véritable gravité, est aussi punie par la loi, qui vous protège donc si vous décidez d’en user.

Cette indépendance dont vous rêvez, vous pouvez la gagner. Et beaucoup sont là pour vous y aider. Parlez-en. Ne rajoutez plus à votre souffrance ce silence qui vous pèse. Ce qu’il vous manque, c’est la première main tendue. Parlez-en à un médecin, même si vous avez l’impression que votre situation n’a pas grand-chose à voir avec une gastro-entérite. Ils et elles sont –aussi– là pour ça… Ou encore au ou à la pédiatre de votre fille. Parlez-en à un assistant ou une assistante sociale. Près de chez vous, il y a probablement un centre de protection maternelle et infantile (PMI), qui propose des consultations gratuites. Au dehors, pas si loin de chez votre domicile, des dizaines de personnes sont prêtes à vous aider, à faire un geste pour vous mettre hors de danger et vous permettre, le plus vite possible, d’acquérir l’indépendance que vous méritez d’avoir.

Chère Marie, ne vous dites jamais que vous êtes seule avec ce problème. Et ne vous justifiez non plus jamais des choix que vous avez faits. Vous avez le droit d’avoir voulu vous marier jeune. Vous avez le droit d’avoir voulu faire marcher votre couple malgré les signaux. Il n’y a pas de honte à avoir. Vous ne méritez surtout pas ce qui vous arrive. Aucune femme ne le mérite.

Mais maintenant que vous voyez la violence et les abus, c’est aussi pour votre fille que vous devez faire la démarche de vous enfuir. Tout ce que vous avez besoin de faire aujourd’hui, c’est de parler. De raconter votre quotidien, avec vos mots. Et si la réponse qu’on vous apporte ne vous convient pas, parlez encore. Vous êtes dans votre bon droit. Vous le serez toujours.

Lucile Bellan Journaliste

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