France

Réforme de l'Etat, mode d'emploi

Temps de lecture : 9 min

Pour sortir la France de l'ornière, la reconfiguration d'un Etat tout à la fois obèse et impuissant est une nécessité. C'était l'un des thèmes de la campagne d'Emmanuel Macron. Les réformes de l'éducation nationale et du système de santé, et la création d'un service national, annoncées cette semaine, s'inscrivent dans ce cadre. Les Français sont-ils prêts à suivre? Twitter donne une première réponse.

Salle de classe du début du XXème siècle. Musée National de l'Education. Wikimédia Commons.
Salle de classe du début du XXème siècle. Musée National de l'Education. Wikimédia Commons.

Contenu Partenaire - La réforme de l'éducation nationale est un serpent de mer de la vie politique française. Depuis des décennies, à la fois «dégraisser le mammouth» pour reprendre l'expression controversée de Claude Allègre en 1997, c'est-à-dire contrôler les dépenses, et aussi enrayer la baisse continue des performances éducatives et du niveau des élèves semble être une tache impossible. Les classements PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) des dernières années montrent que le système éducatif français décroche, loin derrière celui de ses voisins (au 26e rang, derrière entre autres l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, la Slovénie...). Si on ajoute à cela qu’«aujourd’hui, 90% des candidats obtiennent le baccalauréat. Pourtant 60% d’entre eux échouent en première année en licence. Y a pas comme un problème? Repensons le Bac #Bac2021», le Ministre de l'éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, s'attaque donc logiquement maintenant au lycée et au sacro-saint Bac. C'est la deuxième offensive de celui qui est présenté comme le numéro deux du gouvernement et a déjà commencé par tenter de remettre l'école primaire en ordre de marche.

Un autre lycée et un autre Bac, le changement c'est maintenant

Mercredi 14 février, le Ministre a présenté les réformes qui toucheront les lycées d’ici 2021. Tout d’abord, «#Baccalauréat c’est un changement fondamental dans l’organisation du lycée général: les filières L, ES et S sont supprimées». Instaurées lors de la dernière grande refonte du lycée en 1995, les sections spécifiques littéraires, économiques et scientifiques disparaissent au profit d’une nouvelle architecture. Pour cette «réorganisation du lycée: un socle de culture commune et deux disciplines de spécialité à choisir». Le bac se résumera pour sa part à «réforme du #Bac quatre épreuves écrites et un grand oral, 40% de la note soumis au contrôle continu». Pour visualiser ces modifications, rien de tel que la brochure distribuée lors de la conférence de presse: «le #Bac2021, une réussite pour tous ces lycéens qui pourront s’épanouir dans les disciples qui les passionnent #Baccalauréat».

Premier commentaire, «un futur lycée qui fait furieusement penser, si l’on compte bien le nombre d’heures, à celui des années 1990 (A1, A2, A3, C, D…)#conferencedepresse #Bac2021». Le tronc commun a suscité de nombreuses réactions. Un journaliste du Figaro note le remplacement, au moins dans la terminologie, des mathématiques: «une nouvelle matière fait son apparition dans le tronc commun, les humanités scientifiques et numériques, qui devront mettre l’accent sur la culture scientifique commune de tous les élèves de France et de promouvoir le raisonnement scientifique». Certains y voient, comme toujours, un sombre dessein, à l'image de Kaplan, un enseignant chercheur: «l’assassinat de l’enseignement des #sciences dans la réforme du #Bac2021 montre la totale inculture scientifique de @jmblanquer et en définitive sa volonté de se débarrasser du #Baccalauréat».

En découvrant les onze groupes de spécialités (géopolitique, agronomie, écologie, arts…), une question surtout taraude les twittos: qui pour enseigner ces nouvelles matières? Elle est posée parfois sur un ton humoristique: «bonjour @jmblanquer, où et comment peut-on s’inscrire à l’agrégation d’humanités scientifiques et numériques? #Bac2021». Mais en général, c'est plutôt la stupéfaction qui règne. «#Bac2021 est une usine à gaz. Géopolitique, sciences politiques, humanités numériques. Qui sait enseigner cela? Et l’option littérature et philosophie, qui va enseigner? Profs de lettres? De philo? C’est une insulte à la maîtrise disciplinaire des professeurs». Même son de cloche face à cette injonction pluridisciplinaire d’un professeur de l’Université de Versailles: «donc, d’ici trois ans, des milliers d’enseignants du secondaire vont s’improviser prof (aussi) de science politique ? Je me demande comment les (vrais) spécialistes vont prendre cette légèreté pour leur discipline #reformedubac».

Deux idéologies face à face

La création d’un grand oral au Bac provoque également des remous. «L’oral est «la grande innovation» de la réforme selon @jmblanquer. Il portera sur «un projet» préparé par l’élève en première et en Terminale et durera vingt minutes: dix minutes de présentation et dix d’échange avec le jury. #baccalauréat». Il y en a qui s'en félicitent. «L’oral ça s’apprend. La réforme du #baccalauréat devrait donner lieu à la création d’une épreuve orale. Pour Cyril Delhay, enseignant d’art oratoire à Sciences Po «l’oral peut être un puissant levier d’égalité des chances» via @LesEchos ».

