France

Asile et immigration, l'art de la posture

Temps de lecture : 8 min

Le projet de loi asile et immigration, présenté au Conseil des ministres, fait polémique. Laxiste pour la droite, trop dur pour la gauche, pour la première fois il fait apparaitre des divisions au sein même de la majorité. Mais comme toujours en matière d'immigration, le jeu politique est marqué par les postures et les jeux de rôles. Twitter en est le reflet.

A l'époque de la «jungle» de Calais. Wikimedia Commons.
A l'époque de la «jungle» de Calais. Wikimedia Commons.

Contenu Partenaire - Dans le projet de loi intitulé asile et immigration, présenté et défendu par le ministre de l'intérieur Gérard Collomb, et sur un sujet aussi sensible et clivant dans l'opinion et la classe politique, les mots ont une extrême importance. Et LCI de le rappeler: «dublinés, réfugiés, sans-papiers…: lexique de l’asile et de l’immigration». Les deux termes, asile et immigration, ne recouvrent d'ailleurs ni les mêmes réalités ni les mêmes droits. Le mot de «migrant», largement utilisé ces dernières années dans les médias, est par exemple un piège linguistique d’imprécision. «Immigration «Définir précisément ce qu’est un migrant en France est impossible. Quand on évoque l’immigration, on ne sait jamais de quoi on parle», explique l’historien Pascal Blanchard #TEP».

De quoi parle-t-on?

Les conflits qui se sont multipliés depuis plusieurs année en Méditerranée (Syrie, Lybie, Kurdistan…), en Afrique (Érythrée, Somalie, Niger...) et en Asie centrale (Afghanistan) ont provoqué des mouvements importants de population jusqu’aux frontières de l’Europe. Mécaniquement, les demandes de droit d’asile (possibilité pour un individu en danger de trouver refuge dans un autre pays), ont connu une augmentation spectaculaire depuis sept ans (de 36.900 à 73.700) comme l'explique l’infographie de l’AFP: «les demandes d’#asile en France en 2017 @afpfr».

L’allongement de la durée de traitement de ces demandes et l’engorgement des centres où s’entassent les étrangers en attente de réponse posent d'abord un problème logistique à la France. Il faut y ajouter l’encadrement spécifique dont doivent bénéficier les mineurs, de plus en plus nombreux même si leur proportion par rapport à la totalité des demandeurs d'asile n’a que peu évolué (en dix ans, on est passé de 8.135 demandes à 14.120, soit environ 20% du total des demandes de droit d’asile). C'est ce que rappelle DataMatch: «immigration des enfants: la France a-t-elle la juste humanité? Les données européennes et les chiffres de @lacimade donnent une réponse».

S’ajoutent à ces demandeurs chassés par les guerres, des immigrés économiques, non éligibles au droit d’asile, qui demandant eux un permis de séjour (qui lorsqu’il est refusé fait d’eux des sans-papiers), des étudiants étrangers, des expatriés… Bref, « trois millions: c’est le nombre de ressortissants étrangers ayant une carte de séjour aujourd’hui en France. #Immigration #LesVraisChiffres». Auxquels on peut ajouter les 300.000 ou 400.000 sans papiers qui, par définition, n'est pas un chiffre précis.

Deux camps irréductibles

Si certains voient dans cet afflux un risque de déstabilisation économique et/ou culturel, d'autres considèrent qu'il s'agit de transferts de populations inéluctables et impossibles à arrêter comme l'histoire en a connu de nombreux et même d'une nécessité démographique et économique. Malgré une natalité dans la moyenne haute des pays industrialisés, «même en France, la population ne se renouvelle pas. Du point de vue démographique nous avons donc besoin des migrants» Camille Schmoll #Immigration #LoiAsileImmigration #28m». Argument difficilement audible pour certains qui mettent en avant les problèmes liés à l’intégration de populations culturellement très différentes. Mais là encore, le constat n'est pas du tout le même selon son camp: «après avoir bien fonctionné pendant plus d’un siècle, le «modèle républicain d’intégration» serait aujourd’hui en crise: telle est, dans le débat sur l’immigration, une idée devenue fort populaire». Les décodeurs soulignent que le modèle français d'intégration n'est pas si dysfonctionnel que cela: «alors que le rapport Taché préconise de mieux intégrer les immigrés, retrouvez sept chiffres sur les 7,3 millions «d’immigrés de deuxième génération», une population jeune, urbaine, vivant souvent en couple mixte #Immigration».

