L'activité humaine est-elle responsable des tremblements de terre?

Des gens attendent après avoir évacué leurs immeubles dans le quartier financier de Tokyo après un tremblement de terre près de la côte du Nord du Japon. REUTERS/Toru Hanai

Des gens attendent après avoir évacué leurs immeubles dans le quartier financier de Tokyo après un tremblement de terre près de la côte du Nord du Japon. REUTERS/Toru Hanai

L'influence de l'homme sur la tectonique des plaques.

Un tremblement de terre de magnitude 8,9 a frappé le Japon ce vendredi 11 mars. Trois jours plus tôt, c'était en Turquie qu'un séisme de magnitude 6 avait fait plus de 50 morts.  Au total, il y a eu 258 tremblements de terre dans le monde entier au cours de la semaine dernière. L'humanité peut-elle influencer la fréquence des tremblements de terre comme elle a changé le climat?

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Pas de manière significative. Il est vrai que certaines activités comme l'exploitation des mines ou des puits de pétrole et la construction de barrages peuvent déclencher un tremblement de terre en modifiant le poids que supportent les plaques tectoniques ou en lubrifiant les joints qui se trouvent entre elles. Mais on n'a aucune preuve que les humains aient provoqué un tremblement de terre d'une magnitude supérieure à 5,3. Les séismes majeurs comme celui d'Haïti sont des phénomènes naturels qu'on ne peut empêcher. Si un mouvement des plaques de l'écorce terrestre doit se produire et entraîner une telle catastrophe, personne n'y peut rien.

La fréquence des tremblements de terre les plus violents est relativement constante depuis qu'on en garde une trace écrite. Depuis 1900, on enregistre chaque année environ 18 tremblements de terre d'une magnitude égale ou supérieure à 7. (Un seul d'entre eux dépasse généralement la barre de 8.)  Aucune donnée ne suggère que ce chiffre ait tendance à augmenter. Les sismologues détectent des secousses de plus en plus faibles, mais cela peut s'expliquer par la qualité et la quantité des instruments de mesure : Depuis 1931, le nombre d'observatoires sismiques existant dans le monde entier est passé de 350 à plus de 8 000.

Parce que les tremblements de terre se produisent à une grande profondeur sous la surface de la terre, les principales activités susceptibles d'en provoquer sont liées aux creusages ou aux forages. Par exemple, les compagnies pétrolières injectent parfois dans un puits de l'eau dont la pression éjecte l'or noir. Cette eau, envoyée à plusieurs centaines, voire milliers de mètres de profondeur, peut atténuer les frottements qui immobilisent deux plaques, provoquant ainsi un glissement de terrain et une faible secousse sismique.

Le plus fort séisme dont l'origine humaine est établie a eu lieu il y a près de cinquante ans dans le Colorado. En 1962, l'armée américaine a creusé un puits profond d'environ 4.000 mètres pour y jeter les déchets d'une usine d'armes chimiques et conventionnelles située à Commerce City. En quatre ans, on y a déversé plus de 620 millions de litres de liquides toxiques. Jusqu'au jour où on s'est rendu compte que cela avait provoqué une série de secousses sismiques peu importantes. Un an plus tard, un tremblement de terre d'une magnitude de 5,3 a fait près d'un million de dollars de dégâts dans la zone urbanisée de Denver.

Au fur et à mesure que l'eau s'est accumulée derrière le barrage Hoover, à la fin des années 30, des centaines de petites secousses ont été ressenties dans la région. Certains soupçonnent que le tremblement de terre de Koyna, en Inde, dont la magnitude a atteint 7,5 et qui date de 1967, a pour origine un réservoir voisin. Mais la plupart des sismologues rejettent cette théorie. A présent, de nombreux scientifiques craignent que le barrage des Trois gorges, en Chine, ne constitue un risque sismique sérieux. S'il provoque un tremblement de terre qui endommage le mur de soutènement, l'eau qui s'en échapperait pourrait inonder une vallée où vivent des millions de gens.

Il est extrêmement peu probable qu'une explosion nucléaire entraîne un tremblement de terre majeur, contrairement à ce que pourraient faire croire les productions hollywoodiennes. Mais lors d'essais souterrains, on enregistre parfois une faible activité sismique. En 1968, une nouvelle faille s'est ouverte dans le désert du Nevada à cause d'un essai nucléaire dont le nom de code était «sans faille». Le phénomène, détecté par les sismographes, s'expliquait plutôt par l'explosion elle-même que par un mouvement tectonique qui en aurait résulté.

Brian Palmer

Traduit par Micha Cziffra

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