Sciences / Santé

«J'hésite à remettre cette lettre de rupture à mon amoureux actuel, à qui je n'ai rien à reprocher»

Temps de lecture : 5 min

Cette semaine, Lucile conseille Annie, une femme qui hésite à quitter son conjoint actuel, un homme bien, parce qu'elle est obnubilée par un autre.

«Edna Smith in a Japanese Wrap» | 
Robert Henri via Wikimedia Commons License by
«Edna Smith in a Japanese Wrap» | Robert Henri via Wikimedia Commons License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast».

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Chère Lucile,

Aujourd'hui, j'ai écrit une lettre de rupture à mon chéri, que nous appellerons «C». Après un peu plus d'un an et demi de relation, je ressens toujours une forte attirance sexuelle pour mon ex –appelons-le «Z». Une assez bonne raison pour rompre? Impossible pour moi d'oser le tromper, même si je pense à Z à peu près chaque jour depuis le début de ma relation avec C. En fait, ce flirt de trois ou quatre mois avec Z n'a jamais abouti sexuellement, et c'est une frustration que je garde à ce jour.

Plusieurs fois, j'ai cru qu'il s'agissait d'amour, car je l'étais, amoureuse de Z. Il était mon idéal-type, parfait à tous les niveaux possibles. Nous avions des goûts similaires, il m'impressionnait (il fait du théâtre, apprend la guitare, a écrit un livre, compose des bandes-sons, gagne bien sa vie dans une boîte de marketing, aime les voyages...) tout en me faisant rire. Physiquement, il me plaisait aussi énormément. Dès notre premier rendez-vous, c'était «comme si l'on s'était toujours connus», et on rigolait beaucoup. Bref, l'homme idéal –pour moi.

Cette fois, je ne voulais pas que la relation commence par le sexe. Je l'avais fait auparavant, de façon tout à fait libérée, avec deux personnes en deux ans. L'attache émotionnelle n'y était pas, ce n'était pas grave. Quand cet homme idéal ne m'a pas répondu la seule réponse valable à mes yeux («je veux une relation sérieuse avec toi»), notre relation a commencé à battre de l'aile. J'ai fui son appartement à minuit le dernier soir, après avoir fondu en larmes à moitié nue sur son lit. Il ne m'a pas violée, heureusement pour moi, mais j'ai pris mes distances à partir de là et nos rapports n'ont fait que s'envenimer.

Quand j'ai rencontré mon ami actuel, je pensais toujours à Z. J'ai même tenté de rompre deux fois avec C, à qui j'ai parlé de Z et qui se sent diminué face à ce CV si riche. Pourtant, c'est moi qui revenais chaque fois vers C.

Aujourd'hui, j'hésite à remettre cette lettre de rupture à C, mon amoureux actuel, à qui je n'ai rien à reprocher. Il pense avoir trouvé la femme de sa vie. Au départ, je pensais devoir le sauver –de lui-même. Il était presque en tout point opposé à Z: fauché, manquant terriblement de confiance en lui, avec une relation douloureuse vis-à-vis de ses parents et de son pays d'origine.

J'ai vu C évoluer chaque jour, suivre mes conseils, prendre confiance en lui, me booster, être un petit-ami qui me soutient toujours et prêt à rester à mes côtés. Je suis impressionnée par le travail qu'il a fait sur lui-même, et il me montre sa force chaque jour.

Je me pense amoureuse, mais peut-être pas folle amoureuse. La raison est simple: mes pensées sont pour Z... Ne pas penser à lui, ce serait d'une certaine manière le trahir. Pourtant, on ne s'était rien promis.

Avec Z, une petite voix dans ma tête me disait «fuis, tu vas souffrir». Avec C, je suis bien. Mais même au lit avec lui, mes pensées s'envolent vers Z –c'est sur lui que je fantasme. Impossible alors de laisser C me toucher. La culpabilité me ronge, mais je n'y peux rien.

Pour mes amis, je n'aurais pas dû commencer cette relation en pensant à un autre. Effectivement, mais c'est trop tard. Je ne prendrai pas le risque de tromper C, sauf qu'il est difficile de rester en couple en pensant à un autre. Partir vaut-il le coup?

Annie

Chère Annie,

Quand l’un est ancré dans le quotidien, l’autre reste un fantasme flottant dans l’air. Un fantasme à tous points de vue, puisque vous précisez que le flirt n’a jamais été consommé. Je vais donc être claire avec vous, Annie: si vous campez sur vos positions, aucun homme ne sera jamais à la hauteur de Z pour vous.

Non pas que celui-ci soit un homme parfait –rappelons qu’il a tout de même tenté de forcer un rapport sexuel avec vous–, mais la frustration et la somme de ses qualités vous ont poussée à en faire un idéal.

Vous ne réalisez pas la violence qu'il a eu envers vous et vous ne pouvez pas faire de cet agresseur votre seul rempart contre le réel. Ce n'est même pas une belle personne que vous avez gardé dans votre cœur, mais le rêve de ce qu'il était pour vous avant que vous ne réalisiez votre erreur. Vous n’avez partagé que trois mois de flirt, votre imaginaire a fait le reste.

En réalité, cocher toutes les cases d’une liste de réussite sociale ne fait de personne un compagnon décent au quotidien, et votre histoire le prouve. Z a refusé vos attentes, nié vos espoirs et la promesse de votre avenir ensemble en préférant mettre un terme à cette histoire au profit de ses désirs sexuels.

Le Z que vous avez en tête, celui auquel vous pensez pendant le sexe et quand C vous déçoit, n’est en rien le vrai Z. C’est une chimère qui vous rassure, l’image de la vie que vous auriez pu avoir. Cette chimère porte en elle vos doutes et vos frustrations, vos envies de plus et d’ailleurs. Encore une fois, je ne pense pas que ce soit une vraie personne à laquelle vous pensez. Vous rêvez d’une autre vie, une vie meilleure, une vie qui n’existe pas.

Je pense que vous devriez laisser sa chance à C. Vous en parlez avec beaucoup de tendresse et dressez de lui le portrait d’un homme bien. Cet homme bien ne peut pas se battre contre des ombres. C existe: il est là pour vous et il vous aime. Il a des défauts et une moins bonne situation financière, mais il lutte pour vous offrir le meilleur. C vous veut heureuse.

C’est à vous de combattre ce dragon qu’est Z, pas à lui. C’est à vous d’accepter cette histoire, ces sentiments que vous avez, de faire le deuil de vos désirs de vie plus excitante ou plus facile, et de laisser une place à C dans votre imaginaire. Si vous n’y arrivez pas seule, parler avec un spécialiste pourra vous aider. Votre homme idéal est un mythe, Annie; le prince charmant semble déjà être à vos côtés.

Lucile Bellan Journaliste

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