Dans le débat sur l’immigration qui n'échappe ni aux clichés, ni aux caricatures, ni au racisme, ni à l'angélisme, le vocabulaire est le nerf d'une guerre idéologique. «Hier quand Stanislaw et Flavio arrivaient en France, il s’agissait d’#immigration. Aujourd’hui quand Aziz et Latifa viennent en France, il s’agit d’#ingression: envahissement (humain, culturel, cultuel…) d’une région. Amalgame sponsorisé par la #novlangue #LIngressionCestNON». L’immigration et l’asile sont les questions qui divisent le plus radicalement une France marquée par le terrorisme islamiste et fracturée depuis un quart de siècle par une crise économique et sociale.

Une loi pour faire quoi?

À peine trois ans après les lois Hollande, le gouvernement Philippe s'attaque donc lui aussi à la question migratoire en proposant un certain nombre de mesures pour mettre fin à la désorganisation, à l'encombrement et aux dysfonctionnements: diminution du temps des procédures de demande d’asile (de un an à six mois) et des délais de recours, élargissement du regroupement familial aux frères et sœurs, augmentation du temps maximal de rétention en centre administratif (de 45 à 115 jours), réorientation géographique des demandeurs d’asile pour mieux équilibrer les étrangers sur le territoire national, création d’un délit de franchissement de frontière (un an de prison et 3.750 euros d’amende).

Pour permettre cela, «loi asile et immigration: «plusieurs dizaines d’emplois seront créés à la CNDA (Cour nationale du droit d’asile)» promet Christophe Castaner #BourdinDirect». Reste à savoir si ces moyens seront suffisants. Ce dont doutent les fonctionnaires du secteur: «rarement mobilisés, les agents de l’#OFPRA rejoignent ce mercredi le mouvement de grève entamé il y a plus d’une semaine par les agents de la Cour nationale du droit d’asile contre le projet de loi #asile du gouvernement…».

Si le ministre de l’intérieur est confiant sur le vote de sa loi, «#19hRuthElkrief «la grande majorité des députés LaREM et MoDem voteront ces textes sur l’immigration» dit @gerardcollomb», des voix discordantes se sont fait entendre au sein de la majorité. Une nouveauté au sein d'un groupe parlementaire moqué pour son amateurisme, son manque d'expérience et sa docilité. «Asile et immigration : @florent_boudie souhaite débattre dans le projet de loi, d’un renoncement de la France «à toute forme de rétention administrative des enfants» #migrants #PolMat». Certains y voient déjà de nouveaux «frondeurs», ces opposants qui au sein de la majorité socialiste de François Hollande ont mené la vie dure pendant tout le quinquennat à l'ancien Président et ont fait exploser le parti socialiste. La France Insoumise veut y croire. «#Asile #Immigration la brutalité de la politique de M. Collomb est dénoncée y compris au sein de la majorité. Selon @LeMonde.fr «une centaine de députés LRM mène la bataille contre la ligne portée par le Ministre de l’intérieur».

Trop dur, trop laxiste, l'éternel débat

Sans surprise, les critiques et les accusations viennent de tous les bords et les arguments semblaient prêts avant même que le projet de loi soit connu. «Asile et immigration: un texte pris sous les feux croisés des oppositions». Comme le résume astucieusement un dessin de presse: «la loi #Collomb pour les nuls, « Humanité et fermeté » mais l’Humanité est tombée à l’eau #Asile Lefred-Thouron dans le #CanardEnchaîné».

À gauche, on estime que le projet de loi est inhumain et remet en cause les valeurs de la France. «plusieurs centaines de personnes qui ont manifesté devant le Conseil d’État à Paris pour protester contre le projet de loi sur l’immigration de Gérard Collomb #AFP». Les associations, comme toujours, montent au créneau, «Immigration: la France «pas à la hauteur de ses responsabilités» selon Amnesty». «Le projet de loi #asile et #immigration prévoit de doubler la durée maximale de la rétention pour les étrangers en attente de renvoi hors du territoire. @lacimade est vent debout contre le texte. Son secrétaire général en explique la raison». Le secrétaire général du Secours Catholique est sur la même position. Il estime que «Dublin est la face cachée de l’égoïsme des pays non frontaliers d’Europe, dont la France. Plutôt que de le réformer pour renforcer la solidarité intra-européenne, le gouvernement légifère pour enfermer/expulser davantage. Ce chemin est une impasse pour la France».

