Monde

L'invasion du Japon par les sangliers semble impossible à endiguer

Temps de lecture : 2 min

Des rizières abandonnées aux dortoirs des écoles, les bêtes sauvages errent à travers le Japon: l'un des effets de la dépopulation et du changement climatique.

Un sanglier sauvage chassé par deux chiens | Alexey Gromov / AFP
Un sanglier sauvage chassé par deux chiens | Alexey Gromov / AFP

Elles ont en moyenne 4,5 enfants par an et sont en mesure de procréer dès leurs deux ans: les laies, et leurs congénères sangliers, sont devenus en quelques années un second fléau démographique pour le Japon, le premier étant le vieillissement de la population.

À mesure que la population japonaise diminue (25% des habitants de l'archipel ont plus de 65 ans, et on s'attend à ce qu'ils soient près de 40% d'ici 2060), celle de sangliers, elle, gagne du terrain:

«À cause de la dépopulation, il y a de plus en plus de champs et de rizières abandonnées. Ce sont des endroits parfaits pour les sangliers sauvages pour se cacher et se nourrir», explique Koichi Kaji, professeur de gestion de la faune à l'université de l'agriculture et de la technologie de Tokyo.

Sangliers errants (et peut-être radioactifs)

Les journaux regorgent de dépêches signalant la présence de sangliers dans des gares, des parkings, des dortoirs scolaires et jusque dans la mer, nageant entre les îles, rapporte le Washington Post.

Le sud du Japon était jusque-là le plus concerné par cette invasion de sangliers errants, mais ceux-ci commencent à remonter au nord, une région jusque-là préservée par un climat plus froid, territoire trop neigeux pour les sangliers. À Hiraizumi, les agriculteurs meurent, et personne n'est là pour reprendre leurs terres:

«Maintenant nous avons ces animaux et pas assez de gens pour les effrayer et les faire partir», raconte Hideo Numata, agriculteur dans ce bourg de 7803 habitants.

Dans l'île de Shikoku, une femme de soixante-dix ans a été chargée par une bête de quatre-vingt kilos en ouvrant sa porte d'entrée ce mois-ci. En octobre, cinq employés d'un centre commercial ont été mordus par un sanglier en furie dans les rayons. À Kyoto, au moins dix sangliers ont été repérés en ville l'année dernière, dont deux dans une école secondaire.

Déclin des populations humaines et changement climatique sont les deux facteurs clefs de cette propagation inquiétante. Alors que les hivers sont de plus en plus chauds au nord, la région se remet mal de la catastrophe de Fukushima en 2011. Les villes côtières ont été anéanties et les populations déplacées, cependant que la région reste inhospitalière pour les humains. Pour les sangliers en revanche, elle semble être «parfaite», écrit le Washington Post:

«Avec des rapports concernant des sangliers saccageant tout à travers les villes-fantômes autour de l'usine, certaines personnes s'inquiètent de la possibilité que les animaux deviennent maintenant radioactifs.»

Manque de main d'œuvre

À Hiraizumi, le coût des dommages causés par les sangliers a été multiplié par six entre 2015 et 2016. La maîtrise de ces sangliers sauvages devient d'autant plus préoccupante dans les campagnes que les moyens mis en oeuvre à cet effet sont maigres ou inefficaces. Si les autorités locales ont offert des subventions aux agriculteurs pour installer des clôtures électriques, elles ont surtout encouragé les habitants à obtenir les permis nécessaires pour piéger et tuer les animaux.

«C'est là que la population vieillissante du Japon et son amour de la paperasse entrent en collision», écrit le Washington Post: cela nécessite deux licences, une pour le port d'armes, une pour poser des pièges. Afin de les obtenir, il faut passer un test écrit (l'université locale a dû mettre en place des cours pour les agriculteurs) et un examen pratique impliquant plusieurs types de pièges. Or dans le bourg, il n'y a qu'une dizaine de personnes en possession de ces deux licences; juste assez pour attraper un ou deux sangliers par mois, entre novembre et mars: le reste du temps, ils ont besoin d'un autre permis.

En 2011, seulement deux sangliers ont été capturés dans toute la préfecture d'Iwate. Progrès: l'année dernière, 94 bêtes ont été neutralisées. C'est mieux, mais loin d'être suffisant.

Slate.fr

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