Aller-retour au pays pour excision
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Aller-retour au pays pour excision

Temps de lecture : 15 min
Dorothée Duchemin Dorothée Duchemin

En France, le combat contre l’excision a fait reculer cet acte sexiste qui concernerait 60.000 femmes. Mais si les fillettes sont désormais plus protégées sur le territoire, le danger s’est déplacé en direction des adolescentes, qui subissent parfois une mutilation lors d’un retour dans le pays d’origine de leurs parents.

«Ma mère a eu son bac, est allée en fac! C’est aussi pour ça que je lui en ai voulu, elle connaissait les risques et les complications mais elle m’a quand même fait exciser. J’ai compris que l’irrationnel parlait, j’ai compris ce poids des cultures tellement lourd en Afrique.» Hawa a été excisée lors de grandes vacances en Guinée à l’âge de 7 ou 8 ans. Quand elle s’est rendue compte bien plus tard de ce qui lui était arrivée, ce fut un choc.

Elle a alors décidé de sauver sa dernière petite sœur de l’excision. «J’avais prévenu ma mère que si elle le faisait, j’irai la dénoncer à la police. J’avais 15 ans. C’est à ce moment, que j’ai commencé à me confronter à ma mère. Quand on était en France ça allait, mais quand on partait en Guinée, je la menaçais», confie la jeune femme de 27 ans, étudiante en gynécologie et qui veut faire de la prise en charge des mutilations sexuelles féminines sa spécialité. Dans son malheur, elle a tout de même eu de la chance. «Je n’ai eu qu’une toute petite partie excisée et je n’aurai probablement que peu de répercussions.»

L’excision, ou mutilation génitale féminine, consiste en l’ablation de tout ou partie de l’appareil génital féminin externe, clitoris, petites lèvres et/ou grandes lèvres. Elle englobe également l’infibulation, un rétrécissement de l’orifice vaginal. En 2012, l’ONU adopte «une résolution sur l’intensification de l’action mondiale visant à éliminer les mutilations génitales féminine». Le combat contre l’excision prend de l’ampleur, pourtant en 2016, l’Unicef publie de nouveaux chiffres, en hausse. Au moins 200 millions de femmes seraient ainsi excisées dans le monde. En France, 53.000 femmes seraient concernées selon les chiffres de l’Insee publiés en 2004 et que les associations jugent désormais périmés.

Elles estiment que 60.000 femmes en France ont subi des mutilations sexuelles. «C’est peut-être même plus. On a besoin d’une enquête nationale, on ne peut pas parler d’un problème sans le chiffrer. Cette absence de données constitue un véritable mécontentement», lance Marion Schaefer, déléguée générale du collectif Excision, parlons-en. Aujourd’hui, trois jeunes filles sur dix originaires de pays où l’excision est toujours pratiquée sont directement menacées de l’être à leur tour. Là encore, il s’agit d’un chiffre datant de 2009, tiré du rapport Excision et handicap de l’Institut national d’études démographiques (Ined).

Que dit la loi?

La loi française protège les femmes de l’excision. Ainsi, l’auteur d’une excision tout comme le responsable de l’enfant peuvent être poursuivis, notamment pour des violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente qui sont punies de 10 ans d’emprisonnement et de 150.000 euros d’amende. La peine encourue est portée à 15 ans si la mutilation permanente est commise sur un mineur de moins de 15 ans, à 20 ans si l’auteur est un adulte qui a autorité sur le mineur, à 30 ans si la mutilation a entrainé la mort sans intention de la donner. Ces lois sont également valables pour des mutilations commises à l’étranger si la victime est française ou réside en France. Si la loi française punit les responsables d’excision commise à l’étranger, les procès sont aujourd’hui rares. Le dernier remonte à 2012. «La réflexion de nos magistrats est qu’il est compliqué d’envoyer des policiers intervenir au fin fond de l’Afrique», analyse Isabelle Gillette-Faye, directrice du Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles féminines (GAMS) et présidente du collectif Excision, parlons-en.