Apprendre à s’exprimer en public, à synthétiser sa pensée et à l’énoncer clairement est souvent considéré comme une des lacunes de l'enseignement français. Y remédier est donc nécessaire. Mais après les principes, il y a la pratique comme s’en inquiètent certains twittos: «et comment fait-on pour préparer les lycéens au grand oral du bac avec trente-cinq élèves par classe ??? #le79Inter». Le Ministre n’a pas évoqué le financement de la refonte du lycée alors même que de nombreux établissements font déjà face à des situations de sous-effectifs chroniques. «Mignonne cette réforme du #Bac2021. Force est d’admettre qu’il y a sans doute des éléments positifs. Mais sans investissements, sans classes moins nombreuses, sans meilleures conditions de travail, tout cela sera vain».

Dernier grand point de la réforme, la prise en compte dans le calcul de la note finale au Bac du contrôle continu (40% du total). «#OVPL #ValérieSipahimalani: à cause de la quantité de contrôles continus, le contrôle continu est trop dépendant de l’établissement dans lequel l’élève étudie. #Bac». Peut-on voir dans cette décision, comme le pense la secrétaire générale ajointe du SNES (Syndicat National des Enseignements de Second degré), une rupture de l’égalité entre lycéens? Un faux problème pour certains qui estiment que l’égalité face au bac n'existe pas: «les syndicats lycéens sont contre le contrôle continu au #Bac car sinon «un bac à Henri IV aura plus de valeur qu’un bac dans un lycée en zone défavorisée». Qui va oser leur dire que c’est déjà le cas?».

Réformer le bac, sorte de rite de passage républicain, ne peut que diviser dans un pays aussi conservateur que la France. Deux idéologies se font face sur Twitter. Une qui considère que la vocation du lycée et d'être un lieu d’acquisition de compétences généralistes: «une vraie refonte du lycée qui retrouve en même temps sa vocation de culture générale et d’une vraie ouverture sur le monde et aux enjeux d’aujourd’hui et de demain. BRAVO!!!! Larem41 #baccalauréat». Une autre qui considère le secondaire comme le lieu des savoirs spécialisés à visée universitaire: «quelle honte ! C’est un mammouth de la technostructure du Ministère de l’Éducation… Sa destruction du #baccalauréat montre qu’il est totalement incompétent pour reconstruire la transmission des savoirs fondamentaux par l’école. Tous ses réformes sont guidées par les économies».

Seul point de concordance, la mise de côté, encore, de l’enseignement professionnel, qui n’est pas concerné par la réforme. «Réforme du #Baccalauréat : Frédéric Reiss (LR), juge «très bien»de supprimer les filières S, ES et L mais rappelle qu’il «reste tout à faire» pour les filières professionnelles et technologiques #QDActu #DirectAN».

Après l'école, l'hôpital

Les grands travaux du Premier ministre Édouard Philippe ne s’arrêtent pas au Lycée. Il a aussi épaulé cette semaine la Ministre de la santé, Agnès Buzyn, qui a donné le coup d'envoi d'une grande réforme de l’hôpital. Édouard Philippe assume l'ambition du gouvernement: «il ne s’agit pas aujourd’hui d’une énième réforme de l’hôpital, mais de la transformation de l’ensemble de notre système de santé. Une transformation que je souhaite globale, cohérente, méthodique. #MieuxSoigner». Mais quelle est la méthode à suivre?

Certains twittos tentent une réponse. «Pour #MieuxSoigner, quelques règles simples: former à la déprescription, réhabiliter le médecin de famille, ne pas inféoder la santé à la rentabilité, s’intéresser au patient et pas seulement à ses examens. «La maladie n’est pas plus importante que le malade» Hippocrate». Et justement, l’un des piliers du système se santé remis en cause par la réforme pourrait bien être la tarification à l’acte. «#MieuxSoigner à l’hôpital, le système de tarification encourage la compétition entre les établissements. Je veux un système qui privilégie la qualité de l’acte plutôt que la quantité d’activités réalisées».

Sachant que le sujet est particulièrement sensible, la Ministre invite à une grande concertation les professionnels de santé, les patients, les syndicats… Les étudiants en médecine entendent aussi peser: «#MieuxSoigner @EPhilippePM «nous nous donnons trois mois pour réunir tous les acteurs autour d’une concertation pour l’avenir du système de santé». L’@ANEMF (association nationale des étudiants en médecine de France) espère que la voix des jeunes sera écoutée: nous sommes les professionnels de santé de demain! cc @ISNItwit @ISNARIMG». Et la Ministre de twitter: «Prévention, parcours de soins des patients, optimisation des ressources financières… Nous lançons une grande concertation qui aboutira, avant l’été 2018, à une feuille de route détaillée pour les réformes. #MieuxSoigner».

