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L'élimination du PSG: une catastrophe sportive, mais aussi un désastre économique

Temps de lecture : 4 min

En perdant face à Madrid en huitième de finale de Ligue des Champions, le club parisien a mis son équilibre financier en péril.

Edinson Cavani après la défaite du PSG contre le Real Madrid en huitième de finale de la Ligue des Champions, le 6 mars 2018, au Parc des Princes à Paris. | Pierre-Philippe Marcou / AFP
Edinson Cavani après la défaite du PSG contre le Real Madrid en huitième de finale de la Ligue des Champions, le 6 mars 2018, au Parc des Princes à Paris. | Pierre-Philippe Marcou / AFP

«Piteuse élimination», «absence de jeu», «aucune cohésion collective», «aucune âme, aucune ferveur». Les mots n’étaient pas assez durs, mardi dernier, après l’énième élimination du Paris Saint-Germain en Ligue des Champions. Malgré quasiment un milliard d’euros dépensés en transferts et investissement, les dirigeants qataris du PSG n’y arrivent pas. Une sorte de plafond de verre semble brider les aspirations du club de la capitale. Depuis 2011, Paris n’a jamais été capable de dépasser les quarts de finale de Coupe d’Europe. Depuis 2011, Paris n’a jamais été capable de battre des ténors du foot, comme le FC Barcelone, Manchester ou le Real Madrid.

Pour certains, c’est la preuve que l’argent ne fait pas tout dans le sport, que même en injectant des centaines de millions d’euros pour les meilleurs joueurs, les meilleurs éléments, la culture de la gagne ne s’achète pas. Nicolas Jucha, journaliste à So Foot, note que le PSG «a claqué 400 millions d'euros cet été pour aucun progrès significatif dans les matchs charnières du printemps. La preuve qu'une culture de la victoire ne peut s'acheter, mais doit se construire. Conséquence de ce recours au carnet de chèques systématique pour régler ses problèmes, le PSG n'a quasiment fait progresser aucun joueur depuis 2011».

Au dernier mercato estival, 222 millions d’euros (un record stratosphérique) ont été déboursés pour s’offrir les services de la star brésilienne Neymar Jr. et 180 millions d’euros ont été promis à l’AS Monaco, dès la saison prochaine, pour l’espoir Kylian Mbappé (le joueur est actuellement prêté par le club de la principauté). Tout cela pour quoi? Une pitoyable défaite en huitièmes de finale de Ligue des Champions, sans briller. On dépense, on dépense, mais on n’y arrive pas. Et cela risque d’être inquiétant pour l'équilibre financier du club.

Un risque certain

L’instance dirigeante européenne du football, l’UEFA, a imposé, dès 2011, le fameux fair-play financier. Une règle d’or comptable qui impose «de ne pas dépenser plus qu’on ne gagne». Et toute la question va être de savoir si le PSG a gagné, ou va gagner, suffisamment pour pouvoir claquer autant. En août 2017, le président de la ligue espagnole de football, Javier Tebas, avait déjà évoqué la question en affirmant que Paris n’avait pas eu les moyens financiers pour s’offrir Neymar à 222 millions d’euros et qu’ils devaient être sanctionné, tout du moins être audités par l’UEFA pour vérification des comptes:

«C’est un club qui, dans les faits, est financé par un État, le Qatar, avec des chiffres économiques qui sont fictifs. On va porter l’affaire devant la direction générale de l’UE de la concurrence. On va aussi porter l’affaire devant l’UEFA. On va aller devant les autorités compétentes suisses, parce que le PSG fausse la Ligue des Champions, et devant les tribunaux de commerce français et espagnol parce que le PSG ne respecte pas les règles de la concurrence édictées dans l’UE.»

Grâce à un lobbying très prononcé, une enquête a eu lieu. En janvier dernier, l’UEFA annonce que les comptes du PSG sont sains mais qu’il manquerait «70 millions d’euros pour les équilibrer». Si rien n’est fait d’ici la fin de la saison, le club risque des sanctions économiques et sportives, allant jusqu’à une suspension totale de participation aux compétitions européennes.

Tout le plan de développement du PSG était donc, avec la venue de Neymar et de Mbappé, de grossir sportivement pour grandir économiquement. En gagnant des matchs, on touche des primes sportives, on attire plus de fans, de consommateurs potentiels, on excite les sponsors et on renforce les contrats de marchandising et de marketing. Il fallait dépasser les quarts de finale de Ligue des Champions, atteindre les demies voire accéder à la finale et la remporter. Le PSG avait pronostiqué, dans sa comptabilité a priori, une qualification minimale en demi-finale de Coupe d’Europe et avait basé ses finances sur ce cas de figure. Or, cela n’est pas arrivé et le manque à gagner s’annonce important. Premièrement, uniquement sur le plan sportif, la non-qualification en quart correspond à un trou comptable de 13 millions d’euros. Le PSG ne touchera pas le 6,5 millions de prime sportive, les 2 millions de droit TV ni les 4,5 millions de recettes de billetterie potentielles avec un match de quart de finale au Parc des Princes.

Pas de qualification en demie, c’est une perte sèche de 7,5 millions en prime sportive, pas de recettes guichet et pas de gains liés aux droit TV. Idem si le PSG avait atteint la finale, voire avait remporté la compétition. On estime que le vainqueur de la Ligue des Champions peut, au total, récolter plus de 100 millions d’euros.

Une réputation de «looser d’Europe»

Et ce n’est pas fini. L’élimination du PSG ternit sa réputation sur la scène internationale, le club passant pour le «looser d’Europe» incapable d'aller plus loin que les quarts de finale année après année. «La mécanique d'attractivité du club va être impactée par l'élimination. […]. C'est […] le problème du PSG pour faire venir de grands joueurs. […] Les salaires et les primes de joueurs peuvent être plus faibles si la valeur sportive du club est grande», commente Bertrand Avril, directeur de l’agence Sport Marketing.

Son peu de crédit perdu, Paris prend un risque énorme pour toutes les négociations avec les sponsors. En signant Neymar et Mbappé, le PSG espérait une revalorisation de tous ses contrats sponsoring, pour «se mettre au niveau des standards européens». Le contrat d’équipementier, actuellement estimé à 25 millions d’euros par an, les dirigeants Parisiens espéraient le doubler et atteindre 50 millions. Le contrat de sponsor maillot, évalué lui aussi à 25 millions d’euros par an, ils souhaitaient le tripler et passer à 75 millions.

Comment remporter des contrats mirobolants avec une si mauvaise image? Comment accroître ses recettes si, sportivement, le club de la capitale reste un nain? Sur la table des négociations, Nike ou Fly Emirates pourront dire: «Nous refusons vos demandes, vous n’êtes pas comparables au FC Barcelone ou au Real Madrid. Vous n’êtes, pour l’instant, rien».

Conséquence, il va falloir trouver, rapidement, des liquidités alternatives et ainsi éviter les sanctions probables du fair-play financier. Les Qataris iront-ils jusqu’à se séparer de leur joyau inestimable, Neymar?

Pierre Rondeau Professeur d'économie à la Sports Management School

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