Les fillettes protégées

Toutefois, «en matière de lutte contre l’excision, la France est championne du monde et a servi de modèle à ses voisins européens», poursuit Isabelle Gillette-Faye. Ces très bons résultats ont été obtenus grâce à de grands procès qui ont vu condamner les exciseuses et les parents des enfants mutilées, notamment grâce à l’engagement féministe de Linda Weil-Curiel, avocate qui a plaidé depuis 1982 dans des dizaines de procès contre l’excision. «Une trentaine de procès se sont tenus en une quarantaine d’années», avance la présidente du GAMS.

Quand les parents ont compris ce qu’ils risquaient s’ils faisaient exciser leur petite fille sur le sol français, la pratique a largement diminué. La sensibilisation des professionnels de santé a également porté ses fruits, notamment grâce au travail d’Emmanuelle Piet, médecin de la Protection maternelle et infantile (PMI) et responsable du planning familial en Seine-Saint-Denis dès les années 1980.

«On a aussi expliqué aux médecins de PMI qu’il fallait enlever la couche des petites filles et pas seulement les peser et les mesurer mais regarder leur sexe avant chaque départ en vacances au pays et à chaque retour, développe Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue-obstétricienne à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), spécialiste de la réparation des mutilations sexuelles et initiatrice de la Maison des femmes à Saint-Denis. En faisant faire ça de manière systématique et en prévenant les parents des conséquences juridiques de l’acte s’il était pratiqué en Afrique sur une petite fille née en France, ces petites filles ont pu être protégées. Mais elles ne sont malheureusement pas suivies toute leur vie en PMI.»

Les adolescentes menacées

Mais «le problème s’est décalé dans le temps: ce ne sont plus les petites filles qui sont à risque, ce sont les adolescentes. Il s’est également décalé géographiquement. Les risques ne sont plus en France mais lors des grandes vacances, d’un retour dans leur pays d’origine ou dans celui de leurs parents», commente Marion Schaefer.

Ce phénomène a émergé dans les années 2000. Le 28 novembre 2013, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) publie un avis qui définit ce nouveau risque pour les jeunes filles: «Alors que pendant plusieurs années les associations ont pensé que toute une génération de fillettes, celles nées en France, avaient échappé aux mutilations sexuelles, on constate depuis quelques années que la cible a changé: les adolescentes deviennent une population à risque. De nombreux témoignages font état de jeunes filles françaises, nées en France, qui sont déscolarisées au moment de l'entrée au collège et subissent un retour forcé dans le pays d'origine de leurs parents. Là elles sont excisées», écrit la CNCDH dans son rapport.

«Ma mère a répondu à une pression sociale et culturelle. Elle l’a fait pour que je ne sois pas mise à l’écart, que je sois conforme et acceptée. Le poids des cultures va au-delà du rationnel.»

Hawa, excisée en Guinée à 7 ou 8 ans

Mariage, visite à une grand-mère, fête de famille… ces enfants sont de retour dans leur pays d’origine pour passer des vacances. Elles rentrent mutilées. Hawa n’avait plus l’âge d’être suivie en PMI quand elle est rentrée en Guinée, pour les vacances d’été, avec sa mère et sa petite sœur. Elle se souvient: «Un jour ma mère nous a levé le matin très tôt. Elle m’a dit en peul: “On va aller te circoncire.” En peul, le mot pour “excision” est “souningol”, le même que pour “circoncision”. Je croyais que c’était normal, comme pour les garçons. On a marché un petit moment. J’étais toute seule avec ma mère. One est allé à la clinique. Sur le chemin, ma mère n’arrêtait pas de me dire qu’il ne fallait pas pleurer et qu’il ne fallait surtout pas le dire. Je voulais lui faire plaisir, donc j’ai écouté. J’étais en confiance. Pour moi, c’était bien. J’allais avec ma mère faire quelque chose qu’il fallait faire. C’était un peu comme une étape à passer, comme un baptême.»

