Monde

Daniel Vernet, «journaliste-analyste», noblesse de la profession

Temps de lecture : 2 min

Le spécialiste des relations internationales, ancien directeur de la rédaction du Monde et collaborateur de Slate, s'est éteint ce jeudi.

Daniel Vernet | Photo Marc Chaumeil
Daniel Vernet | Photo Marc Chaumeil

Daniel Vernet, profession: journaliste. Plus que d’autres, mieux que d’autres, Daniel Vernet, qui vient de nous quitter, incarnait la noblesse de cette profession à laquelle il s’était entièrement dévoué. Journaliste-analyste: la discipline qui lui convenait le mieux; ce que les journaux anglo-saxons nomment la «news analysis» et qu’ils placent au premier rang parce qu’elle permet de prendre la bonne distance avec l’événement, de lui donner la profondeur qu’il mérite, sans jamais omettre de la contextualiser pour que, armé de toutes ces clefs, nous puissions en apprécier l’importance.

Journaliste à La Montagne dans son Auvergne natale, puis au Monde, avant de venir nous rejoindre à Slate, dès la naissance de notre site.

Au Monde, où nous nous sommes connus, il était l’un de mes ainés dans un journal où la hiérarchie était alors stricte et respectée; tandis que les rivalités professionnelles et intellectuelles étaient vives. Il avait succédé à Thomas Ferenczi comme directeur de la rédaction, de 1985 à 1991, dans une période particulièrement agitée et tendue qui l’avait conduit à être candidat à la direction du journal. Nous nous étions alors affrontés avant de nouer une relation constructive et toujours loyale.

Dans ces années-là, nous avions conçu ensemble, pour lui, une fonction inédite, importée des meilleurs journaux mondiaux, celle de «columnist international». Il lui appartenait donc régulièrement de donner aux lecteurs du Monde les décryptages, les analyses, les commentaires et le regard de l’homme cultivé qu’il était, totalement dédié à la compréhension des grandes questions internationales. Il pratiquait trois langues (allemand, anglais et russe), ce qui lui permettait de satisfaire sa boulimie de lecture de la presse, de livres et de tout ce qui constituait l’information à laquelle il voulait en permanence avoir accès. Il avait aussi ponctué son parcours de livres de réflexion –servis par son écriture simple, rapide, concise, sachant aller à l’essentiel- notamment une analyse en profondeur (avec Alain Frachon) du phénomène des néo-conservateurs et des différentes ramifications de ce mouvement qui avait inspiré la guerre d’Irak.

Il était aussi réservé dans ses relations personnelles que peu avare de son énergie lorsqu’il s’agissait de couvrir un colloque, de rencontrer des dirigeants ou de passer au scanner de son propre regard telle ou telle situation internationale. Il avait ainsi développé une parfaite connaissance de l’Allemagne. Il était très connu et également apprécié des cercles diplomatiques. Et sa mort même atteste sa passion intacte: il rentrait tranquillement chez lui après une journée de débats consacrés à la défense européenne -thème qui lui tenait à cœur- et c’est en se remettant à la tâche qu’il a été foudroyé par une crise cardiaque.

A Slate, il avait mis ses compétences au service de cette jeune collectivité: s’il savait, s’il avait suffisamment d’éléments, il disait oui. Dans le doute, il pouvait s’abstenir. Mais il guidait toujours la réflexion à Slate sur les questions internationales avec une modestie qui allait de pair avec une grande sûreté de jugement. Nous garderons de lui le souvenir d’un grand professionnel et d’un compagnon de route exemplaire, animé d’une véritable éthique du travail.

Que sa femme, sa fille et ses trois petits-enfants trouvent ici l’expression de notre gratitude, notamment pour ce qu’il a apporté à Slate, et de notre profonde tristesse.

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Jean-Marie Colombani

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