France

Le PS peut-il connaître un «moment Corbyn»?

Temps de lecture : 4 min

Alors que le débat s’envenime entre les trois candidats héritiers de la ligne de François Hollande et Manuel Valls, l’hypothèse d’une victoire de l’aile critique du parti, menée par Emmanuel Maurel, n’est plus inenvisageable.

Logo du Parti socialiste | Stéphane de Sakutin / AFP
Logo du Parti socialiste | Stéphane de Sakutin / AFP

Jadis, il était de coutume que le Parti socialiste, à chaque congrès, débatte de «contributions» puis vote sur des «motions». Ces textes étaient rythmés par des concepts forgés par les différents «courants». Ainsi, chaque militant recevait un épais cahier de textes reliés, que certains annotaient religieusement. L’élection du premier secrétaire était le produit de l’alchimie du congrès et, évidemment, du jeu des rapports de forces entre fiefs, et zones d'influence des personnalités politiques.

Après 1983, jamais le Parti socialiste n’alla au fond du débat pourtant nécessaire au moment où le libéralisme était instauré progressivement partout et que la transition au socialisme n’était plus un projet politique réalisable dans ce contexte nouveau. Ce débat n’eut pas lieu ou de façon très partielle. La stratégie d’Épinay [faire l'union de la gauche et proposer la rupture avec le capitalisme, ndlr] était enterrée en cachette et chacun faisait comme si elle vivait encore dans les recoins de Solférino. Lui était substituée une identité socialiste en kaléidoscopie. Ce même parti absorbait plusieurs réalités: celle d’une base militante fidèle à l’esprit de 1981, des élus gestionnaires se fondant avec succès dans les habits d’une décentralisation notabilisée, des élites militantes vivant en symbiose avec le parti et des élites politico-administratives investies peu à peu dans la méthodique codification de la globalisation et de l’intégration européenne dans son versant marché unique/monnaie unique.

2008, puis la bombe Corbyn

La crise de 2008 a, en dix ans, produit une impressionnante séries de secousses idéologiques, politiques et électorales. La social-démocratie européenne a été frappée durement et son déclin s’est considérablement accéléré. Un cas de renaissance spectaculaire fait contraste: celui du Royaume-Uni.

L’élection de Jérémy Corbyn à la tête du Labour à la surprise générale est une conséquence de la crise. Dans les groupes sociaux les plus acquis de longue date aux travaillistes, conséquences matérielles et interrogations tant sur son destin personnel que sur celui du collectif se sont mêlés. Un vent de défiance envers l’ère Tony Blair et son dessein idéologique et politique a commencé à souffler. Comme l’a fait remarquer Fabien Escalona sur Slate, l’ouverture aux sympathisants du processus de désignation du leader du Labour, réplique du principes des primaires adoptées par plusieurs autres partis en Europe, s’est en fait retourné contre ses promoteurs. Alors qu’ils entendait ancrer ainsi le Labour dans une ligne centriste, les élites dirigeantes du parti ont récolté l’inverse: l’élection de Jérémy Corbyn, issu de l’aile gauche la plus contestataire de la ligne blairiste, à la tête du Labour. Les sympathisants, mobilisés par Momentum, le mouvement soutenant Jeremy Corbyn, firent entendre une autre voix que celle des dirigeants travaillistes acquis aux fondamentaux blairistes.

Jeremy Corbyn, nouveau patron du Parti travailliste anglais. | John Thys / AFP

L’aile gauche du Labour était jusqu’alors assignée à une position marginale, marquée par ses échecs face à Thatcher. Très présente dans le mouvement social, dans les mouvements de solidarité internationale mais écartée de fait des responsabilités nationales et gouvernementales, elle se retrouvait soudain à la direction du parti de Tony Blair. Après la première élection, l’intense guérilla de l’aile droite du Labour contre Corbyn aboutit à un deuxième scrutin qu'il remportera encore une fois. La nouvelle ligne du parti, nettement plus à gauche, sonnait définitivement le glas de la ligne blairiste.

Il n’y a pas si longtemps, le Labour connaissait une dénationalisation et un déclin accélérés. Au début du mandat de Corbyn, grief lui fut fait d’être responsable de la situation. Le dernier sondage paru donne le Labour à 41% d’intentions de vote. Une résurrection…

Un Corbyn nommé Emmanuel Maurel?

L’élection du premier secrétaire se fait au suffrage des seuls adhérents du Parti socialiste. Les primaires ouvertes, dont il était attendu qu’elles ancrent le PS au centre-gauche social-libéral ont finalement été «détournées» par les électeurs pour empêcher Manuel Valls d’être candidat et rappeler, via la candidature Hamon, la gauche à ses fondamentaux. De ce point de vue, les élections de Corbyn à la tête du Labour et de Benoit Hamon à la candidature PS à l’élection présidentielle ont d’évidentes similitudes. Cette fois, il s’agit de désigner le successeur de François Mitterrand, François Holande et Harlem Désir. L’élection du premier secrétaire se fait au suffrage des seuls adhérents du Parti socialiste.

Trois candidats portent l’héritage idéologique et politique de François Hollande et Manuel Valls (en fait conséquence logique des options prises après 1983): Olivier Faure, Luc Carvounas et Stéphane Le Foll. Ils s’affrontent durement en représentant la ligne dominante dans la social-démocratie européenne. Le statu-quo et le doux rêve parfois de devenir bonne conscience de gauche du macronisme.

En face, un seul candidat «d’opposition»: Emmanuel Maurel, un militant de longue date du Parti socialiste. Il en maîtrise la culture, en connaît les rouages et entretient avec les membres du courant majoritaire des rapports de camaraderie que n’altèrent pas des prises de position répétées en opposition aux choix politiques fondamentaux du quinquennat Hollande ou des menées idéologiques de Manuel Valls et des siens. En 2012, au Congrès de Toulouse, sa motion rassembla des représentants des «ailes gauches» successives du parti fondé en 1971. L’axe de sa campagne interne avait été d’expliquer que la non renégociation du TSCG, le pacte budgétaire européen, était la faute originelle du quinquennat.

Emmanuel Maurel lors du conseil national à huis-clos du PS, le 24 juin 2017 à Paris. | Zakaria Abdelkafi / AFP

La question est simple: les effets de la crise et des élections ont-il secoué et libéré les militants PS au point de les faire voter pour Emmanuel Maurel? Ce n’est pas impossible. L’attraction exercée par LREM peut avoir vidé une partie du PS de ses militants les plus macronistes; la chute de très nombreux bastions peut libérer les militants de l’influence de leurs élus (beaucoup de votes étaient jusqu’à très récemment «influencés» par les notables locaux, le vote de conviction peut désormais dépasser le vote de clientèle); la base du PS, après un quinquennat électoralement épouvantable, subissant la réalité sociale du pays, peut être tentée par le sursaut de la décision.

L’hypothèse Maurel est envisageable. Elle ouvrirait alors une nouvelle étape non seulement dans la vie du PS qui y retrouverait une base sociale de départ mais de la social-démocratie européenne qui demeure encore un champ de bataille.

Gaël Brustier Chercheur en science politique

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