Égalités / Santé

Les hommes donnent-ils vraiment moins leurs reins que les femmes?

Temps de lecture : 2 min

Encore une preuve de leur égoïsme. Sauf que...

Par contre, ce sont toujours les hommes qui opèrent, et les femmes qui assistent. | Sasint via Pixabay CC0 License by

À l'occasion de la journée des droits des femmes, on a eu l'inévitable information «insolite».



Mais dites donc... C'est pas très sympa de la part des hommes. Par principe, je suis tout à fait d'accord pour écrire du mal des hommes et là, l'occasion est quand même merveilleusement belle. Mais bon, je n'ai pas pu m'empêcher de me demander si les choses étaient vraiment aussi simples.

Cette dépêche AFP / Relaxnews a été reprise à peu près partout. Deux sites l'ont nuancée: Le Monde et Sciences et Avenir. Parce qu'évidemment, les chiffres sont un peu compliqués qu'il n'y paraît.

Différentiel biaisé

Une phrase paraissait bizarre dans le texte de l'AFP / Relaxnews: «Dans le monde, deux tiers des receveurs de reins étaient des hommes et deux tiers des donneurs étaient des femmes». Mais le texte en concluait quand même à l'égoïsme des hommes.

J'ai donc lu l'étude américaine à l'origine de la dépêche. En fait, les hommes ont davantage besoin de transplantations parce que leurs maladies rénales atteignent des stades graves plus fréquemment, notamment à cause de cirrhoses. Ils sont donc surreprésentés parmi les receveurs. À l'inverse, pour des questions immunologiques et également de taille des organes, les femmes seraient plus souvent exclues du protocole pour être receveuses.

L'étude précise qu'il existe également des facteurs socio-culturels: occupées par la prise en charge de leur famille, les femmes font passer leurs problèmes de santé au second plan (elles ne vont pas s'arrêter de faire tourner la maison sous prétexte qu'elles doivent aller à l'hôpital recevoir un nouveau rein).

Elle montre aussi que les donneurs morts sont plus souvent des hommes, parce qu'ils décèdent davantage dans des accidents. Dans la dépêche, on nous explique, en gros, que les conjoints, les fils, les pères donnent beaucoup moins leur rein que les conjointes et les mères, dans des circonstances de compatibilité identiques, parce qu'elles pensent qu'il est de leur devoir –maternel ou conjugal– d'assurer la bonne santé de leurs proches. Mais l'étude initiale ne dit pas que les hommes refusent de donner (ça peut tout aussi bien être les femmes qui refusent d'accepter le don d'organes de leurs proches) et sort simplement les chiffres qui montrent une différence. Comme les femmes sont moins demandeuses de reins que les hommes, le différentiel est forcément un peu biaisé. Le titre du Huffington Post «Les femmes donnent cinq à six fois plus souvent que les hommes» est trompeur si les hommes ont besoin de greffes cinq à six fois plus souvent.

Statistiques variables

Évidemment, je ne vais pas remettre en question l'idée que les femmes sont élevées dans une forme d'auto-discipline au dévouement. Bien sûr qu'on leur enseigne qu'il est de leur devoir voire de leur raison d'être d'assurer le bien-être de leurs proches et que cela joue un rôle dans tous les aspects de leur vie. Mais la manière dont l'information sur le don de rein était traitée donnait l'impression que les hommes, ces gros bâtards, disaient aux femmes «Eh bah t'as qu'à aller te faire dialyser toute ta vie, je garde mon rein pour moi». L'Agence de biomédecine française explique qu'on ne peut pas, en l'état, en conclure que les hommes sont moins candidats au don vivant. D'ailleurs, les statistiques changent en fonction des organes à donner. Si les femmes représentent 62% des donneurs de reins, elles ne sont plus que 41% pour le don de foie vivant.

Plutôt que de republier une dépêche très vague sur le don de rein, on aurait simplement pu rappeler que les femmes sont plus nombreuses dans tous les métiers consistant à prendre soin des autres et que ces boulots sont généralement moins bien payés que les autres.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq. Pour vous abonner c'est ici. Pour la lire en entier:

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