Culture

Les répétitions de Dominique A racontées par Dominique A

Temps de lecture : 7 min

Le chanteur Dominique A, dont l'album «Toute latitude» sort le 9 mars, nous offre des extraits de son carnet de bord. Plongez dans les préparatifs de sa tournée, qui débutera le 24 mars à La Rochelle.

Dominique A | Photo de Vincent Delerm
Dominique A | Photo de Vincent Delerm

Lundi 12 février

Ça commence sur les chapeaux de roue: bronchite. Depuis une douzaine de jours, je trimballe une méchante toux qui a dégénéré. La semaine dernière, j’ai fini un mini marathon promotionnel avec les cordes vocales flinguées, et ce week-end, j’étais HS, aphone. J'ai annulé une émission télé le matin même, direction le toubib, et bon gros traitement de cheval à l’arrivée.

Je prends le train depuis Nantes et rejoins les gars au Studio Pigalle, vieux studio parisien qui en a vu passer d’autres, de Ferré à Raphael, en passant par Cassius ou Babx. Impression de déjà vu en y entrant, et pour cause: j’y ai enregistré quelques années plus tôt un livre disque pour enfant, Pépito super-héros (eh oui).

Tout le bourrier technique est installé, et mes quatre camarades ont commencé sans moi à bosser sur «Cycle», le premier morceau de l’album qui ouvrira également les concerts. Dès mon arrivée, je suis surpris par la cohérence du son: Sacha (Toorop) et Étienne (Bonhomme), les deux batteurs, n’auront pas mis longtemps à se trouver, alors que je pensais que ça nous prendrait un peu de temps.

Les neuf jours impartis, pas du luxe a priori, devraient suffire. En cinq heures, on bosse sur cinq titres; ça carbure, les gars ont bien travaillé en amont. Dom Brusson, ingé son, nous dirige, écartant fissa les mauvaises directions –ce qui nous fait gagner un temps substantiel.

Revoir les copains me distrait de mon état comateux et de ces antibios qui me détraquent complètement. Par contre, une fois les amplis éteints, je sens que tout retombe. Je vais direct à l’hôtel sans même passer par la case verre de l’amitié, c’est dire.

Mardi 13 février

Nuit agitée, en étroit conciliabule avec mes bronches. Je ne voudrais pas avoir l’air de me plaindre, mais voilà, c’est pas Byzance: mal de gorge, voix toujours cassée, grosse fatigue.

Compensation, le groupe est excellent –Les 4 Fantastiques. Hormis les deux batteurs susnommés, Jeff (Hallam), le bassiste, a toujours le chic pour faire chanter sa basse comme personne, et Thomas (Poli), complice sur quelques tournées d’heureuse mémoire, est devenu un vrai prodige du clavier analogique et du modulaire, maîtrisant des paramètres multiples et difficilement contrôlables.

Rien n’est programmé, pas une séquence préenregistrée. On pioche dans le vieux répertoire et le nouveau –pas mal de versions inattendues, dont certains morceaux antédiluviens dont je n’attendais strictement plus rien.

En deux jours, neuf chansons déjà sur les rails, à faire tourner évidemment. On s’arrête sur les coups de 19h, je suis rincé. Mais pas assez pour ne pas cette fois passer par la case brasserie. En progrès.

Mercredi 14 février

Mon réveil interne n’a pour une fois pas fonctionné, je me réveille sur les coups de 10h –ça ne m’arrive jamais. J'ai à peine le temps d’émerger que je file direct au studio. Je retrouve les gars devant la cafetière à papoter gentiment. On revient sur les morceaux déjà débroussaillés, on affine, c’est finalement le plus long. Ça dépote pas mal, on va calmer le jeu avec «L’océan», histoire que le set ne devienne pas étouffant.

Vient «Toute latitude»: une règle d’or veut que les singles choisis, donc les titres a priori les plus évidents qu’on va défendre en live en radio ou télé, sont les plus délicats à jouer. Ça se confirme une fois de plus, mais ça va, on trouve des parades: rien à voir avec la ramerie sur «Au revoir mon amour», trois ans plus tôt, où l’absence des cordes et la tonalité basse, compliquée à changer sans dénaturer toute l’ambiance du morceau, rendaient son exécution en live problématique.

Étienne doit chercher des clés pour un déménagement, on s’arrête sur les coups de 19h30. Puis, brasserie. Je commande un panaché et un coca, sous le regard incrédule de mes camarades. Rentré à l'hôtel, je tente de dormir mais Morphée, d’imprévisible manière, se fait désirer.

Jeudi 15 février

Grosse journée en prévision. On attaque la répé sur «du neuf», en fait de vieux titres pas encore débroussaillés («Rendez-nous la lumière», «Le commerce de l’eau»...). De bonnes idées affleurent rapidement.

Pour la première fois, j’essaie de construire le concert au fur et à mesure, en élaborant un ordre non pas une fois toutes les chansons réarrangées, mais en pensant au déroulé du concert, aux enchaînements... Du coup, la liste n’est pas figée, certaines chansons pressenties sont écartées si elles ne fonctionnent pas par rapport à l’ensemble, et d’autres non prévues sont insérées.

Là encore, il s'agit d'un gros gain de temps et d’énergie. Le regard global sur l’ensemble du set se précise: à mesure que ça se construit, et au vu de la densité du son du groupe, l’envie se fait sentir de concerts un peu plus courts que sur les tournées précédentes –quitte à écarter les titres les plus longs, fussent-ils emblématiques. Ça peut encore bouger, rien n’est arrêté, le cahier des charges est souple, à quelques incontournables près.

