France / Sports

Il existe de bonnes raisons de ne pas supporter le PSG

Temps de lecture : 5 min

Vous ne serez pas de ceux qui encouragent les Parisiens ce 6 mars, jour de leur match retour contre le Real Madrid en Ligue des champions? Vous avez certainement une bonne raison.

Des supporters du PSG au Parc des Princes, lors du match contre Guingamp, le 24 janvier 2018 | Geoffroy Van der Hasselt / AFP
Des supporters du PSG au Parc des Princes, lors du match contre Guingamp, le 24 janvier 2018 | Geoffroy Van der Hasselt / AFP

Comme à chaque olympiade en février lors des JO d’hiver de Pyeongchang en Corée du Sud, les journalistes sportifs surveillaient de près la progression ou la chute de l’équipe de France dans le classement des médailles. Avec ces commentaires calibrés «Olala avec cette quatrième place, il nous a déçu», «Superbe victoire de cette skieuse qui nous rend fiers d’être Français».

Comme si la victoire ou la défaite d’un sportif appartenait à un commentateur, à un peuple français indivisible et unique, plus qu’à un sportif qui consacre des milliers d’heures en silence à son entraînement, à ses sacrifices, loin des caméras, loin d’un compteur de médailles qui n’est qu’un relent gentiment chauvin d’un patriotisme sportif archaïque.

Quelques heures avant le coup d’envoi du match retour entre le Paris Saint-Germain et le Real Madrid en huitièmes de finale de la Ligue des Champions, on a de nouveau droit aux injonctions à l'union nationale du genre «Ce PSG nous a déçu au match aller, on sera tous avec eux pour espérer une victoire au match retour».

La rencontre est attendue, très attendue. Le football est un sport où l’argent achète tout et le choc entre Parisiens et Madrilènes sera visible uniquement sur les antennes de BeIn Sport, chaîne payante du BeIn Media Group, dont le président, Nasser Al-Khelaïfi, est le même que celui du PSG, proche de la famille régnante du Qatar qui donne ses ordres de Doha.

On a le droit de ne pas vouloir faire le jeu du Qatar

Lors de l’arrivée de la star brésilienne Neymar au PSG pour la somme record de 222 millions d’euros en août 2017, on vous expliquait sur Slate pourquoi cet énorme renfort sportif pour le club de la capitale était aussi un coup de billard à trois bandes dans le bras de fer politique qui opposait alors le Qatar à ses voisins.

L’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn imposaient un embargo économique à Doha, qui voulait prouver en recrutant Neymar qu’il avait toujours une puissance financière intacte et que l’organisation de la Coupe du monde 2022 sur son sol n’est pas menacée.

Les médias qataris avaient d'ailleurs largement célébré cette arrivée: «Le Qatar riposte à ses rivaux avec son jeu de soft power», titrait le 3 août le site Doha Stadium Plus, qui saluait également le plus grand transfert de l'histoire réalisé par les dirigeants qataris.

On peut donc ne pas vouloir supporter le PSG pour ne pas faire le jeu du soft power qatari, pour qui le football est un levier d’influence en Europe. Il n’y a qu’à voir l’ancien président français Nicolas Sarkozy s’asseoir en tribunes VIP à côté du président du PSG Nasser Al-Khelaïfi à chaque grande affiche.

Nicolas Sarkozy et Nasser Al-Khelaïfi au Parc des Princes à Paris, le 11 décembre 2016 | Miguel Medina / AFP

Il y a d’ailleurs plus de probabilité de voir encore cette image des deux hommes côte à côte ce soir que d’assister à un exploit des joueurs parisiens qui ont deux buts de retard à remonter (3-1 pour le Real au match aller).

Certains bouderont la rencontre à cause du cirque médiatique autour de la blessure au pied de Neymar, le 25 février. Le Brésilien est forfait pour le match face au Real Madrid; son absence est un gros handicap pour les Parisiens.