Dublin et le néologisme dubliné, apparu cette semaine sur Twitter, font référence à l’accord européen qui contraint le premier pays de l'Union où le migrant a été enregistré à gérer sa demande d’asile, quitte à le reconduire dans ce pays. Un dispositif dénoncé par de nombreux twittos: «l’objectif du gouvernement quant aux gens «dublinés» (concernés par les expulsions vers le premier pays d’arrivée), c’est de les renvoyer. C’est une course à l’échalote de l’expulsion» @luccarvounas #Indignité #Migrants #LibresEtLibérés #FréquenceESJ #CongrèsPS ». Certains juristes s’alarment des nouveaux délais de traitement des demandes d’asile comme Maître Olivier Chemin «projet de loi sur l’#immigration: «c’est une régression car tout sera fait pour que le demandeur d’#asile n’ait pas accès à la procédure».

A l'inverse, pour les Républicains et la droite en général, la nouvelle loi ne changera rien et augmentera même la pression migratoire. Pour Éric Ciotti, «le projet de loi #immigration va élargir les conditions du regroupement familial. C’est totalement irresponsable #24hPujadas». Un député LR du Pas-de-Calais n’est pas en reste: «ouverture du regroupement familial aux parents et fratries des mineurs isolés, aucune mesure pour renvoyer plus efficacement les clandestins, aucun objectif chiffré en lien avec nos capacités d’accueil. Le projet de loi Asile et #Immigration, fausse dureté, vrai laxisme». Des arguments repris par Bruno Retailleau pour qui «la #LoiAsileImmigration ne changera rien sur l’#immigration, elle ne sert à rien, elle est faussement ferme, dans un an rien n’aura bougé sur le plan migratoire ! #SudRadioMatin». La députée Valérie Boyer va encore plus loin en twittant: «les oncles, les tantes, les cousins… Cessons cet appel d’air! Est-ce digne de faire croire que nous pouvons accueillir tout le monde? Est-ce au nom des droits de l’Homme que nous renforçons les trafics d’êtres humains? #Immigration ».

Le FN, même en pleine reconstruction, se mobilise. Son porte-parole a twitté que «72% des Français considèrent que l’immigration est une menace pour notre culture et nos modes de vie. Nous sommes élus pour défendre nos compatriotes d’abord ! @CNEWS». De l’extrême-droite française à la hongroise, il n’y a qu’un tweet. Le premier Ministre Viktor Orban «accuse la France de favoriser «le déclin de la chrétienté et la diffusion de l’islam» #immigration».

Poudre de perlimpinpin

Au-delà des cris d’orfraie et des accusations, ce que les twittos ont beaucoup souligné, c’est l’effet d’annonce et l'opération de communication du gouvernement. «Loi asile et immigration: l’avis du Conseil d’État est le plus sévère car au fond il nous dit qu’il s’agit ici de légiférer pour rien, simplement pour l’effet d’annonce. L’édito de @lofejoma». Si on y ajoute les postures des différentes oppositions, chacun joue son rôle. Le vocabulaire utilisé prouve la vacuité des critiques de gauche comme de droite. «#LoiAsileImmigration Humanité et fermeté? Analyse @brutofficiel d’un élément de langage qui ne veut absolument rien dire et est pourtant répété en boucle depuis vingt ans sur le sujet de l’immigration».

Le député Guillaume Larrivé se fait pourtant encore des illusions: «veut qu’à l’assemblée nationale on ait un vrai débat sur les objectifs et les outils de la politique d’#immigration, loin des postures et des slogans dictés par le prêt-à-penser des partis!» Il faudrait aussi s'interroger et tenter d'agir sur les causes des mouvements de population (guerres, instabilité politique, misère, corruption, sous-développement…). «Mettre en place l’équivalent d’un plan Marshall européen au bénéfice de l’Afrique: si le continent se développe, le problème de l’immigration diminuera». Mais les postures automatiques, c'est bien plus facile!

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