Monde / Société

Le magazine National Geographic reconnaît le racisme de ses reportages passés

Temps de lecture : 2 min

Dans son numéro d'avril, National Geographic revient sur son approche condescendante et chargée d’exotisme envers les personnes non blanches.

Mea culpa | Adam Marcucci via Unsplash License by
Mea culpa | Adam Marcucci via Unsplash License by

Le numéro d'avril de l'édition américaine de National Geographic porte sur la question raciale avec, en couverture, une photo de deux jumelles britanniques, une blanche et une noire.

«Pendant des décennies, nos reportages étaient racistes. Pour surmonter ce passé, nous devons le reconnaître.»

Susan Goldberg, rédactrice en chef

Dans son éditorial, la rédactrice en chef du mensuel, Susan Goldberg, explique qu'il était impossible de traiter ce sujet sans, par la même occasion, examiner la façon dont National Geographic a décrit et photographié les personnes de couleur à travers le monde.

«Pendant des décennies, nos reportages étaient racistes. Pour surmonter ce passé, nous devons le reconnaître», écrit Goldberg.

Pour mener cette réflexion, le magazine a demandé à l'historien John Edwin Mason d'analyser 130 ans d'archives du mensuel. Il a trouvé que contrairement à d'autres magazines, comme Life, National Geographic ne faisait pas d'efforts pour aller au-delà des stéréotypes racistes en vigueur dans l'Amérique ségréguée:

«Jusque dans les années 1970, National Geographic a quasiment ignoré les personnes de couleur vivant aux États-Unis, écrit Goldberg pour résumer les recherches de Mason. Au même moment, le mensuel décrivait les “indigènes” d'ailleurs comme de joyeux chasseurs exotiques, souvent nus, des nobles sauvages –tous les clichés.»

«Les adolescents pouvaient toujours compter sur National Geographic pour leur montrer des femmes aux seins nus, du moment que ces femmes avaient la peau foncée. Je pense que la direction avait bien compris que cela encourageait les hommes à lire le magazine.»

John Edwin Mason, historien

Les photos d'indigènes admirant les appareils photo ou voitures des reporters blancs étaient très fréquentes, et les populations non blanches étaient presque systématiquement coupées de toute histoire ou actualité socio-politique.

Par exemple, Mason note qu'un reportage sur l'Afrique du Sud des années 1960 mentionne à peine le massacre de soixante-neuf personnes noires par la police qui avait eu lieu à l'époque.

«Les voix des Noirs d'Afrique du Sud sont absentes. Les seules personnes noires présentes font des danses exotiques....ou sont des servants et des ouvriers», écrit Mason.

De même, un article sur les belles demeures de Virginie aux États-Unis n'évoque pas la question de l'esclavage.

Mason note aussi une abondance de photos de femmes indigènes seins nus, à une époque où aucun magazine «sérieux» n'aurait montré de poitrines dénudées.

«Dans les années 1950 et 1960, les adolescents pouvaient toujours compter sur National Geographic pour leur montrer des femmes aux seins nus, du moment que ces femmes avaient la peau foncée. Je pense que la direction avait bien compris que cela encourageait les hommes à lire le magazine.»

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