France

Hulot, Darmanin, il faut se méfier du mot «rumeur»

Temps de lecture : 5 min

Les affaires Nicolas Hulot et Gérald Darmanin sont forcément différentes. Pourtant on retrouve, pour les commenter, le même terme: rumeur. Et la rumeur, c'est «forcément» infamant et ignominieux.

Les ministres Nicolas Hulot et Gérald Darmanin en tête à tête à la sortie de l'Élysée en septembre 2017. |
Ludovic Marin / AFP
Les ministres Nicolas Hulot et Gérald Darmanin en tête à tête à la sortie de l'Élysée en septembre 2017. | Ludovic Marin / AFP

Dans le Larousse, la rumeur est définie comme: «Nouvelle, bruit qui se répand dans le public dont l’origine est inconnue ou incertaine et la véracité douteuse.»

Dans les cas des plaintes portées contre les deux ministres, ce ne sont pas des rumeurs. Il n’y a pas de rumeur de plaintes. Ces plaintes existent. Les plaignantes existent. Elles ont parlé. C’est sans doute la première fois de ma vie que je suis d’accord avec Rachida Dati. Il faut arrêter d’utiliser cette rhétorique de la rumeur parce qu’elle consiste de façon insidieuse à faire de celle qui accuse une affabulatrice dont les propos seraient donc d’une «véracité douteuse». Et attention, même s'il ne s'agit pas d’une «rumeur», cela ne signifie pas pour autant que c’est, automatiquement, un fait avéré.

Rumeur et plainte réelle

Dans le cas de Nicolas Hulot, il y a effectivement une rumeur, outre la plainte réelle. Le terme s’applique parfaitement à l’affaire dans laquelle il n’y a pas de trace ou preuve de quoique ce soit et où son ancienne collaboratrice, qui aurait été victime de harcèlement, dément formellement. Pourquoi Ebdo a parlé de cette histoire? J’imagine que c’était pour rendre compte d’une ambiance, renforcer un faisceau autour de Nicolas Hulot, comme dans cet extrait de livre qu’a ressorti Marianne et qui, déjà, dans son écriture même renforçait des rumeurs.

Etrait de la biographie de Nicolas Hulot par Bérangère Bonte paru dans Marianne

Mais on n’en parle pas dans un article si on n’a rien. D’autant qu’il devient trop facile pour la défense de tout mettre dans le même sac, une rumeur donc et la plainte réelle.

Une fois éliminée la rhétorique de la rumeur, il faudrait aussi arrêter de présenter Gérald Darmanin et Nicolas Hulot comme des hommes suppliciés.

Sublime Christ crucifié par Vélasquez.

Ça va aller, Gérald Darmanin, c’est pas non plus Jésus.

Aucun des deux ministres n’a quitté ses fonctions, quasiment la totalité de leurs collègues les soutiennent publiquement et le ton des articles est très précautionneux. On a connu pire lynchage. Pourtant, ça n’a pas empêché Florence Parly, ministre des Armées, de nous gratifier en l’espace de quinze secondes d’un combo victimisation et rumeur.

D'abord: «Plus que jamais il faut que nous fassions corps autour de nos collègues dont la probité est mise en cause de façon totalement injustifiée. C’est difficile surtout pour ceux qui en sont les victimes.»

Suivi, au sujet de Nicolas Hulot, de: «Un tourbillon qui n’est fondé sur aucun élément tangible.»

Excepté une plainte et un témoignage… Je comprends bien le principe de la solidarité gouvernementale, mais est-ce utile de le pousser jusqu’au ridicule?

Des questions d'ordre éthique

Parce que parler de probité, c'est-à-dire du respect de règles morales, quand il s’agit de l’affaire de notre ministre de l’Action et des Comptes Public, c’est un exercice délicat. Je ne comprends pas par quel tour de passe-passe Gérald Darmanin a réussi à se faire passer pour la victime d’un acharnement. Si on reprend les faits, même en accréditant sa version et en abandonnant l’accusation de viol, on a un homme politique qui aurait échangé un rapport sexuel contre l’effacement d’un casier judiciaire. Il était à l’époque chargé de mission aux affaires juridiques de l’UMP, le parti qui était au gouvernement, et il a effectivement envoyé une lettre à Michèle Alliot-Marie, la garde des Sceaux, en faveur de la plaignante. Pourquoi est-ce que ça paraît absolument normal? Le fait que ça ne dérange aucune personnalité politique me pousse à sérieusement m’interroger sur leur propre degré de probité.

Contrairement à ce que dit son avocat –«ce ne sont pas les faits qui sont graves, c’est la qualification»– les faits seraient graves, même en-dehors de la qualification de viol. Elle va le voir pour qu’il use de son influence politique pour effacer son casier, il lui dit qu’il peut s’arranger. Il propose qu’ils finissent la nuit dans un hôtel. Et dans des échanges de sms plus tard, quand elle lui dit que ça a été un effort pour elle de «baiser» avec lui pour qu’il s’occupe de son dossier, il répond: «Tu as raison, je suis sans doute un sale con.»

On peut estimer que ça ressemble diablement à du chantage et de l’abus de pouvoir et que ça n’est pas exactement l’attitude qu’on attend d’un politique. Et que cela ne tombe pas sous le coup de la justice n’empêche pas de se poser des questions d’ordre éthique, particulièrement quand il s’agit d’un ministre.

Voir l’ensemble du gouvernement se réfugier derrière le «pas de condamnation judiciaire, pas de problème» me stupéfie. Comment le Premier ministre peut-il apporter son soutien à ce genre de pratiques? C’est quoi déjà la charte de La République En Marche?

«Chacun de nos adhérents s’engage donc à ne pas commettre de discrimination ou d’abus de pouvoir et à être vigilant sur toute situation de conflit d’intérêt.»

Je me permets également au passage de rappeler que s’il ne fallait parler de rien tant qu’il n’y a pas eu une condamnation judiciaire, François Fillon serait sans doute notre président de la République...

Hulot, une affaire qui cumule tous les handicaps

D’abord, il est honteux qu’on ait balancé le nom de la victime présumée alors qu’elle voulait garder l’anonymat. Ensuite, on s’interroge sur la manière dont se sont déroulés ses contacts avec Ebdo quand son avocat déclare: «Elle a dit dès le départ aux journalistes d’Ebdo qu’elle ne souhaitait pas cette médiatisation, mais elle n’avait aucun pouvoir de s’y opposer.» Le respect de la parole des femmes consiste à écouter celles qui parlent mais également à accepter leur droit au silence et à l’oubli.

De manière générale, cette affaire cumule tous les handicaps: elle met en cause une personnalité jugée plutôt sympathique et qui défend une cause essentielle. Contrairement à ce que prétend Nicolas Hulot, la justice n’est pas passée, il n’y aura jamais ni enquête ni jugement. Le seul élément qui pourrait changer la donne serait l’existence de victimes de Nicolas Hulot, qui seraient prêtes à parler, comme le suggère Anne Jouan, la journaliste qui a co-signé l’article pour Ebdo.

Reste à rappeler encore une fois que les fausses accusations de viol existent, mais sont extrêmement rares. Peut-être qu’il y aura une augmentation de ces cas. Mais la manière dont sont traitées celles qui osent parler me semble remarquablement dissuasive.

Titiou Lecoq

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