Santé / Monde

Les Coréens du Sud sont accros à la divination

Temps de lecture : 2 min

En Corée du Sud, on consulte régulièrement des voyants, et il arrive qu'on en reparte avec une nouvelle religion, un autre régime alimentaire ou une assurance supplémentaire.

Le chaman Kim Gee-Chan, à Yangju, au nord de Séoul (Corée du Sud), le 8 novembre 2016 | Ed Jones / AFP
Le chaman Kim Gee-Chan, à Yangju, au nord de Séoul (Corée du Sud), le 8 novembre 2016 | Ed Jones / AFP

Dans des cafés, dans des temples, sous des tentes ou dans la rue, entre des étals de vêtements bon marché et des boutiques de cosmétiques: on trouve partout des tables de diseurs de bonne aventure en Corée du Sud.

Certains proposent les arts coréens de la morphopsychologie (la lecture des traits du visage), d'autres de la chiromancie (ceux des mains) ou du tarot. Mais la plupart pratiquent le saju, une forme ancienne de divination liée à l'astrologie chinoise, fondée sur les «quatre piliers de la destinée».

Le Broken Hearts Tarot Club est l'un de ces lieux où les Séoulites de tous bords viennent tenter leur destin. Implanté à Hongdae, le quartier étudiant de l'université de Hongik, il abrite derrière sa façade de néons roses un business des plus florissants.

Un business de trois milliards d'euros

Dans le club, interroger les cartes coûte 3.000 wons à la question, soit 2,27€. En Corée du Sud, le marché organisé autour de «l'autre monde» devrait bientôt atteindre les trois milliards d'euros, rapporte The Economist.

Avec plus de 300.000 diseurs de bonne aventure et 150.000 chamans dans le pays, les affaires vont bon train. Surtout, elles touchent toute la population:

«Fait inhabituel dans un pays de chrétiens évangéliques et de fervents bouddhistes, [la divination] continue à prospérer comme n'importe quelle chose, conçue aussi bien comme une curiosité amusante que comme un guide fiable pour prendre des décisions quotidiennes.»

Une voyante de Broken Hearts raconte ainsi à The Economist qu'elle a commencé à étudier le saju une vingtaine d'années plus tôt, mais qu'elle s'est récemment mise à tirer les cartes du tarot, pour suivre son temps: «Les jeunes aiment ça. Les cartes sont jolies, c'est bon marché et c'est rapide».

Dans les années 1970, le gouvernement sud-coréen avait lancé des campagnes contre les pratiques ésotériques, encourageant les citoyens à prendre en main leur propre destin et promouvant sa propre «magie», celle du «miracle [économique] sur le fleuve Han».

L'opposition n'a pas porté ses fruits. Les applications de divination sur téléphone prolifèrent, séduisant un public plus large et plus jeune: Handasoft, un éditeur de logiciels, a lancé treize applications différentes au cours des cinq dernières années.

Duo, une agence de mariage en ligne, a constaté que 82% des femmes et 57% des hommes non mariés qu'elle a interrogés en 2017 avaient rencontré des maîtres du saju au sujet de leur vie amoureuse.

Les rayons des libraires sont garnis d'ouvrages initiatiques. On retrouve dans les séries télévisées des personnages de divinateurs, et certains spécialistes de la chirurgie esthétique vont jusqu'à donner des recommandations à leurs clients au regard de la morphopsychologie.

Une perspective supplémentaire

La pratique est quotidienne: elle se transmet en famille, comme «une façon possible de donner du sens au monde», estime Andrew Eungi Kim, professeur de sociologie à l'université de Corée.

«Le business de la voyance a également pu prospérer parce que le destin n'est pas fixé dans la cosmologie coréenne. Les mauvaises nouvelles peuvent être atténuées avec des charmes, souvent dispensés sous la forme d'une action: embrasser une religion, contracter une assurance santé, arrêter de manger de la viande rouge, ne pas envisager de se faire tatouer. Les clients réguliers sont ainsi assurés. Certains vont même jusqu'à faire un check-up hebdomadaire», décrit The Economist.

Le phénomène n'entraîne pas une confiance et une adhésion aveugle de la part ses adeptes, mais apparaît souvent comme une perspective supplémentaire pour appréhender les événements qui surviennent dans leur vie.

Par ailleurs, le saju a gagné en crédibilité, en étant reconnu comme une activité académique à part entière. Les enseignements sont longs et les carrières se construisent sur l'expérience: médecins, professeurs et religieux s'y forment, comptant parfois le nombre de visages étudiés à leur actif.

Kwon Hee-gwan, qui enseigne la divination, en a vu passer près de 10.000: à peine la moitié de ce qui serait nécessaire pour déceler les troubles d'un client dès son entrée sous la tente, dit-il.

Slate.fr

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