Hawa se souvient du sang, mais pas d’avoir eu mal. De retour au village, c’était la fête. «J’ai été accueillie par ma grand-mère, par ma tante. On a chanté, on a dansé.» Hawa n’a pas eu conscience d’avoir été excisée avant ses 15 ans, quand l’une de ses amies vient lui parler d’excision.

«C’est à ce moment là que j’ai commencé à réaliser que non, l’excision n’était pas une bonne chose. C’était comme si je n’avais pas analysé les choses, pas associé l’excision à ce qui m’était arrivée. J’étais très fâchée contre ma mère. Me dire que ma mère, si aimante, m’avait fait ça alors qu’elle savait que c’était mal… Et j’étais née en France, comment avait-elle pu faire une chose pareille?»

On n’a retiré à Hawa qu’une petite partie du clitoris. Aujourd’hui, elle ne ressent aucun problème physique liée à son excision. Si Hawa préfère rester anonyme, c’est surtout pour «préserver» sa mère à qui elle a aujourd’hui pardonné: «Ma mère a répondu à une pression sociale et culturelle. Elle l’a fait pour que je ne sois pas mise à l’écart, que je sois conforme et acceptée. Le poids des cultures va au-delà du rationnel.»

Pour Amy Djikine, l’opération qu’elle a subie à 3 ans, fut beaucoup plus invasive. Cette aide-soignante, aujourd’hui âgée de 27 ans, a été infibulée. «On m’a coupé le clitoris, les petites lèvres et ensuite on m’a recousue. La totale. Le trou était de la taille d’un coton tige. J’étais toute lisse», raconte la jeune femme. Cette Malienne a été excisée «au pays» durant les vacances scolaires qui précédaient son entrée à la maternelle. Elle avait fait le voyage depuis la France avec sa mère, sa petite sœur et son grand frère. Amy se souvient être arrivée au Mali. «Il y avait plein d’enfants partout, j’étais heureuse. Et puis plus rien.» Des jours qui ont suivi son excision, Amy ne se souvient de rien. Son premier souvenir après la mutilation est son entrée à l’école: «Je ne parlais pas à l’adulte.»

«Il fallait qu’on fasse le trou, que je déchire ma cicatrice. Après, je n’ai plus voulu faire l'amour durant près de sept mois.»

Amy, excisée et infibulée à l'âge de 3 ans

La fillette est restée muette des mois durant. Elle grandit sans savoir qu’elle a été mutilée, mais met au point des techniques pour contourner la quasi-fermeture de ses petites lèvres et de son vagin. «Par exemple, je faisais pipi en plusieurs fois. Le pipi coulait dans une sorte de “réceptacle”, il fallait que je me lève pour que le réceptacle se vide et ainsi de suite», raconte-t-elle. Ce n’est qu’à 19 ans, alors que son petit copain de l’époque a très envie de faire l’amour avec elle qu’elle découvre ce qui lui est arrivé. «Il m’a dit qu’il manquait quelque chose.» Le premier rapport est un calvaire.

«On a réussi en trois jours, un petit peu tous les jours. C’était le pire truc que j’ai fait de toute ma vie. Il fallait qu’on fasse le trou, que je déchire ma cicatrice. Je n’ai plus voulu le faire durant près de sept mois.»

À ce moment, Amy consulte un gynécologue. «Effrayé» par ce qu’il voit, le professionnel admet ne pas pouvoir lui venir en aide et lui conseille de consulter un autre spécialiste. «Je ne voulais pas revoir qui que ce soit, ça m’a découragée.»

Ce n’est que quelques années plus tard qu’Amy est bien décidée à être «réparée.»

«Je suis persuadée que c’était une barrière dans ma vie. Je n’arrivais à rien. Je commençais quelque chose, je ne le terminais jamais, pour à peu près tout dans ma vie. Et je fais toujours le même cauchemar depuis que je suis toute petite. Je le fais dès que je ferme les yeux, certains jours. Chaque fois que je rencontre un événement stressant, ce cauchemar ressurgit. C’est comme une peur qui refait toujours surface dans ma vie et m’empêche d’avancer.»

