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Italie: le berlusconisme est mort? Vive Berlusconi!

Temps de lecture : 2 min

Les élections ont signé la chute de la Deuxième République... mais l'un de ses principaux fondateurs pourrait bien y survivre.

Silvio Berlusconi éponge le front du leader de la Ligue du Nord, avec qui il devra s'allier s'il veut à nouveau régner. |
Alberto Pizzoli / AFP
Silvio Berlusconi éponge le front du leader de la Ligue du Nord, avec qui il devra s'allier s'il veut à nouveau régner. | Alberto Pizzoli / AFP

Luigi Di Maio, leader du Mouvement 5 étoiles, s'est sans doute un peu trop empressé de déclarer la «Troisième République» –la République «des citoyens». Mais il n’a pas tout à fait tort de constater le décès de la «Deuxième» République, celle qui est née en 1994 de la substitution d’un système partisan nouveau à l’ancien, rongé par la corruption.

La Deuxième République meurt aujourd'hui de l’incapacité de ses dirigeants à sortir l’Italie du surplace économique dans lequel elle se trouve, et à protéger les Italiens du chômage, de la précarité et du déclassement. Le système partisan vieux d’un quart de siècle s’effondre. Et se précisent les contours de celui qui lui succèdera.

Le Parti démocrate défait

Le Parti Démocrate réalise un score inférieur à 19%. Comme Forza Italia, l’autre parti fondateur de la Deuxième République est désavoué et son leader sèchement renvoyé dans l’opposition. Son application méthodique des politiques d’austérité ou de réformes structurelles promues au sein de l’UE depuis la crise de 2008 a produit ses effets: une chute vertigineuse de son nombre d’électeurs et une marginalisation politique qui pointe.

L'ancien Premier ministre et leader du PD, Matteo Renzi, fait la grimace. | Claudio Giovannini / AFP

Sprint final électoral entre deux populismes

La Ligue du Nord a accompli une mue réelle sous l’impulsion de Matteo Salvini. Salvini a converti son parti à une forme de populisme identitaire aux couleurs de l’Italie et débordé sa géographie initiale du temps d’Umberto Bossi. Il a par ailleurs quasiment satellisé le parti incarnant l’autre extrême-droite historique italienne –«Fratelli d’Italia»– héritier du néofasciste MSI et imposé sa vision tant de la droite italienne que de l’avenir de l’Italie. Enfin, sur cette base, allié à Giorgia Meloni de Fratelli d’Italia, il s’est imposé politiquement et désormais arithmétiquement face à Silvio Berlusconi, ce que ni Umberto Bossi ni Gianfranco Fini ne surent faire en leur temps.

Matteo Salvini, leader de la Ligue du Nord, l'un des deux grands vainqueurs des élections. PIERO CRUCIATTI / AFP

Le Mouvement 5 étoiles a réalisé un score spectaculaire. Il sort d’une course de fond avec la Ligue du Nord sur la définition des enjeux fondamentaux du débat politique. Pour la Lega, il était primordial d’imposer «sécurité» et «immigration» au cœur du débat et ainsi d’acquérir la centralité dans le jeu politique. En raidissant son point de vue sur ces sujets, le M5S a sans doute pensé enrayer la mécanique de la Ligue du Nord. Le leader Luigi Di Maio affirme être ouvert aux discussions avec tous les partis. Le système partisan de la Deuxième République sur le point d’agoniser, le geste apparait comme celui d’un vainqueur.

Luigi Di Maio, tout sourire. FILIPPO MONTEFORTE / AFP

Berlusconi: l’automne du patriarche

Silvio Berlusconi, principal fondateur de la Deuxième République avec le parti Forza Italia, est le perdant arithmétique de ce scrutin avec le Parti Démocrate (PD). Le système politique et partisan qu’il a conçu est rejeté mais, cependant, il pourrait demain gouverner l’Italie. S'il ne peut compter que sur 14% des électeurs italiens, il entend bien s’appuyer sur ses alliés de Fratelli d’Italia et de la Ligue du Nord, désormais bien plus puissants que lui dans les urnes.

L’entrée de Silvio Berlusconi au Palais Chigi ne réglerait pas durablement le problème politique qui frappe l’Italie. Il ne réglerait pas non plus les problèmes économiques. Simplement, comme le remède aussi récurrent qu'inefficace d'un pays malade, il se sera survécu à lui-même. Berlusconi, unique survivant du berlusconisme.

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Gaël Brustier Chercheur en science politique

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