La journée, studieuse et productive, se passe bien. Sur les coups de 18h, nous recevons la visite d’un journaliste de l’AFP venu assister aux répétitions; c’est un bon exercice: en présence d’un regard extérieur, le jeu se resserre et se fait plus précis.

À 19h, un photographe vient me tirer le portrait pour les Inrocks. On bouge les meubles vaille que vaille dans l’espace encombré de matos. Séance maquillage et essais de fringues, pas ma spécialité, on s’en doute. Le photographe est doux et encourageant, ce qui après quelques sessions photos avec quelques allumés de la focale me fait quelques vacances. Sans doute la bande son choisie, un merveilleux disque de Rodrigo Amarante, y contribue-t-elle un peu aussi.

Vendredi 16 février

On refait le tour de tout, on peaufine, mais l’ambiance est un peu plus dissipée, un petit jour off sera bienvenu. Avant de clore la journée, tentative sur «Cap Farvel», revisitée, dansante et sur laquelle je trouve un riff de guitare qui me met en joie. Plus je vieillis, plus j’ai de plaisir à jouer comme un gamin, avec un gros son tranchant. La deuxième tournée, plus feutrée, remettra tout ça en ordre.

Samedi 17 février

Off. Chacun chez soi.

Dimanche 18 février

Dom Brusson a raté son train depuis Rennes, et peu circulent le dimanche. Il a les clés du studio, on commence donc avec trois heures dans la vue.

On passe en revue le répertoire déjà débroussaillé –il y encore du boulot pour que les automatismes de jeu se mettent en place– et on fait le point sur les morceaux encore à intégrer.

Il nous reste trois jours. Il va nous falloir être productifs, nous manquent encore cinq à six chansons, dont «Corps de ferme à l’abandon» –titre qu’au jugé des premières réactions sur le disque il va être difficile d’écarter.

Comment faire? C’est un texte parlé et il y a un petit mur du son derrière, le genre de chose difficilement reproductible en live. On s’y colle, et au prix de quelques aménagements, ça fonctionne –et même un peu plus que ça. Petit soulagement.

La journée se finit à notre nouvelle cantine, un italien. On ne traîne pas, chacun dans sa piaule sur les coups de 22h30. Il est bien loin, le temps où...

Lundi 19 février

Journée consacrée aux arrangements des derniers titres: cinq «nouvelles» chansons dans le panier, nous avons désormais toutes les cartes en main, celles que l'on abattra sur les prochains mois.

On bute juste sur «Le courage des oiseaux»: pas toujours simple de trouver une nouvelle version, d’une tournée à l’autre. Je ne me vois évidemment pas l’écarter, un concert sans «Le courage» n’en est pas un; c’est la colonne vertébrale, inamovible. Combien de fois l’ai-je chanté? Combien de fois le chanterai-je encore? Longtemps, j’espère, c’est un peu ma ligne de vie qui s’écrit avec lui. On s’y recollera demain.

Du coup, on se replie sur les titres travaillés avant. Bernie, ingénieur son retours (le son sur scène, autrement dit) passe nous faire une petite visite de courtoisie, avant de rejoindre le tour bus de Camille, avec laquelle il tourne depuis un an: bien content de le retrouver, il est toujours le même homme affable, drôle et charmant.

Nous finissons la soirée dans une trattoria, au son éprouvant d’une variète italienne testostéronée qui hâte notre retour à l’hôtel.

Mardi 20 février

Frais comme des gardons, nous réattaquons «Le courage» et ça vient, sans peine. Dans la foulée, nous travaillons sur un nouveau vieux titre («Exit») et puis ça y est, nous avons tous les morceaux en main, vingt-quatre au total. De quoi tenir deux heures, pas plus: je ne veux pas que ce soit trop long.

En soirée, du passage, parfait pour tester les chansons. Augustin Trapenard vient pour France Inter avec deux ingénieuses du son prendre de l’ambiance de travail, les gars sont tout intimidés puis se décoincent peu à peu. Nous nous rendons ensuite en nombre dans notre cantine italienne, et ça dérape gentiment: le serveur me demande un selfie puis pose la bouteille de limoncello sur la table.

On finit la soirée à quatre avec Pierre de Radio Elvis dans un bar vaguement fifties. Dom Brusson renverse son verre de blanc, la routine. Coucher à 3h30 du mat, après un dernier verre dans le petit salon feutré de l’hôtel. Ça devait arriver.

Mercredi 21 février

Je me réveille étonnamment alerte. Ma toux semble m’avoir quitté, mes sinus ont l’air dégagés. Fausse joie: arrivé au studio, je recommence à tousser de plus belle, ça n’en finira jamais. Bon, faire avec. La répétition est fastidieuse, ça sent la fatigue, toute la pression retombe. On n’insiste pas, ça ne sert à rien, on a bien bossé.

Les retrouvailles seront tardives. Dans un petit mois, en résidence dans la superbe salle rochelaise de La Sirène, il faudra s’infuser les enregistrements que l'on a faits pour ne pas perdre tout en route.

Bye bye les gars, c'est toujours un peu triste de se quitter. Je file avec Sandrine, ma manageuse, enregistrer des annonces radio pour France Inter, qui déroule un tapis rouge pour la sortie du disque.

Malgré ma voix un peu voilée et mon rhume persistant, c’est vite plié. Il faut croire que je me suis aguerri, ce genre d’exercice me demandait beaucoup avant.

Brasserie, puis direction la gare, dernier train pour Nantes. Demain, faut-il le rappeler, est un autre jour.

Eric Nahon Journaliste

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