Opérée en août 2017 à l’hôpital Delafontaine, sans aucun soutien de la part de sa famille, de sa mère ou de ses cinq sœurs excisées, Amy n’a pas suffisamment de recul pour savoir si elle a eu raison de se faire opérer. Elle reconnaît toutefois que le cauchemar est moins récurrent et espère pouvoir connaître l’orgasme, «au moins une fois».

Pour l’heure, elle se remet tout juste d’une convalescence longue et extrêmement douloureuse. «La convalescence m’a vraiment traumatisée. Et je ne m’y attendais pas. J’ai passé quatre mois couchée, à ne rien faire, c’était une douleur horrible. J’ai enfin pu sortir de chez moi en novembre et retravailler en décembre. Pour l’instant, je ne veux plus me préoccuper de cette partie de mon corps. On verra avec un peu plus de recul si je suis satisfaite de l’avoir fait.» À la Maison des femmes, elle rencontrera bientôt psychologue, sexologue et chirurgien.

C’est Ghada Hatem-Gantzer, cette chirurgienne engagée, adjointe au chef de service maternité de l’hôpital Delafontaine, formée auprès de Pierre Foldès qui a mis au point la technique de réparation des femmes excisées, qui est l’initiatrice de ce parcours de soins qui va au-delà de l’unique réparation. En arrivant à Saint-Denis, elle comprend qu’il faut développer la prise en charge des femmes mutilées et «surtout réfléchir à un parcours. Parce que la chirurgie plasticienne c’est faisable, mais il faut aussi être en mesure de proposer un accompagnement global». Dans cette maternité de Seine-Saint-Denis, 14% des femmes qui accouchent sont excisées.

«Elles n’auront jamais le corps d’une femme non excisée»

Du côté de la chirurgie, «on a des résultats plus ou moins esthétiques. Le clitoris peut être plus ou moins entaillé et parfois on va récupérer un petit clitoris. Mais la taille du clitoris ne signifie pas qu’elles auront plus ou moins de sensations», commente la gynécologue-obstétricienne. Dans certains cas, la réparation s’avère inutile. «Certaines femmes pensent avoir été excisées alors qu’elles ont subi des rituels avec pincements, piqûres, petites cicatrices et qui donnent lieu à un traumatisme. Elles peuvent avoir une sexualité très compliquée alors qu’on ne voit rien ou presque. Cela coupe court à tout besoin de réparation et on va alors se concentrer sur le reste de la prise en charge avec le psychologue et le sexologue.»

Les femmes excisées ont des symptômes variés. Leur sexualité peut être extrêmement douloureuse à cause des cicatrices, épaisses et sensibles. Dans ce cas, l’opération est recommandée. Pour les femmes infibulées, comme Amy, l’acte chirurgical s’impose aussi d’emblée. Mais il faut parfois prendre le temps de la réflexion. «Elles peuvent avoir une sexualité quasi-normale mais, pour telle ou telle raison, penser que ce n’est pas le cas. Parfois, c’est une demande identitaire, symbolique, même si leur sexualité ne comporte aucune problématique. Il faut alors prendre le temps pour être sûre qu’il n’y aura pas de déception, car elles n’auront jamais le corps d’une femme qui n’a pas été excisée.»

Dans de rares cas, l’équipe soignante refuse. «Quand on sait qu’il est impossible de leur donner ce qu’elles attendent, comme dix fois plus d’orgasmes, alors, on leur dit non.» Certaines femmes peuvent aussi regretter l’opération parce qu’elles découvrent des sensations qu’elles n’ont jamais ressenties. Il est alors important qu’elles puissent en parler avec un sexologue afin de comprendre ce qui se passe dans leur nouveau corps: «Si elles n’ont pas réinvesti leur corps et leur clitoris, qu’elles sont toujours aussi gênées, mal à l’aise, elles finissent par penser qu’elles ont souffert et se sont fait opérer pour rien. Il faut être très prudent.»

