Égalités

Un fameux test de personnalité juge plus volontiers les femmes «désagréables» que les hommes

Temps de lecture : 3 min

Le modèle des Big Five est considéré comme l'un des tests de personnalité les plus scientifiquement rigoureux. Sauf que la méthode de calcul de ses résultats reposent sur des biais sexistes.

«Votre score d'agréabilité:
 29%» | Jeshoots.com via Unsplash License by
«Votre score d'agréabilité: 29%» | Jeshoots.com via Unsplash License by

Les tests de personnalité pullulent sur internet. Plus ou moins sérieux, ils se proposent de déterminer quel serait notre personnage totem de fiction ou nos traits de caractère les plus saillants.

Bien que leur scientificité soit la plupart du temps plus que douteuse, ils passionnent les foules et ne cessent d'être relayés, que ce soit entre amis ou dans les cercles professionnels. Le réputé Myers Briggs Type Indicator (MBTI) est réalisé chaque année par près de 2,5 millions de personnes, et 88% des entreprises du Fortune 500 l'utilisent. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir souvent été pointé pour ses conclusions caricaturales et limitées.

Le modèle des Big Five, qui s'élabore sur la base de données empiriques, évalue quant à lui cinq catégories considérées comme les traits centraux de la personnalité: l'ouverture à l'expérience, le caractère consciencieux, l'extraversion, l'agréabilité et le névrosisme. Plus nuancé que beaucoup d'autres tests, chaque trait étant évalué séparément et sur un spectre, il est souvent utilisé dans les recherches académiques sur la personnalité psychologique.

Femme têtue, homme compatissant

Bien que considéré comme l'un des tests les plus fiables, ses déclinaisons en libre accès reposeraient sur des présupposés sexistes.

C'est ce qu'affirme Olivia Goldhill, journaliste pour Quartz, après avoir réalisé plusieurs tests sur une version en ligne du Big Five:

«On demande aux candidats de renseigner leur genre avant d'obtenir les résultats –et la réponse a un impact significatif sur l'interprétation des résultats du test. Selon que vous dites que vous êtes un “homme” ou une “femme”, les mêmes réponses produisent des évaluations de personnalité très différentes.»

Après avoir rempli le test deux fois avec des réponses identiques mais un genre différent, elle a pu constater des écarts plus ou moins considérables, le plus grand concernant le critère d'agréabilité: atteignant poussivement les 29% en tant que femme («Vous trouvez facile d'exprimer de l'irritation avec les autres»), la jauge montait à 50% en tant qu'homme («Vous n'êtes ni extrêmement indulgent, ni irritable»):

«De manière décisive, on dit aux femmes qu'elles sont nettement plus désagréables que les hommes qui répondent aux questions de façon identique», conclut Olivia Goldhill.

Même constat pour le test NEO Pi-R, à l'issue duquel on lui expliquait que pour une femme, elle était «généralement chaleureuse, confiante et agréable, mais parfois têtue et possédant un esprit de compétition», tandis que pour un homme, elle apparaissait «compatissant, aimable, pressé de coopérer et d'éviter le conflit». En somme, pour un homme perçu comme charismatique et volontaire, son pendant féminin est entêté, limite désagréable.

Base de données genrée

Ces retours sexistes seraient selon Goldhill liés à la façon dont les psychologues présentent les résultats à partir d'une base de données genrée: «Plutôt que de donner un score absolu dans chacune des catégories du Big Five, ils vous indiquent votre centile par rapport aux autres personnes de votre genre.»

Les femmes ayant tendance à indiquer des réponses tendant vers un plus fort taux d'agréabilité que les hommes –pression sociale oblige–, la moyenne féminine sur ce critère est plus élevée. Conséquence: une femme indiquant des réponses plus mesurées tombera dans les centiles les plus faibles et sera considérée comme considérablement moins agréable.

Or ce biais n'est pas précisé dans les explications du modèle du Big Five, qui indiquent simplement que «les scores en centiles sont liés à [leur] échantillon de personnes [...] et peuvent donc différer [...]».

Manque de contexte

Globalement, c'est l'absence de contexte donné aux résultats du Big Five qui est problématique. De même qu'il n'est pas indiqué que l'évaluation est genrée et à ce titre déjà parasitée par une série de stéréotypes plus ou moins conscients, le jugement de certains traits comme positifs ou négatifs n'est pas justifié au regard des situations.

«Par exemple, les personnes agréables sont super pour un blind date, mais ont tendance à être trop dépendantes. Les personnes désagréables, dans le même temps, ne sont pas bonnes pour apaiser les disputes. Mais elles sont aussi moins enclines à suivre docilement des ordres immoraux –comme ceux démontrés par l'expérience de Milgram, où l'on demande aux participants d'administrer des chocs électriques intenses à une victime.»

À ces tests de personnalité, il faut donc constamment avoir le souci de réinjecter précautionneusement nuances et contextes. Une personnalité est plus complexe et plus contradictoire que ne le figent les cadres généraux proposés par ces indicateurs.

«Contrairement à l'idée populaire selon laquelle nous avons quelque intériorité inhérente et véritable, notre personnalité est mieux évaluée scientifiquement en prenant simplement en compte la manière dont nous –et ceux qui nous entourent– nous perçoivent», écrit Goldhill.

Dans le cadre académique, les proches –qu'il s'agisse de la famille, d'amis ou de collègues– sont souvent convoqués par les psychologues pour répondre à un questionnaire concernant une autre personne, de façon à donner un panorama plus complet de la personnalité de cette dernière.

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