Seraient aussi sur la table, la remise en question du numerus clausus, tenu en partie responsable de la pénurie de médecins («nous conduirons une réflexion sans tabou sur le numerus clausus. Le système actuel doit être profondément réformé. #MieuxSoigner») et les conditions de travail des personnels soignants. Ce dont se félicite le président de l’ANEMF: «#MieuxSoigner @EPhilippePM: «un observatoire de la qualité de vie au travail des soignants» est nécessaire. La souffrance des professionnels et des #étudiants ne doit plus être niée ou ignorée. L’@ANEMF salue cette dynamique!».

Le numérique ne peut être absent de la réforme, «il est temps d’adopter une vraie stratégie numérique pour la santé: rendre accessible en ligne, pour chaque patient, toutes ses données médicales. Dématérialiser toutes les prescriptions. Simplifier le partage de l’information entre professionnels de santé. #MieuxSoigner». Et la rentrée 2018 devrait voir la mise en place d'un service sanitaire: «Candidat, @EmmanuelMacron avait parlé d’établir un «service sanitaire». Le principe: demander aux étudiants en santé d’exercer une mission de prévention, par exemple dans les écoles ou les collèges. Il sera mis en œuvre dès la prochaine rentrée universitaire #MieuxSoigner».

Mais l'annonce d'une grande réforme et de bonnes intentions ne suffit pas à convaincre de nombreux twittos qui n'ont pas la mémoire courte: «#MieuxSoigner Toi aussi cherche combien de fois tu as entendu: nous allons remettre le patient au centre du système. Nous allons faire du généraliste le centre du système. Sous Kouchner? Douste-Blazy? Bachelot? Touraine? Buzyn?». La crainte la plus visible émane des médecins généralistes, conscients qu’ils pourraient bientôt devenir la variable d’ajustement de la gestion hospitalière: «le #gouvernement annonce une série de mesures dont certaines risquent de remettre en cause la #médecine libérale. Une fois de plus, alors qu’on attendait une réforme de l’#hôpital public, c’est à la médecine libérale qu’on s’en prend. #MieuxSoigner». Il faut tout de même rappeler que les réformes ne sont pas encore engagées puisque la concertation ne fait que commencer...

Servir la France

Dernière annonce de la semaine et autre promesse de campagne d'Emmanuel Macron: le retour d'un service national universel. Sa vocation est d'apporter plus de cohésion à la nation et à la société. Il est plébiscité par les Français qui ont oublié la mauvaise réputation du service militaire supprimé en 1997. En tout cas, les «trois quart des Français se disent favorables au service #militaire. 59% se disent favorables au service civique obligatoire, mais sans savoir vraiment ce que cela recouvre» @JeudyBruno #ServiceNationalUniversel #cdanslair».

D'ores et déjà, le service nouvelle formule, dont les contours restent très flous, ne convainc pas tout le monde. «Service National Universel obligatoire: «au Sénat, nous sommes très sceptiques sur cette affaire» #ServiceNationalUniversel». Idem et sans surprise dans l’armée, «ServiceNationalUniversel «85% des militaires sont contre» @PierreServent #gouvernement #Macron #cdanslair».

D’abord envisagé sous une forme facultative, il semblerait maintenant que son caractère obligatoire soit acté, «le service militaire universel promis par Macron pendant sa campagne sera bien obligatoire #ServiceNationalUniversel #Macron». Une feuille de route sommaire a été rendue publique: «Emmanuel #Macron confirme un #ServiceNationalUniversel obligatoire de trois à six mois».

La question de fond pour de nombreux twittos est de savoir si ce service peut être un remède aux difficultés sociales et sociétales: «#ServiceNationalUniversel « l’État cherche une solution à cette jeunesse qui est en perte de repères et de valeurs» Zohra Bitan #GGRMC». D’autres pays, confrontés aux mêmes problèmes, ont fait des choix similaires: «#ServiceNationalUniversel: «dans beaucoup de pays européens cette idée revient. La #Suède en 2015 a rétabli un système de service #militaire. Matteo Renzi avait ce projet en 2014 (…) ça correspond à une crise de nos sociétés démocratiques» @jeangarr78 #cdanslair».

Pour sauver la démocratie, faut-il que les citoyens face allégeance au drapeau? L’universitaire Olivier Passelecq y voit un danger sans vraiment préciser de quoi il s'agit: «le #ServiceNationalUniversel envisagé par #Macron est une bonne intention. Une de celles dont l’enfer est pavé…».

En tout cas, nul ne peut contester la grande ambition d'Emmanuel Macron de reconfigurer l'Etat et ses principales fonctions. Une tâche herculéenne dans un pays comme la France, conservateur par nature et dont l'identité a été forgée justement par son Etat.

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