Dans les jours qui ont suivi, la couverture de l’opération du footballeur, les questions sur la durée de son absence, les avis d’experts sur les plateaux télé à propos de la gravité de son entorse et de sa fissure du cinquième métatarse avaient quelque chose d’obscène, comme l'a résumé Plantu.

On a le droit d’être Marseillais

Pour les fans de football qui n’habitent pas en Île-de-France, le «tous derrière Paris» peut légitimement chatouiller les narines.

Via un message sur son compte Twitter, l'unique syndicat des joueurs professionnels évoluant en France, l’UNFP, a appelé mardi matin tous les Français à faire cause commune derrière le PSG pour surmonter l’obstacle madrilène. Un appel difficile à entendre pour les fans marseillais, fiers de soutenir le seul club de France à avoir déjà remporté une Ligue des champions qui manque encore au PSG, le grand rival désormais plus riche, plus puissant, plus bling-bling.

Cette domination du Paris Saint-Germain sur la scène nationale depuis sa prise de contrôle par les Qataris est forcément une source de frustration pour les supporters des autres clubs.

Comme à chaque fois qu’une équipe ou qu'un athlète domine une discipline –Eddy Merckx sur les routes du Tour de France autrefois, l’OM des années Tapie, justement–, on rêve de le voir tomber face à plus fort que lui. Une satisfaction qu'attendent ce soir certains supporters de Lyon, Metz, Toulouse, Nantes, si Paris chute une nouvelle fois en Ligue des Champions.

Et puis le PSG reste l’incarnation d’une capitale qu’on aime parfois détester, du Parisien qui prend les «provinciaux» de haut, comme me l'a glissé lors d'une conversation mon collègue Jean-Marc Proust:

«Paris assomme les petits sans scrupules, les moque sans même les voir. On se rit d’un Dijon qui prend “facile” un 8-0. Ce mépris fait des joueurs du PSG de vrais Parisiens: non pas arrogants, mais légèrement condescendants. Comme lorsqu’on rend visite à sa famille, un peu trop pauvre, un peu trop bête, sans le vernis et l’éclat de la capitale. Le Parisien a toujours un coup d’avance. Autrefois, il voyait les films un mois avant les autres. Aujourd’hui qu’internet a terni ce prestige, il s’extasie d’une zone blanche, qui réduit les téléphones au silence et, jouissant de cette sérénité deux semaines, s’adresse à ceux qui la subissent les cinquante autres: “Vous ne savez pas la chance que vous avez !”».

On a le droit de préférer Zidane à Neymar

Dans un football globalisé, où les équipes européennes les plus riches dépensent des centaines de millions d’euros chaque année pour recruter les meilleurs joueurs de chaque pays, l’idée d’un club qui représente tout une nation n’a plus vraiment de sens.

Ce soir sur la pelouse du Parc des Princes, l’entraîneur du PSG sera espagnol, quand celui du Real Madrid sera la plus grande gloire du football tricolore, Zinedine Zidane, qui a fait rêver tout un pays dans un rare moment d’union nationale en 1998 –même si le célèbre “black-blanc-beur” n’était que le slogan de quelques heures d’une joie contagieuse.

Le Real alignera aussi deux internationaux français sur le terrain, Varane et Benzema, et le PSG en annoncera probablement quatre sur la feuille de match (Areola, Kurzawa, Rabiot, Mbappé). Rien de très différent finalement.

Zinedine Zidane et Karim Benzema, le 21 novembre 2017 | Thomas Coex/ AFP

Je regarderai quand même le match ce soir: sans prendre parti pour le PSG, c’est le genre d’affiche qui fait vibrer un fan de football au-delà de ses choix de supporter, pour l’enjeu, la dramaturgie, le talent de joueurs hors du commun, comme l’écrit très justement l’éditorialiste Vincent Duluc dans les pages de L’Équipe du jour.

«Dans la chaleur de cette nuit, pour en finir avec les nouvelles frontières du supportérisme moderne, il est possible que le PSG ne sera pas l’équipe de tout le monde, c’est vrai. Mais il n’a pas besoin de faire rêver toute la France, seulement de faire rêver.»

Camille Belsoeur Journaliste

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