Santé

«N’allez pas vous coucher en colère»: un conseil à ne pas suivre, en amour comme en amitié

Temps de lecture : 3 min

Remettez la dispute au lendemain et allez donc au lit.

Love is weird | Alex Bellink via Flickr CC License by
Love is weird | Alex Bellink via Flickr CC License by

Dans la catégorie des conseils souvent donnés, mais rarement sollicités, «n’allez jamais vous coucher en colère» est un classique au même titre que «s’il est jaloux, c’est qu’il vous aime» ou «faites passer vos enfants avant votre mariage». À première vue, ce sage conseil paraît sensé: en allant se coucher sans avoir réglé un différend (tout particulièrement du genre «tu n’arroses jamais les plantes»), on risque de ruminer sa colère toute la nuit et de se mettre dans tous ses états (ou d’enrager dans son sommeil). Mais comme l’écrivait récemment Jaya Saxena dans un article du Cut défendant le fait de s’endormir en colère, «s’acharner à tout prix dans une dispute a des conséquences, et la seule solution est parfois d’aller dormir pour repartir à zéro».

Le raisonnement de Jaya Saxena est convaincant, surtout si l’on considère que les pires disputes semblent souvent plus faciles à gérer à la lumière du jour et que le manque d’énergie peut être un obstacle à une discussion productive. Mais son argument repose sur une hypothèse importante: votre relation doit être suffisamment solide pour que cette solution fonctionne.

«Je me fichais bien d’aller me coucher sans avoir tout résolu, car il ne faisait aucun doute dans mon esprit que nous serions tous les deux encore là le lendemain matin», écrit-elle.

L’absence d’insécurité est donc un élément clé.

En amitié aussi

Éternelle célibataire, je n’ai pas encore d’opinion personnelle à offrir sur le fonctionnement de ces stratégies opposées dans un contexte romantique. (Et pourtant, croyez-moi, des variantes de la phrase «n’attendez pas demain matin pour régler un différend» reviennent au moins une fois par an au dîner de Noël, lorsque le vin coule à volonté et finit par délier la langue de l’une de mes tantes.) Mais j’ai remarqué que ce conseil se glissait aussi dans mes relations platoniques. J’ai notamment remarqué chez mes amis une étrange détermination à vouloir résoudre les disputes (qu’elles portent sur de mauvais choix dans la vie ou la question de savoir s’ils ont les moyens de s’offrir un chien) aussi rapidement que possible, augmentant ainsi la détresse et la colère derrière nos paroles dans cette course contre la montre arbitraire.

Par exemple, la veille de la cérémonie de remise de nos diplômes, ma meilleure amie et moi nous sommes retrouvées à nous disputer à propos de la peur que nous avions, une fois séparées, de ne plus savoir comment communiquer. Alors que l’inévitable séparation approchait, tout désaccord durant plus de trente minutes, y compris celui-ci qui était pourtant sain, avait des airs de fin du monde. Si nous avons, pour notre part, réussi à résoudre nos problèmes, j’imagine que les choses auraient été beaucoup moins pénibles si nous avions seulement pris un peu de recul toutes les deux. Sous les effets de la fatigue, la discussion dégénérait et partait inévitablement dans des digressions qui nous éloignaient de plus en plus d’une conclusion.

Se souvenir que l’on est dans le même camp

D’après un sondage mené officieusement ici chez Slate, ce conseil semble revenir assez souvent, bien que la plupart des gens reconnaissent que ce n’est sans doute pas le meilleur. Appliquée aux amis et aux amants, la règle du «n’allez pas vous coucher en colère» néglige un certain nombre de facteurs, y compris le manque de sommeil et les émotions fortes, ou encore le chocolat et la tequila. À ce propos d’ailleurs, ajoutez de l’alcool et vous aurez la recette d’une grosse dispute (sans oublier la gueule de bois émotionnelle qui s’ensuit), dont la cause (stupide, à coup sûr) pourra être difficile à déterminer à la lumière du jour. Et comme un collègue le faisait remarquer, confrontée à cette pression extérieure de résoudre le conflit dans un temps imparti, la personne risque de finir par capituler de façon artificielle, excluant ainsi toute possibilité d’arriver à une solution productive au problème, quel qu’il soit.

Plutôt que de refuser d’aller au lit en colère, la plupart des personnes en couple de l’équipe semblent reconnaître que l’aspect le plus important d’une dispute consiste à se souvenir que l’on est dans le même camp. Interrompre la discussion et la reprendre le lendemain matin autour d’une tasse de café est une perspective bien plus agréable que celle d’en découdre avec en fond sonore les émissions de télévision du milieu de la nuit ou la grosse soirée de votre voisin. Il en va de même pour les amitiés: attendez d’être dans un meilleur état d’esprit pour résoudre un conflit, plutôt que de vous envoyer à la figure tous vos sentiments en tentant de battre un chrono inventé de toutes pièces.

Peut-être devrions-nous laisser ce conseil mourir de sa belle mort, aux côtés de la moquette à poils longs et des rôles réservés à chaque sexe. Les différends, qu’ils aient lieu au sein d’un couple ou entre amis, doivent être gérés intelligemment. Et pour cela, n’oubliez pas que la nuit porte conseil…

Rachelle Hampton Adjointe à la rédaction de Slate.com

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