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L'ONU demande à l'Espagne d'interdire l'accès aux corridas aux moins de 18 ans

Temps de lecture : 2 min

La corrida fait débat de façon récurrente en Espagne. C'est cette fois-ci au nom des droits de l'enfant que le comité des droits de l'enfant de l'ONU demande des restrictions.

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Michelito Lagravère, matador franco-mexicain de 11 ans, lors d'une corrida dans les arènes d'Arles, le 12 septembre 2009 | Anne-Christine Poujoulat / AFP

La tauromachie n'en finit pas d'émouvoir les foules, qu'elles se lèvent pour acclamer les matadors ou combattre les arènes espagnoles. Dans Saturne: Le destin, l'art et Goya, Malraux décrivait la corrida comme «le mélange d'un spectacle de cirque [...] et d'une communion du sang». L'ambivalence dit assez la fascination morbide qui l'entoure et dont se repaissent ses aficionados.

Moralement suspecte, elle a récemment poussé le comité des droits de l'enfant de l'ONU (CRC) à demander une purge dans les rangs de ces derniers, en interdisant la participation des personnes de moins de 18 ans aux événements liés à la tauromachie, que ce soit en tant que spectatrices ou actrices.

Il s'agirait par là «d'empêcher les effets nocifs de la tauromachie sur les enfants», a-t-elle écrit dans la partie consacrée aux violences faites aux enfants de son rapport périodique sur l'Espagne.

À l'estocade dès 14 ans

De l'interdiction de la corrida en Catalogne en 2010 à sa restauration six ans plus tard par le tribunal constitutionnel espagnol, en passant par l'interdiction en demi-teinte de la mise à mort des taureaux aux Baléares votée par le parlement régional en juillet 2017, les tergiversations autour de la tauromachie sont devenues un leitmotiv espagnol. C'est que les réglementations s'effectuent au niveau des communautés autonomes, sans harmonisation nationale de la question.

Dans un premier communiqué, le CRC rapportait l'existence de cinquante-cinq écoles de tauromachie à travers le territoire et s'inquiétait du «degré de violence présent dans de telles écoles».

En fonction des réglementations en vigueur dans les communautés et au sein des établissements taurins, des enfants peuvent recevoir certaines leçons pratiques de tauromachie dès l'âge de 14 ans.

«Le monde civilisé est moralement obligé de protéger les enfants et les adolescents des dommages psychologiques avérés causés par la normalisation de la violence et du sadisme sous toutes ses formes, y compris la corrida», déclarait le psychiatre Luis Rojas-Marcos au périodique eldiario.es.

Interdire la corrida par des voies détournées

Le débat sur la corrida demeure extrêmement tendu en Espagne, les positions s'étant cristallisées entre aficionados et détracteurs. Quand les premiers considèrent qu'il s'agit d'une «expression de nature culturelle qui fait partie du patrimoine culturel commun» et doit à ce titre être «préservée», comme le précisait le jugement de la cour constitutionnelle de 2016 rétablissant la corrida en Catalogne, les seconds y voient une des expressions les plus féroces de la cruauté envers les animaux et avancent l'argument économique d'une baisse croissante de la fréquentation des spectacles.

Alors même que les corridas désertent les arènes espagnoles, les textes de loi ne fixent pas vraiment d'interdits nominatifs: dans la communauté autonome des Canaries –que l'on considère souvent à tort comme le premier territoire d'Espagne à avoir interdit la corrida–, son absence actée depuis 1991 est liée à la législation sur la protection animale et, de façon sans doute plus décisive encore, au fait qu'elle «n'a jamais été le moindre ingrédient de [la] tradition culturelle» des Canaries, comme le rappelait en 2010 Lorenzo Olarte Cullén –président du gouvernement des Canaries jusqu'en 1991.

Le motif de la protection des enfants apparaît à cet égard comme une autre façon de s'attaquer à la tradition séculaire par la petite porte.

Léa Polverini Journaliste

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