Histoire / Monde

Des musiques composées par les prisonniers de camps nazis seront jouées lors d'un concert en Israël

Temps de lecture : 2 min

Le 70e anniversaire anniversaire de la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël sera l'occasion de jouer ces morceaux, dont la mémoire est menacée par le temps qui passe.

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Dan Rapaport interprète des morceaux composés par des victimes de l'Holocauste lors d'un concert au mémorial du Yad Vashem, le 21 novembre 2016, à Jérusalem | Menahem Kahana / AFP

Emprisonné dans le camp d'Auschwitz-Monowitz, Primo Levi se remémorait d'anciens vers de L'Enfer pour tenir et, peut-être, retrouver une part d'humanité:

«Vous n’êtes pas nés pour ramper sur la terre, mais pour vous élever aux grandes découvertes par les sentiers de la vertu», répétait-il après Dante.

Pendant la Shoah, la poésie a survécu dans les camps, récitée en sourdine ou écrite en cachette par les prisonniers, moyen de faire encore «tenir» le monde.

Sur des bouts de papier, des feuilles de journaux, de papier hygiénique ou dans les mémoires, ce sont aussi des morceaux de musique, chansons et symphonies qui ont été composées.

Un long travail de recomposition

Francesco Lotoro, un musicien italien, a passé près de trente ans à rechercher les traces de ces musiques créées entre camps de transit et camps de la mort, en Allemagne et ailleurs —en Pologne, par exemple.

Avec patience et minutie, il a retrouvé près de 8.000 morceaux, qu'il a archivés ou retranscrits sur des partitions lorsqu'il n'en restait que le fredonnement rappelé par des survivants.

Une partie de ces pièces sera jouée pour la première fois lors du 70e anniversaire de la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël, le 14 mai 2018, par l'orchestre symphonique d'Ashdod.

«Les compositions venant des camps de concentration sont un héritage mondial, un legs pour ces artistes qui malgré la perte de leur liberté dans les circonstances les plus inimaginables ont persévéré à travers leur musique. Grâce au concert, nous luttons pour restaurer à la fois la vie et la dignité de ces artistes», a déclaré Lotoro.

La musique pour mémoire

Ilise Weber, qui a travaillé comme infirmière à l'hôpital du camp de concentration de Theresienstadt, enseignait aux enfants du camp ses compositions avant d'être déportée et gazée à Auschwitz, avec son mari et son fils. Le Guardian raconte qu'en dépit d'aucune trace écrite de ses chansons, elles furent mémorisées par Aviva Bar-On, une enfant qu'elle avait soignée, et qui les chantera pour la première fois depuis la guerre.

«Quelques-unes de ces mélodies n'ont jamais été écrites. Elles étaient conservées dans une mémoire qui disparaît à mesure que meurent les survivants. Presque chaque mois, j'entends qu'un ami est mort», raconte Lotoro.

Quand il a appris l'existence d'une rescapée de Therensienstadt qui se souviendrait d'une musique, Lotoro est venu la voir: «J'ai découvert qu'elle pouvait se rappeler non seulement une, mais trois des mélodies d'Ilise Weber, et je les ai écrites».

C'est un travail d'archivage qui se poursuit ainsi, ponctué de précieuses découvertes, comme ces manuscrits de Willy Rosen et Max Ehrlich, exfiltrés du camp de regroupement et de transit de Westerbork avant leur propre déportation à Auschwitz. Le dossier les contenant a été retrouvé des décennies plus tard dans un grenier des Pays-Bas, dernier témoignage des deux amis, figures marquantes du cabaret allemand des années 1930. La pièce «Tatata» aura depuis trouvé son interprétation.

Slate.fr

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