Monde

Pillages et survie à Haïti

Slate.fr, mis à jour le 16.01.2010 à 12 h 27

S'agit de pillages et de braquages, comme l'écrivent de nombreuses agences, ou des hommes et des femmes privés de nourriture, d'eau et de soins qui se mettent en mode survie ?

«Alors que la population se plaint amèrement de la lenteur de l'aide, les pillages, de plus en plus fréquents, augmentent les craintes d'une population déjà terrorisée par la multiplication de gangs armés», écrit l'AFP. «Plusieurs tirs et des pillages ont notamment été observés par les secouristes déployés sur place», poursuit l'agence. Et, autre source d'inquiétude, entre 4 et 6.000 détenus seraient parvenus à s'évader de la prison principale de la capitale, publie le Figaro et Libération citant la Croix-Rouge.

«Des hommes armés de machettes font éruption pour voler l'argent», témoigne à l'AFP Evelyne Buino, une jeune esthéticienne. «Et ce n'est que le début», ajoute-t-elle. «Des bandes de pillards ont commencé à s'organiser et à s'en prendre à des survivants qui occupent des abris de fortune sur les trottoirs et dans les rues de la capitale», pointe Reuters.

Les journalistes du New York Times rapportent que Port-au-Prince, «si fiévreuse en temps normal, restait pourtant relativement calme vendredi, mais les Nations Unies ont indiqué qu'un de ses entrepôts avait été pillé». L'agence a précisé que le vol n'était pas important et que l'essentiel des provisions avaient été retrouvées. Toutefois, notent les reporters, les pillages de magasins et de maisons ont augmenté vendredi, comme la colère des habitants: «Si l'aide ne parvient pas à arriver de façon significative rapidement, expolique un homme d'affaires américain d'origine haïtienne, il y a aura de sérieux problèmes dans les rues. Les habitants sont pour l'instant en état de choc et apeurés. La prochaine étape, ce sera la survie».

Une crainte que confirme le sous-secrétaire général de l'ONU Alain Le Roy à Reuters. Pour le moment, l'ordre est globalement respecté, dit-il, mais la faim risque de provoquer des émeutes si l'aide n'arrive pas très vite.» «Des incidents se sont produits. Des gens pillaient et se battaient pour de la nourriture. Ils sont désespérés, ils n'ont pas mangé depuis trois jours et sont sans assistance».

Cette situation «tendue est gérable», assure le Bureau de coordination des affaires humanitaires (Ocha) de l'ONU. «Le plus gros problème, c'est l'insécurité», observe de son côté Delfin Antonio Rodriguez, chef des opérations de la défense civile dominicaine. «Hier, on a voulu voler un de nos camions. Aujourd'hui, à cause de ça, il y a des endroits où nous avons à peine pu travailler». «Il y a des pillages et des gens armés, parce que c'est un pays très pauvre et qu'ils sont désespérés», explique-t-il.

«Quand les gens, au péril de leur vie, vont dans les décombres chercher de quoi boire et se nourrir avant que des grues ne viennent tout raser, cela ne s'apparente pas à du pillage mais à de la survie, estime de son côté l'écrivain Dany Laferrière, dans un entretien au Monde. Il y aura sans doute du pillage plus tard, car toute ville de deux millions d'habitants possède son quota de bandits, mais jusqu'ici ce que j'ai vu ce ne sont que des gens qui font ce qu'ils peuvent pour survivre.»

Malgré la forte mobilisation internationale, l'aide parvient en effet lentement sur l'île, qui compte un seul aéroport, alimentant encore la colère des habitants.

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