Monde

Israël Liban: la guerre du pois (chiche) aura bien lieu

Temps de lecture : 3 min

Les deux pays se disputent la paternité du houmous, symbole de la culture gastronomique des deux pays.

On le sait, cela fait bien des années que le Liban et Israël se jettent les assiettes à la tête. Mais ce que l'on sait moins, c'est que les ramifications du conflit politico-idéologico-territorial qui oppose les deux pays s'étendent jusque dans les assiettes à proprement parler.

Episodiquement, chaque pays tente de battre le record de la préparation du plus grand plat de houmous au monde. Tel-Aviv et Beyrouth se disputent en effet la paternité de cette purée de pois chiche, parfumée à l'ail, au jus de citron et aux huiles de sésame et d'olive. Pour affirmer cette propriété gastronomique et culturelle, Israélien et Libanais ont choisi de s'affronter en terrain neutre pour une fois, en obtenant via les records Guiness une reconnaissance implicite et internationale.

Les enchères ne cessent de grimper et depuis peu, la balle est dans le camp libanais, à son grand dam: le 8 janvier, les habitants du village arabe israélien de Abou Ghosn — situé près de Jérusalem et qualifié par l'organisateur de l'événement Jawadat Ibrahim de «capitale mondiale du houmous» — a littéralement explosé le précédent record établi par le pays du cèdre en octobre. Aux deux tonnes de purée que les 250 cuisiniers libanais avaient préparées dans un plat de quatre mètres de diamètre, Abou Ghosn a rétorqué par quatre tonnes présentées dans une parabole satellite. Qui dit mieux?

«Il faut aussi qu'ils volent notre civilisation et notre cuisine»

Le coup est rude pour les Libanais qui s'étaient réjouis bruyamment d'un record que Al Manar, la chaîne télévisée du Hezbollah, avait même qualifié de «nouvelle victoire» contre l'ennemi israélien.

Les deux pays, techniquement en guerre depuis 1948, revendiquent donc chacun la nationalité du plat devenu le cœur d'une véritable bataille non seulement culturelle mais aussi économique : Fadi Abboud, ancien président de l'association des industriels libanais (AIL) et actuel ministre du Tourisme, tente d'obtenir la création d'une appellation contrôlée pour protéger les plats libanais commercialisés à l'étranger. «Qu'ils [les Israéliens] volent nos terres n'est pas suffisant», clame-t-il. «Il faut aussi qu'ils volent notre civilisation et notre cuisine.»

Abboud affirme que le Liban exporte du houmous depuis 1959 et que le manque à gagner financier est évident, ce marché pesant actuellement près d'un milliard de dollars globalement. Aussi a-t-il annoncé en octobre que l'AIL poursuivrait Israël en justice pour l'empêcher de commercialiser des plats arabes comme étant israéliens. Pour Abboud, cette plainte s'apparente à celle qui avait permis de protéger la production grecque de feta en 2002.

Le houmous est concerné au premier chef, mais la question porte aussi sur le baba ghannouj (purée d'aubergine), le taboulé (salade de persil et de tomates), le falafel (beignet de pois chiche) et de nombreuses autres préparations traditionnelles dont les origines sont certes difficiles à retracer, mais indéniablement moyen-orientales.

Le lendemain du record israélien, Abboud a aussi prévenu que le Liban relèverait le défi au printemps et que, pour bien faire, l'événement serait organisé à la porte de Fatima, lieu hautement symbolique à la frontière entre le Liban et Israël.

«Give peas a chance»

La dispute risque donc de faire rage encore longtemps. Les afficionados en arrivent même à se disputer sur la préparation du houmous - avec morceaux ou sans, en incorporant l'huile d'olive à la purée ou non - avec la même vigueur que celle qui anime des fans de club de foot.

Mais au-delà du duel à coups de fourchette, cette affaire de pois chiche est aussi une savoureuse source d'inspiration des deux côtés de la frontière: le blogueur libanais Elias Muhanna annonce la création (satirique) d'un Hommos-Land tandis que le réalisateur libanais Claude el-Khal ironise sur les «Hommossites». Le journaliste et blogueur israélien Shooki Galili se réjouit quant à lui qu'Israël ait aussi battu en novembre le record du plus petit plat de houmous, avec 14g de purée dans un plat de 39mm.

Galili demande en fait que l'on «donne une chance au pois chiche», considérant que l'amour du houmous a dépassé les frontières. Ou comment le pois chiche pourrait rassembler les hommes, au lieu de jeter de l'huile — d'olive — sur le feu.

Nathalie Bontems

Image de une: A Abu Gosh, fabrication du plus grand plat de houmous du monde. REUTERS/Ammar Awad

Nathalie Bontems

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