Monde

Les États-Unis ne sont plus une «nation d'immigrants»

Temps de lecture : 2 min

L'Amérique des XIXe et XXe siècles s'est construite sur le mythe d'une «nation d'immigrants»; l'administration Trump entend écrire une nouvelle histoire.

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L. Francis Cissna, le directeur des US Citizenship and Immigration Services, à Washington D.C., le 12 décembre 2017 / Saul Loeb / AFP

En janvier dernier, Mark Zuckerberg condamnait la politique d'immigration de Donald Trump, avançant le mythe constitutif d'une «nation d'immigrants». Depuis le livre du même titre de 1958 signé John Fitzgerald Kennedy, la formule a été constamment reprise comme symbole de l'identité nationale, en renfort de l'idéologie du fameux «melting pot», mais aussi de décisions politiques.

En novembre 2014, c'est encore en affirmant un vibrant «nous sommes et nous serons toujours une nation d'immigrants. Nous étions nous-mêmes des étrangers», que Barack Obama justifiait sa décision d'offrir une régularisation temporaire à près de cinq millions d'immigrés illégaux.

Exit «les immigrants», place à «la nation»

Alors que le gouvernement Trump entend prendre des mesures de plus en plus drastiques contre l'immigration, l'agence fédérale américaine qui s'occupe de distribuer les cartes vertes et d'accorder la citoyenneté américaine aux étrangers vient de supprimer l'expression de son programme.

Jeudi 22 février, le directeur des United States Citizenship and Immigration Services (USCIS) a informé par lettre ses employés que l'énoncé de leur mission avait changé, afin de les «guider dans les années à venir», rapporte le New York Times.

Dans la précédente version, la mission des USCIS était décrite comme telle:

«Les USCIS assurent la promesse de l'Amérique en tant que nation d'immigrants en fournissant des informations exactes et utiles à nos clients, en accordant les avantages de l'immigration et de la citoyenneté, en promouvant une connaissance et une compréhension de la citoyenneté, et en assurant l'intégrité de notre système d'immigration.»

La nouvelle annonce:

«Les USCIS administrent le système d'immigration légal de la nation, protégeant son intégrité et sa promesse en arbitrant efficacement et équitablement les avantages de l'immigration tout en protégeant les Américains, en sécurisant la patrie et en honorant nos valeurs.»

Choisir l'avenir de l'Amérique

La «nation d'immigrants» disparaît ainsi, au profit de la mention des Américains et de la sécurité nationale. L. Francis Cissna, nommé par Trump à la tête de l'administration, ne faisait pourtant pas mention de cette suppression, préférant pointer celle du terme de «clients»: «Un rappel du fait que nous travaillons toujours pour le peuple américain».

León Rodríguez, qui a dirigé l'agence avant lui, de 2014 à 2017, a qualifié ce changement terminologique de «tournant particulièrement triste de l'histoire»:

«Nous ne devrions pas oublier que sous l'énoncé de la mission rejeté, les fonctions d'intégrité et de sécurité nationale des USCIS ont grandi –de façon spectaculaire–, montrant que nous pouvons être à la fois une nation accueillante et une nation sûre.

Nous devrions nous arrêter pour réfléchir sur les nombreuses opportunités que l'Amérique va perdre à cause des comportements reflétés dans cette déclaration, et nous demander si c'est vraiment le pays que nous voulons être», a-t-il commenté.

Les défenseurs de la réforme avancent quant à eux le besoin de définir les conditions qui encadrent l'immigration à l'aune des intérêts nationaux du pays.

Slate.fr

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