Égalités / Monde

En Inde, des femmes achetées pour quelques centaines d'euros

Temps de lecture : 2 min

Chaque année en Inde, des dizaines de milliers de femmes sont enlevées pour être vendues comme épouses.

Une mariée, à Ahmedabad, en Inde, le 11 février 2018. |
Sam Panthaky / AFP
Une mariée, à Ahmedabad, en Inde, le 11 février 2018. | Sam Panthaky / AFP

À treize ans, Tahmina a été vendue 50.000 roupies (environ 620 euros) à un homme de plus de quarante par sa sœur et son beau-frère, dans un village de l'État d'Haryana.

En Inde, le rapport ministériel du National Crime Records Bureau indique qu'en 2016, 33.855 personnes ont été enlevées pour un mariage, un peu plus de la moitié d'entre elles étant mineures, et la quasi totalité, des femmes (seulement 59 hommes sur le total).

«Pendant des siècles, le trafic de femmes à marier a été un marché florissant dans les États de l'Haryana, du Pendjab et du Rajasthan, au nord de l'Inde. Il n'existe pas de données officielles du gouvernement sur le nombre de victimes du trafic d'alliances, mais l'on estime que des centaines de milliers de femmes et de filles, principalement venant d'Assam, du Bengale-Occidental, du Jharkhand ou du Bihar, ont été vendues en mariage», rapporte Elena del Estal pour le Guardian.

Six semaines plus tard, Tahmina a été retrouvée par sa mère dans un petit centre d'hébergement géré par le gouvernement, grâce à l'aide de l'organisation Empower People, qui lutte contre le trafic de femmes à marier et les crimes d'honneurs perpétrés contre les femmes.

Une vie d'esclave sexuelle et domestique

Les femmes ainsi vendues sont souvent réduites à une vie d'esclave sexuelle ou domestique, quand elles ne sont pas abandonnées et, éventuellement, revendues. On les appelle «paro» ou «molki», ce qui signifie «volée» ou «achetée» –manière supplémentaire de les humilier.

Sanjida a vécu comme «paro» pendant quinze ans dans le district de Mewat. Comme Tahmina, à qui sa sœur avait fait croire qu'elle l'emmenait à Dehli, elle pensait rejoindre la capitale pour trouver un emploi de baby-sitter. Au lieu de cela, on l'a vendue pour 10.000 roupies (124€).

Quand elles se retrouvent veuves, la plupart des paros sont expulsées de la maison. Un retour au premier foyer est souvent mal vécu par les femmes ayant été vendues comme épouses, qui font face à des discriminations, du voisinage comme de leur propre famille.

Le père de Tahmina a refusé de l'accueillir dans sa maison à son retour. Il a décidé de quitter leur village avec sa mère et ses frères et sœurs, la laissant vivre chez sa grand-mère.

La pratique de mariage forcé par troc et enlèvement trouve sa légitimation auprès de certaines populations, lorsque trouver une femme locale se révèle trop ardu.

«Les hommes pauvres comme nous, qui n'ont pas beaucoup de terres, ont beaucoup de difficulté à trouver une femme ici», explique l'homme qui a acheté et épousé Sanjida.

Samsuddil, lui, a acheté Najida 10.000 roupies pour qu'elle le rejoigne... lui et sa femme: incapable à 41 ans d'avoir un enfant avec cette dernière, et ne pouvant pas trouver d'autre femme au village, il se justifie: «Avoir des enfants est important». Najida a vingt ans.

Slate.fr

Newsletters

De quoi la revendication perpétuelle d’en avoir des grosses est-elle le symptôme?

De quoi la revendication perpétuelle d’en avoir des grosses est-elle le symptôme?

«Couilles.» Donald Trump, Kanye West et même Yann Moix n’ont que ce mot à la bouche. Une fixette qui en dit long.

Transition des jeunes trans*, quand science et militants divergent

Transition des jeunes trans*, quand science et militants divergent

L'article d'une chercheuse américaine, qui examine la possibilité d’un effet de dynamique de groupe pour les jeunes filles s’identifiant comme trans*, a suscité l'ire de certains groupes militants.

En Arizona, des détenues protestent contre l'absence des produits d'hygiène de base

En Arizona, des détenues protestent contre l'absence des produits d'hygiène de base

L'administration pénitentiaire, qui est l'une des mieux financées de l’État, demeure indifférente aux pénuries de papier toilette.

Newsletters