France

Devenez un leader en vous inspirant d'Attila, des All Blacks ou de Jésus

Temps de lecture : 5 min

Si vous rêvez de devenir un leader dans votre entreprise, il vous faut un bon «role model». Vous ne savez pas vers qui vous tourner? Pas d’inquiétude, on vous a mâché le travail.

Win | Julien Langendorff
Win | Julien Langendorff

Cet article est publié en partenariat avec l'hebdomadaire Stylist, distribué gratuitement à Paris et dans une dizaine de grandes villes de France. Pour accéder à l'intégralité du numéro en ligne, c'est par ici.

Vous avez vu Le Grand Jeu d’Aaron Sorkin? Reconnaissez que cette Molly Bloom capable de bâtir un empire du jeu à partir d’un tableau Excel, ça a quand même du panache.

Vous, de votre côté, vous n’avez toujours pas réussi à monétiser votre talent pour déceler les futures grossesses de stars? Ne vous dites pas trop vite que c’est votre business model qui déconne, peut-être qu’il vous manque juste un gourou. Une figure qui a su allier détermination, sagesse et audace pour transformer une vie normale en épopée entrepreneuriale à faire pâlir d’envie les lecteurs de Forbes.

Ces égéries pour managers qui rêvent de se faire une place dans le business, c’est l’un des filons de l’édition, qui puise dans les grandes figures de l’histoire autant que dans celles de la nouvelle économie ou de la religion pour vendre des manuels de leadership accessibles à tous. Et même si vous n’avez pas envie de régner sur Wall Street, ces princes du succès pourraient au moins vous permettre de régenter votre bureau coincé dans l’open space (on a les ambitions qu’on peut).

Comment les gourous du marketing ont transformé des expériences qui n’ont rien à voir avec la vie au boulot en techniques de direction d’équipe? On vous explique –et coup double, on vous évite le séminaire d’entreprise.

Marquez l'histoire par votre esprit de conquête

Le manuel de management époque 1990-2000 puise à fond dans les grands conquérants (Leadership Secrets of Attila the Hun, Wess Roberts, Le roi Arthur – Un modèle inspirant de leadership, Paul Ch. Donders…).

Exploitez les failles humaines de vos rivaux de la même manière que César se jouait de celles de ses adversaires: dans Julius Caesar: Lessons in Leadership from the Great Conqueror, Bill Yenne relate ce plan ultra-bidon consistant à envoyer un faux déserteur dans le camp adverse pour balancer, façon fake news, une fuite imminente des Romains et attendre de cueillir les Gaulois crédules.

Pourquoi ça passe? Parce que «plus c’est gros…» mais surtout parce que, comme dit l’empereur, «les hommes croient volontiers ce qu’ils désirent». Même les équipes pédagogiques des plus grandes business schools s’inspirent des tacticiens de l’ancien monde.

Audrey Sarian, documentaliste à HEC, nous explique que le succès toujours pas démenti de L’Art de la guerre de Sun Tzu auprès de leurs étudiants est dû aux chaudes recommandations de certains profs de stratégie. Mais que Sun Tzu et autres Machiavel se méfient, car les tyrans dégringolent à l’argus des icônes de la win: «Les étudiants empruntent également Culottées, la série de BD de Pénélope Bagieu sur des femmes d’exception» –où l’on trouve quelques souveraines, comme la reine africaine Nzinga, mais aussi des artistes et des travailleuses sociales.

Votre citation champion: «En guerre comme en amour, pour en finir, il faut se voir de près», Napoléon Bonaparte.

Exaltez la combativité et l'intelligence collective

Qui mieux qu’un sportif de haut niveau pour apprendre à gagner? C’est ce qu’ont bien compris les All Blacks, connus pour leur petite danse d’avant-match mais un peu moins pour leur œuvre littéraire. James Kerr rapporte leurs maximes dans Les secrets des All Blacks – 15 leçons de leadership: une pugnacité à toute épreuve, mais aussi une célébration de la solidarité d’équipe.

Quand le discours managérial dominant s’enracine dans l’égo trip (l’ultra-individualiste Ayn Rand, auteur de chevet de tous les grands leaders américains), les rugbymen sont plutôt team building et humilité: ils font le ménage des vestiaires, savent s’effacer derrière l’équipe à travers l’uniforme et même derrière le nom –« le terme maori lui-même signifie “ordinaire” ou “naturel”».

Idem chez la rameuse Caryn Davies, triple médaillée olympique devenue procureure et dispensant ses clés de réussite à Forbes: qui mieux qu’elle pour nous apprendre à «minimiser les rivalités internes» afin de «mouvoir le groupe comme une machine» et, au propre comme au figuré, «ramer dans la même direction»?

Votre citation champion: «Seul je suis bon; avec mon équipe, je suis imbattable». Ça aurait pu être le capitaine des All Blacks, mais c’est le Colonel Hannibal Smith de L’Agence Tous Risques.

Célébrez la droiture et la désobéissance

Loin de la Silicon Valley, du ping-pong en salle de réu et des semaines boostées au LSD microdosé, les capitaines d’industrie de la France du XXe siècle débarquent aussi dans la grande université populaire du leadership.

Philippe Joffard, ex-PDG de Lafuma, raconte ce mois-ci sa traversée de crise dans le game du sac à dos de camping (Journal de bord d’un patron, éd. François Bourin).

On s’inspire de ses codes plus tradi: Converse troquées pour un deux-pièces cravate, éducation à la dure («J’ai plus appris au service militaire que dans les amphis de Nanterre», nous confie-t-il) et mollo sur les anglicismes («Je préfère parler d’activités de plein air que de marché de l’outdoor»). Sa parole managériale cuisine le neuf et l’ancien: «Les deux qualités essentielles pour diriger une équipe, ce sont la désobéissance (plutôt comme Elon Musk, ndlr) et l’honnêteté intellectuelle (plutôt comme papa, ndlr)».

Sa référence littéraire: Bernard Quesnay, roman méconnu d’André Maurois narrant l’aventure patronale d’un héritier de l’industrie textile normande à qui on ne la faisait pas à l’envers –«Toute affaire que l’on me propose est mauvaise car si elle était bonne, on ne me la proposerait pas».

Votre citation champion: «Quand vous êtes dans le sens contraire du courant et que vous nagez vite, vous reculez moins que les autres», Bernard Tapie.

Soyez prophète en votre pays

Jeune, sapé bizarrement mais capable de hisser un marché de niche au top de son marché mondial: Jésus était-il le premier patron de start-up? On s’en convainc dans Petit guide du leadership provoc’acteur selon Jésus-Christ (Maxime Morand, éd. Favre) ou Leadership dans la Bible – Un guide pratique pour aujourd’hui (Paul Ohana et David Arnow, MA Éditions).

Vous n’avez pas prévu de lancer une nouvelle religion? D’après Confessions of a Wall Street Whiz Kid de l’ancien trader Peter Grandich, «l’argent et la propriété sont le deuxième sujet le plus discuté dans la Bible». Dans son business plan, une approche pro-investissement, comme dans la parabole des talents: trois servants sont récompensés d’une somme; les deux premiers l’investissent et le font fructifier, le troisième enterre son magot et se voit puni.

Les leaders religieux peuvent également illustrer la puissance de la foi: Geoff Loftus, spécialiste chez Forbes en icônes de leadership pop et historiques, voit en Moïse «un PDG qui identifie un but et ne le perd jamais de vue».

Votre citation champion: «Celui qui doute est semblable au flot de la mer, agité par le vent et poussé de côté et d’autre», Jacques 1:6.

Théo Ribeton

Stylist Mode, culture, beauté, société.

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