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Comment le hockey sur glace s'est exporté à Oman (35°C la moitié de l'année)

Temps de lecture : 6 min

Il a fallu l'audace et la ténacité d'un homme pour que ce sport se pratiquant sur patinoire se fasse une place sous le soleil du Sultanat.

L'équipe d'Oman lors du tournoi au Qatar en 2014 | Oman Ice Sports Committee
L'équipe d'Oman lors du tournoi au Qatar en 2014 | Oman Ice Sports Committee

Loin de la patinoire olympique sud-coréenne de Kwandong, les Khanjars, la sélection de hockey sur glace omanaise –nom tiré des poignards larges et recourbés portés par les hommes, en Oman, lors de cérémonies–, s’entraîne en rêvant un jour de fouler la glace aux anneaux olympiques. Cette histoire qui a tout d’un scénario inspiré du film Rasta Rockett est pourtant bien réelle. Le hockey sur glace gagne peu à peu en popularité dans la région.

Comment ce sport, né sur les glaces nord-américaines, et codifié à la fin du XIXe siècle, est-il arrivé sur les rives du Golfe, une terre improbable à la pratique de ce jeu?

La diffusion culturelle nord-américaine

Éloignés de leur pays, vivant à Muscat, la capitale du sultanat d’Oman, des expatriés nord-américains veulent pratiquer, au début des années 2000, le sport auquel ils jouaient couramment avant leur arrivée dans le Sultanat. La petite patinoire du quartier d’Al Khuwair leur offre cette possibilité. Le bruit des premiers palets tirés résonne alors sur la glace omanaise. Intrigués, de jeunes Omanais regardent ce sport méconnu jusqu’à présent pour nombre d’entre eux. Parmi ces spectateurs, des passionnés de rollers ne restent pas longtemps insensibles à cette discipline et délaissent rapidement le bitume pour la glace. Peu à peu, les Nord-Américains transmettent aux jeunes Omanais leurs connaissances en la matière. Ils leur enseignent les règles de jeu et la technique pour magner le puck, l'autre nom donné au palet.

Ce travail de transmission des compétences nécessaires pour devenir un hockeyeur permet aux nationaux de progresser peu à peu. Les premiers matchs avec les expatriés sont organisés en 2008. Les Nord-Américains jouant uniquement dans l’optique de retrouver le plaisir de la glisse délaissé au pays, le niveau des Omanais n’évolue pas suffisamment pour espérer s’inscrire un jour dans une logique de compétition à l’échelle internationale.

L’influence d’Abu Dhabi sur les glaces du Sultanat

Au début des années 2000, Anad Al-Balushi, jeune adolescent de la ville d’Al-Buraimi, cité frontalière située au nord du Sultanat, regarde sur la patinoire olympique d’Al-Aïn les expatriés et Émiriens jouer au hockey sur glace. Passionné par cette nouvelle discipline inconnue à ses yeux, il s’initie sur cette même glace.

La chance du jeune Anad est alors d’habiter à la frontière avec les Émirats arabes unis. Depuis les années 1990, sous l’impulsion de Falah Bin Zayed Al-Nahyan, l’un des fils de Zayed Bin Sultan AlNahyan, l’émirat d’Abu Dhabi a grandement favorisé l’essor de la pratique du hockey sur glace dans le pays. L’argent injecté au soutien de cette fédération a permis de faire appel à une expertise du jeu par la venue d’entraîneurs nord-américains, tout en se dotant d’infrastructures aux normes olympiques à Abu Dhabi et Al-Aïn, puis d’un championnat semi-professionnel.

Anad Al-Balushi peut alors découvrir et pratiquer cette discipline auprès de ses éducateurs, dans un Émirat en avance dans la région dans ce domaine. Grâce aux études qu’il a suivies durant une année en Pennsylvanie, il a perfectionné son niveau de jeu.

De l’amateurisme à la reconnaissance

En 2009, il revient à Muscat. Anad Al-Balushi arrive sur la glace avec toutes ses connaissances du jeu apprises hors des frontières du pays. Il transmet son savoir aux autres joueurs omanais. L’objectif à présent est de s’inscrire dans une logique compétitrice afin d’avoir une équipe capable de se mesurer aux équipes des derniers échelons internationaux du hockey sur glace, pour progresser et gravir les paliers un à un.

Les membres de l’équipe de Muscat doivent, en effet, se confronter à d’autres adversaires que les expatriés qui jouent uniquement pour leur plaisir. Anad Al-Balushi met à profit le réseau qu’il possède au sein du club d’Al-Aïn, dans lequel il a fait ses premières gammes, pour organiser en 2010 la première rencontre internationale Al-Aïn - Muscat. L’année suivante, lors de la Coupe du Golfe de hockey qui se déroule à Koweït City, l’équipe de Muscat devient la sélection omanaise, bien qu’étant officieuse.

