Culture

Au secours, je suis accro à la musique classique

Temps de lecture : 2 min

[Blog] Hier encore, je ne jurais que par Joy Division, The Smiths, Brel et Dylan. Aujourd'hui, j'écoute en boucle Beethoven, Mahler et consorts. Je suis un miraculé.

La musique classique, sans prévenir, à frapper à ma porte. | allisonmseward12 via Flickr CC License by

Je vais finir par croire que Dieu existe vraiment. Alors que j'abordais, morose et résigné, les rives de la cinquantaine, un peu près persuadé d'avoir fait le tour de la question, sans grand espoir d'être illuminé par quelque chose qui serait de l'ordre de la joie ou de l'illumination, voilà que la musique classique, sans prévenir, a frappé à ma porte; je l'ai laissée entrer et depuis, à ma plus grande surprise, j'en suis tellement épris que je me demande comment j'ai pu vivre sans.

C'est que je n'étais vraiment pas programmé pour l'aimer

J'étais un enfant du rock et de la pop –je le suis toujours!– je ne jurais que par les Smiths et Joy Division, j'avais comme dieux Dylan et Brel, comme modèles Lloyd Cole et Leonard Cohen: ils étaient la bande-son de ma vie, son point d'équilibre, le mât autour duquel s'articulait mon existence, des points de repères qui m'accompagnaient, et m'accompagneraient, tout au long de ma vie.

La musique classique n'existait simplement pas pour moi. Je n'en écoutais jamais ou presque, elle était une parfaite étrangère qui me dominait de toute sa grandeur et de tout son faste. Je crois qu'elle m'intimidait. Je la voyais comme une de ces créatures inaccessibles, hautaines et sévères dont je préférais me détourner de peur d'être moqué ou ridiculisé si bien que par pédanterie ou par ignorance ou par crainte, je la jugeais ennuyeuse, rébarbative, réservée à une caste d'hommes et de femmes endimanchées dont je ne ferais jamais partie.

J'avais évidemment tort

La musique classique est une fête de l'esprit à jamais recommencée, une ode à la joie et à la tristesse, un éblouissement des sens, une invitation à la rêverie et à la mélancolie, un baume, un songe, un psaume, un ensorcellement et une féerie, quelque chose qui serait de l'ordre du cosmique, de l'universel, de l'intemporel, de la volonté de s'affranchir des limites terrestres pour vagabonder dans l'azur de pensées toutes tournées vers l'esprit de nature, vers Dieu, vers ce sentiment d'éternité qui veille au plus profond de nos âmes inquiètes.

C'est une gourmandise et c'est une nécessité.

La vie dans toute sa démesure et dans toute sa fureur, la vie rêvée et la vie sublimée, l'infini de la vie et de ses possibles, la vie dans toute sa grandiose complexité et sa merveilleuse simplicité, la vie ivre de légèreté et la vie lourde de ressentiments et de regrets, d'amours perdus, d'espoirs déchus, de regrets tenaces, la vie comme la métaphore d'une vie qui ne serait pas la vie mais quelque chose d'autre encore, la rencontre de la beauté et de l'harmonie, de la puissance et de la douceur, de l'élévation vers un Dieu qui aurait toutes les apparences du diable.

Voilà que désormais je l'écoute du matin au soir, en boucle, sans m'en lasser

C'est comme un voyage qui jamais ne finirait. Je ne me reconnais plus moi-même. Si je n'ai pas ma dose quotidienne, j'éprouve comme un manque que rien ne saurait combler. Je vais à travers les symphonies et les concertos comme un visiteur de musée qui, ne sachant rien sur rien, arpenterait indéfiniment ses allées, allant de découvertes en découvertes, de révélations en révélations, d'extases en extases, ahuri de découvrir qu'il a pu vivre tant d'années à l'ombre de ces merveilles.

Je n'en reviens simplement pas.

Il me semble que c'est un cadeau des Dieux, une offrande inespérée, un ami qui m’attendrait depuis des siècles et me prendrait par la main pour m'en aller visiter des territoires inexplorés, des terres inconnues et splendides, une présence si réconfortante que j'en viens à ne plus redouter l'avenir mais à l'attendre avec la gourmandise de celui qui vient de trouver un trésor dont il sait que toute une vie ne suffira point à en épuiser les richesses.

Me voilà comblé.

Que la fête continue donc et musique, maestro!

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Laurent Sagalovitsch romancier

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