Sports

Petite histoire des pépins de tenue dans le patinage artistique

Temps de lecture : 5 min

Le 19 février, le couple français Guillaume Cizeron et Gabriella Papadakis a dû faire face, au début de son programme court, à la perte d'une attache de la robe portée par la patineuse. Un accroc qui leur a probablement coûté l’or olympique.

Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron présentent leur programme court, le 19 février 2018 à Gangneung (Corée du Sud). | Mladen Antonov / AFP
Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron présentent leur programme court, le 19 février 2018 à Gangneung (Corée du Sud). | Mladen Antonov / AFP

Dimanche soir, les deux patineurs français Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron en étaient à peu près à la moitié de leur programme court quand le haut de la robe de Gabriella a brièvement laissé entrevoir un de ses seins. La patineuse française a par la suite déclaré qu’il s’agissait là de son «pire cauchemar».

Problème fréquent

Ce genre de catastrophe vestimentaire n’était pas le premier des Jeux d’hiver de PyeongChang. Un peu plus tôt, Yura Min, danseuse sur glace sud-coréenne, venait de commencer son programme avec Alexander Gamelin lorsque son costume s’est dégrafé.

«Je me suis dit “oh non!”, a-t-elle déclaré. Parce que si ça se dégrafait, alors le costume entier pouvait tomber. J’ai été terrorisée pendant tout le programme.» Fort heureusement, Min et Gamelin ont fini leur programme globalement sans encombre, même si Min a été contrainte de réajuster sa tenue quand elle a glissé lors d’une figure.

Depuis que les patineurs se produisent en costumes, ces derniers les ont trahis. Il n’est pas bien difficile de comprendre pourquoi: ils passent l’intégralité de leur présentation à sauter, tourner, virevolter, se pencher, s’étirer, porter ou être portés.

Les problèmes de tenue sont si courants en compétition que, selon un article du New York Times de 2014, une équipe de couturiers est toujours présente dans les coulisses pour effectuer une réparation de fortune en cas de pépin.

«Je pense que chaque patineur doit admettre qu’à un moment donné, il peut y avoir un problème de ce genre. Il y a toujours des soucis avec ces tenues que nous portons et tous les mouvements que nous leur imposons», disait la danseuse sur glace Tanith Belbin sur ESPN en 2006, un an avant qu’elle ne déchire sa robe avec un de ses patins, lors du championnat des quatre continents de 2007.

Poitrine velue et fond de culotte

Les patineurs artistiques sont particulièrement sujets à des problèmes de ce genre (au passage, un immense merci aux forums de Golden Skate pour leurs tuyaux).

À l’issue de sa médaille de bronze remportée aux Jeux olympiques de 1984, le couple soviétique Marina Klimova et Sergei Ponomarenko se produit lors du programme libre en conclusion de la compétition, à Sarajevo. «Une dance, assez typique et très romantique», comme la décrit alors le commentateur américain Dick Button.

Quelques instants plus tard, la tenue de Ponomarenko se déchire sur le devant, laissant apparaître une poitrine –extrêmement– velue. «Et bien vous savez, le patinage est un sport difficile, qui peut parfois livrer quelques moments embarrassants et je crois que nous assistons à l’un d’eux.»

Au beau milieu de son programme avec Susana Rahkamo lors des championnats du monde de 1992, le patineur Petri Kokko déchire son pantalon en deux en dansant la polka. Il continue une bonne minute, avec un pantalon noir qui laisse apparaître, le long de sa déchirure, un caleçon blanc étincelant.

«Barbara, je crois que notre ami a perdu son fond de culotte en route!», déclare un commentateur à la télévision. Sa comparse et lui discutent alors de savoir si Kokko a senti que son pantalon s’était déchiré. «Eh bien nous n’allons pas tarder à le savoir en voyant jusqu’où il va se baisser pour saluer le public», concluent-ils. Kokko se baissa à peine. Il savait.

Couvrez ce sein...

Lors des championnats d’Europe de 2009, les patineurs russes Ivan Shefer et Ekaterina Roubleva en sont à la moitié de leur programme basé sur le swing quand le haut de Roubleva se dégrafe, laissant apparaître son sein droit.

Roubleva passe le reste de sa performance à réajuster son haut, tout en maintenant un sourire aussi éclatant que forcé. Quand elle sort enfin de la glace, elle est mortifiée et cache son visage de sa main droite, avant de la baisser à nouveau pour réajuster son haut.

Les commentateurs ne jugent initialement pas utile de mentionner l’incident, préférant se concentrer sur la manière dont les doigts des deux patineurs ressemblaient à «un régime de bananes» (sic). Ce n’est que bien après que les patineurs ont quitté la piste que les commentateurs réalisent ce qui vient de se produire. «Oh! Un petit souci de costume», s’exclame l’un d’eux devant la caméra qui montre une image du sein de Roubleva. «Voilà pourquoi il faut répéter avec les costumes avant la compétition. Et pourtant, j’imagine qu’ils l’ont fait!»

En 2014, lors des Jeux olympiques de Sotchi, les Américains Alex et Maia Shibutani, par ailleurs frère et sœur, sont sur le point de finir leur programme libre inspiré par Michael quand, lors d’un porté complexe, leurs deux costumes s’accrochent l’un à l’autre.

Ils ne parviennent à se détacher l’un de l’autre qu’au détriment des collants de Maia, qui sont déchirés –mais la chose n’apparaît pas immédiatement aux yeux des spectateurs. Voilà d’ailleurs un bon conseil à destination des patineurs: les collants couleur chair sont pratique pour éviter de potentielles humiliations.

Les patineurs solos peuvent eux aussi connaître des problèmes de tenue. Comme le New York Times l’a récemment noté, Katarina Witt, deux fois médaillée d’or aux Jeux olympiques, a raconté comment, en 1987, son costume a glissé lors d’une compétition. Elle a été contrainte de terminer son programme avec les deux bras collés au corps pour éviter que sa robe ne tombe totalement.

Dans son programme court lors des championnats nationaux américain de 1993, Tonya Harding doit s’arrêter et reprendre son programme après que sa robe rouge très ajustée se soit ouverte à l’issue d’un triple lutz.

Cravate au vent

Pour son programme libre aux Championnats du monde de 2002, le patineur américain Timothy Goebel apparaît en costume cravate, qui lui donne l’apparence d’un banquier d’affaire en goguette.

Malheureusement, il n’a pas accroché sa cravate à sa chemise. Elle sort de son costume à mi-parcours, et Goebel doit donc continuer le reste de son programme avec la cravate au vent, comme un banquier d’affaire qui court dans les couloirs du métro pour attraper la dernière rame et rentrer chez lui après une soirée un peu trop arrosée.

«Un problème de costume peut gêner un compétiteur, le mettre dans l’embarras mais aussi en danger», affirmait Jéré Longman dans les colonnes du New York Times en 2014.

Mais les costumes glissent. C’est toujours arrivé, cela arrivera toujours. Les patineurs ne peuvent tout simplement pas éviter ce genre de désagréments –ils peuvent seulement espérer y faire face avec autant de grâce que Papadakis et Cizeron.

Après avoir réajusté son haut, Gabriella Papadakis a poursuivi son programme et les deux patineurs français ont finalement obtenu la deuxième place du programme court, juste derrière les Canadiens Tessa Virtue et Scott Moir. Hier soir, leurs tenues ont tenu bon, mais cela n’a hélas pas suffi. Une médaille d’or ne tient parfois qu’à un fil: celui des patins à glace ou des costumes des patineurs.

Justin Peters

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