L'équipe de Muscat en 2014 | Oman Ice Sports Committee

L’arrivée d’Anad Al-Balushi marque ainsi un véritable tournant dans l’histoire du hockey du Sultanat. L’objectif pour cette équipe est désormais d’être reconnue à l’échelle nationale pour pouvoir s’inscrire dans une logique internationale, dans le but d’avoir plus de moyens financiers et plus de réseaux, pour se développer sur le long terme et diffuser peu à peu la culture du hockey sur glace en Oman. En 2013, Anad Al-Balushi constitue un dossier, dans un premier temps auprès du ministère des Affaires sportives d’Oman, pour que le hockey sur glace soit officiellement reconnu dans le Sultanat. La discipline a maintenant sa base institutionnelle dans le pays. Anad Al-Balushi, son premier président, forme dans un deuxième temps une candidature afin que cette nouvelle fédération intègre les institutions internationales du hockey sur glace. Bien que rencontrant des réticences au sein du comité de l’International Ice Hockey Federation (IIHF), la fédération d’Oman la rejoint.

Ces deux éléments permettent notamment à la fédération d’Oman d’avoir un accès plus fréquent à la patinoire et de poursuivre son intégration dans les compétitions internationales à l’échelle continentale. Elle obtient progressivement de bons résultats, et est en contact avec les grandes nations de ce sport. La formation de jeunes est favorisée par l’accès au programme de l’IIHF «Learn to play», ce qui constitue un véritable atout dans l’expansion de cette pratique dans le pays.

Entre obstacles et espoirs

Bien que la fédération progresse peu à peu, ses infrastructures restent cependant un frein
au développement de ce sport dans le Sultanat. Car elle est obligée de
louer la patinoire de Muscat, et pour des questions de finances elle ne peut pas se
permettre d’y avoir accès en permanence. Elle y privilégie dès lors les entraînements de
l’équipe senior. Dans le cadre de son programme «Learn to play», elle a parfois recours à
des solutions annexes en bénéficiant de halls en bitume du Convention Center de la
capitale.

Anad Al-Balushi reste toutefois confiant et suit de très près la construction de
deux nouveaux malls sous l’impulsion d’hommes d’affaires émiriens. L’Oman Mall est un
projet construit par l’Émirien Majid Al-Futaim, à Muscat dans le quartier de Boshar et le
second, le Muscat Mall, par la société Al-Jawarani Group, dans un nouveau quartier de la
capitale Ma’abila. Ces deux malls bâtis sur le modèle du Dubaï Mall bénéficieront
probablement chacun d’une patinoire olympique. Cela représenterait un réel avantage
dans le développement futur du hockey sur glace dans le Sultanat.

Anad Al-Balushi, qui a pour objectif principal de dire que jouer au hockey en Oman est possible, compte s’appuyer sur ces infrastructures pour organiser des rencontres avec des sélections de haut niveau afin de diffuser peu à peu la culture de ce sport, ce qu’il ne peut pas encore faire à l’heure actuelle. Il y a peu de temps, il a pris contact avec la fédération du
Belarus pour essayer d’organiser un possible événement autour d’un match de hockey
entre les deux sélections. Pour des questions d’infrastructures, le Belarus a préféré
refuser cette invitation. Pour le moment aucun match international n’a encore été
organisé sur les glaces omanaises. La sélection d’Oman évolue sur les glaces golfiennes
et asiatiques pour jouer ses matchs, ce qui demeure un réel obstacle pour mobiliser
l’attention sur son sport.

Des parents pas très partants

Les infrastructures sont une base non négligeable dans le développement d’une fédération; toutefois à l’image des patinoires du voisin émirien, elles ne suffisent pas à polariser suffisamment l’attention des nationaux. Tant les matchs du championnat que les rencontres internationales affichent des tribunes clairsemées.

Le fait que la génération des parents n’ait pas grandi sur la glace peut expliquer les difficultés rencontrées dans l’expansion de ce sport dans la région. D’après Anad Al-Balushi, il faut réussir à gagner dans les pays du Golfe la confiance des parents qui sont des acteurs centraux dans l’orientation prise par l’enfant. Or aujourd’hui, ils voient dans le hockey sur glace «un sport impressionnant, par la vitesse et les contacts qui nourrissent les différentes phases de jeu». Dans des sociétés qui sont de plus en plus préoccupées par les questions liées à l’emploi, les parents ne perçoivent pas ce sport comme une possible source de revenus futurs contrairement aux opportunités qu’offre dans la région le football.

Dans de nombreux cas, les joueurs s’investiront au mieux jusqu’à leur adolescence, un moment charnière, où ils privilégieront leur formation afin de se créer un avenir plus solide. Anad Al-Balushi insiste par ailleurs sur le fait que la jeunesse de ces sociétés est avant tout consommatrice, elle «vient aussi facilement, qu’elle repart», ce qu’il observe en partie dans l’usage que nombre de jeunes font du sport. L’enjeu pour cette jeune fédération est de valoriser ces deux atouts principaux recherchés par une partie de la jeunesse de la région, le défoulement physique allié aux sensations fortes, afin d’attirer un maximum de licenciés.

Raphaël Le Magoariec

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