Tech & internet

S'éteindre avec des inconnus à l'heure des batteries trop faibles

Temps de lecture : 2 min

5%, ce n'est guère suffisant pour aller sur internet: autant en profiter pour partager ses derniers instants avec quelqu'un.

Die With Me, 2% | Capture d'écran, Vimeo
Die With Me, 2% | Capture d'écran, Vimeo

Le voyant rouge s'était allumé depuis quelques instants déjà, intempestif, menaçant. L'œil inquiet, nous voilà à lorgner de plus en plus sur la jauge, qui baisse, baisse, dangereusement. 5% de batterie, c'est bientôt la fin: «Meurs avec moi!»

Invitation de dernière minute pour derniers instants, l'application Die With Me propose aux sans-batterie de partager leurs dernières vibrations avec des inconnus, eux aussi à la dérive du monde connecté. Foutu pour foutu, autant «plonger au fond du gouffre... au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau!».

Derniers instants

Le principe est, sur le papier, aussi simple que poétique: une fois la barre critique des 5% de batterie atteinte, l'application permet d'entrer «dans un salon de discussion lors de votre chemin vers la paix hors ligne»: un espace où l'on abandonnerait toute velléité utilitariste, pour apprécier sereinement quelques mots échangés avec des étrangers dans une ambiance de fin d'un monde, sorte de simulateur d'un chant du cygne, mais renouvelé à loisir –sans trop se presser toutefois.

«Nous voulions faire quelque chose de positif avec une batterie faible», raconte Dries Depoorter, l'un des concepteurs de l'application.

Une première version avait été testée en novembre 2017, lors du festival international du film documentaire à Amsterdam, auprès des personnes sur place. Localisée, l'expérience pouvait mener à des rencontres sur terre ferme:

«Nous avons eu des idées pour faire une application de rencontres par laquelle on pourrait trouver quelqu'un proche de soi avec une batterie faible. Quand vous vous rencontrez, la batterie est morte, vous pouvez alors avoir une réelle conversation hors ligne», expliquait Depoorter à Motherboard.

Préservant l'anonymat, Die With Me ne demande qu'un pseudo et l'accès aux données de la batterie du téléphone (ainsi que 99 centimes de coût de téléchargement).

Petit éloge de l'éphémère, l'application, désormais accessible à tous et qui n'a été lancée que récemment, ne dispose encore que d'un public relativement restreint. Cela renforce peut-être encore cette atmosphère crépusculaire des smartphones en détresse, laissant un petit goût d'inachevé.

Léa Polverini Journaliste

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