Sciences / Santé

«Je ne veux pas, je ne peux pas lui demander d'être en couple avec moi»

Temps de lecture : 4 min

Cette semaine, Lucile conseille Ariane, une jeune femme qui peine à éclaircir la relation qui la lie à un homme étranger qu'elle a rencontré lors d'un voyage.

Hungarian gypsy girl | 
Amrita Sher-Gil via Wikimedia Commons License by
Hungarian gypsy girl | Amrita Sher-Gil via Wikimedia Commons License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast».

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Chère Lucile,

En novembre de l'année dernière, lors d'un voyage, j'ai rencontré un homme dont je suis tombée assez rapidement amoureuse. Il est étranger et sa vie est un peu compliquée (raisons familiales, financières, politiques...). Nous sommes très différents sur certains points et la communication est parfois difficile. Je suis retournée le voir. Il a été là, attentionné.

Et puis j'oublie. J'oublie les belles choses qu'il a pu me dire. Au milieu des bribes de discussions en anglais, de gestes à moitié faits, je me perds. Je ne veux pas, je ne peux pas lui demander d'être en couple avec moi. Ce n'est pas mon but, ce n'est pas ma définition de la situation. Seulement, j'ai besoin d'être rassurée. J'ai du mal à savoir s'il tient à moi, si sa manière de le montrer est simplement affectueuse ou vraiment à la hauteur de mon sentiment pour lui. C'est une question d'échelle d'intérêt, de savoir si je suis dans la masse, si je suis au même niveau que d'autres, si je suis en dessous, ou au-dessus.

Je ne peux pas prédire l'avenir, mais j'ai l'impression de devoir décider s'il doit rester dans ma vie, s'il tient à moi, si je peux gérer, me satisfaire de ça, me laisser le temps de voir venir... ou si je dois le rayer de la carte parce qu'en fait ses signaux sont assez clairs. C'est quelqu'un qui dit qu'il tient à moi, qu'il m'aime bien, tout en me précisant qu'il veut qu'on soit amis pour l'instant. Mais on peut tenir à quelqu'un sans avoir envie d'être amoureux! Et ça, ça m'emmerde.

C'est compliqué mais surtout c'est flottant, chiant, pas clair. Je suis bloquée. J'attends des réponses à des questions qui me fatiguent moi-même. Est-ce que c'est une question de communication? Est-ce que j'attends? Est-ce que j'efface, j'abandonne? Est-ce que j'apprends la nuance? Si oui, où est-ce que je la trouve?

La possibilité de mettre au clair, d'en parler n'est pas vraiment envisageable. C'est assez hors-sujet et c'est redondant.

Je retourne dans son pays en mai, pour des vacances. Parfois, il me prend l'envie de ne pas le voir du tout là-bas, d'être intransigeante... Puis je me dis que c'est complètement con et violent, que je passe à côté de quelque chose.

Tout ceci me rend triste, me ralentit, m'handicape. Je me sens faible, jalouse, trop réactive. C'est fatigant.

Ariane

Chère Ariane,

Il y a beaucoup d’incertitudes dans cette histoire. Les vôtres, les siennes, les éléments difficilement lisibles à cause de la barrière de la langue et peut-être même de la barrière culturelle. Souvent, les débuts d’histoires d’amour le sont. Les modes de communication différents –même dans la même langue– s’effleurent, se frottent et ont besoin d’ajustement.

On apprend au compte-gouttes l’autre et son passé, les blessures et les joies qui lui ont permis de devenir la personne qu’elle est aujourd’hui. Il faut trouver sa place, dans son histoire, sa famille, son groupe d’amis. En retour, il faut aussi lui en faire une. C’est une étape importante, dans certains cas remplie de doutes mais aussi souvent de confirmations légères, joyeuses, de gestes et de mots qui réchauffent le cœur.

Si cet homme semble faire un geste vers vous, vous ne semblez pas à même de le décoder. Rien ne vous réchauffe le cœur et il ne vous reste que les doutes. C’est un problème de disponibilité et d’envie. De foi, aussi: parfois, il n’est nécessaire que d’avoir la foi –foi en vous, en lui et en votre avenir. Si vous ne portez pas en vous cette foi, aveugle jusqu’à en être presque absurde, alors l’histoire est condamnée.

Dans une histoire simple et «classique», ma réponse aurait été d’en parler ensemble, de confronter vos deux visions du futur en tant que couple: pour avoir une réponse, il vaut toujours mieux poser la question.

Mais vous avez refusé les mots, vous ne voyez pas ou oubliez les gestes. Il ne reste que la foi, et elle ne semble pas vous porter dans la distance. Vous semblez tiraillée entre vos désirs profonds et la raison, entre l’envie de fondre pour lui et celle de rester forte et dure.

Rien ne vous empêche au fond de faire une crise de jalousie si vous êtes jalouse. Mais se rendre malade à l’idée d’être jalouse est un autre problème. Dans cette histoire de couple, l’autre est trop lointain, vos questionnements et vos doutes n’arrivent même pas jusqu’à lui. Vous les gardez pour vous, dans une boule qui vous enserre et vous étouffe. Ce n’est pas la base du couple.

Pour l’avenir, gardez en tête que vous n’êtes pas la seule responsable des décisions. Laissez-vous l’opportunité d’être surprise, libérée de vos angoisses en un geste ou en un mot. Ici, vous ne voyez pas le meilleur et gardez le pire pour vous, comme pour vous en faire une forteresse. Cet homme ne peut pas venir vous délivrer d’un château dont il ne connait pas l’existence –et la réciproque est aussi vraie.

Je ne peux pas répondre précisément à vos questions, Ariane. Certaines réponses se cachent au fond de vous, de votre envie et de votre volonté, d’autres au fond de cet homme et de votre embryon d’histoire. Je vous souhaite de les trouver et d’être enfin heureuse et apaisée.

Lucile Bellan Journaliste

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