Systématiser les signalements

Ces jeunes filles, parties dans leur pays d’origine pour des vacances et qui sont revenues excisées, Ghada Hatem-Gantzer, également marraine de la campagne Alerte Excision pour la deuxième année, les voit à la Maison des femmes. «Elles arrivent et nous expliquent: “Je suis retournée voir ma grand-mère à 10 ans. On m’a embarquée, je n’ai rien compris, et quand je suis revenue j’étais triste, prostrée, mes résultats scolaires ont baissé et personne n’est venu me demander ce que j’avais.” Pourtant, l’école doit aussi repérer ces enfants qui changent de comportements.» L’école, mais aussi les soignants.

La loi est très claire, tout professionnel à l’obligation de faire un signalement. «La levée du secret professionnel est prévue expressément par l’article 226-14 du code pénal dans les cas de mutilations sexuelles. Tout citoyen, tout professionnel qui a connaissance d’un tel risque a l’obligation de signaler aux autorités judiciaires ou administratives cette situation. L’abstention constitue une infraction pour non-assistance à personne en danger», lit-on sur le sur le site du gouvernement Stop Violences Femmes. «C’est toutefois difficile de se dire qu’on envoie les parents en prison. Est-ce que l’avenir de la fillette ou de l’adolescente en sera vraiment amélioré?», questionne Ghada Hatem-Gantzer.

Grâce au signalement, une famille sera surveillée de très près et les plus petites des enfants seront alors protégées.

Malgré son jeune âge, Amy a échappé au contrôle de la PMI. Muette à l’école, en échec scolaire, personne ne s’est posé la question de l’excision ou n’est allé jusqu’au signalement. La batterie de lois est pourtant suffisamment dense pour lutter efficacement contre l’excision, constate Isabelle Gillette-Faye, reste aux professionnels de faire le travail de signalement. Elle constate toutefois une nette amélioration des comportements des médecins installés en ville.

«On n’est pas encore à ce qu’on souhaiterait mais depuis une trentaine d’années que je travaille sur le sujet, je vois ces deux dernières années des appels de médecins généralistes installés en ville. Ce n’était pas le cas avant, l’évolution est nette et forte», commente la présidente du GAMS.

Elle regrette toutefois le manque de signalements de la part de la planification familiale. «Le planning familial accompagne les jeunes filles, rappellent la loi aux jeunes, proposent le cas échéant de porter plainte mais ne fait pas son travail de signalement comment peuvent le faire les PMI.»

«Il faut continuer à marteler les messages de sensibilisation et d’informations. Il est important que le travail de prévention qui se fait en PMI soit ensuite repris par d’autres acteurs. Les familles doivent entendre et comprendre que ce n’est pas que pour les toutes petites qu’elles courent un risque à les faire exciser, ça touche aussi les plus grandes.» Grâce au signalement, une famille sera surveillée de très près et les plus petites des enfants seront alors protégées.

Où sont les hommes?

Hawa et Amy se revendiquent aujourd’hui comme des militantes. Alors que leur engagement vise à protéger les plus jeunes, toutes deux se posent la même question: «Et les hommes dans tout ça?» L’excision est résolument le domaine des femmes: les mères et les exciseuses se trouvent en première ligne lors de la mutilation des filles. L’homme fait figure de grand absent.

«Mon père était complètement à côté de la plaque. Il savait qu’on avait été excisées mais ne savait pas trop pourquoi. Pour lui, c’était comme la circoncision et il ne savait pas vraiment ce que c’était. Je ne lui en ai même pas voulu. Il n’avait pas vécu l’excision alors que ma mère oui. Elle connaissait la douleur de l’excision mais me l’a quand même fait subir.»

Pourtant, l’excision est, selon elle, étroitement liée à l’homme.

«C’est toujours par rapport à l’homme. Si les femmes sont excisées, c’est uniquement pour l’homme, pour qu’à ses yeux, elle soit pure, pour qu’elle n’ait pas de plaisir et n’aille pas voir ailleurs, pour qu’elle soit fidèle. C’est un moyen pour l’homme de dominer la femme, même s’ils sont mis à l’écart.»

Pointer la responsabilité des hommes dans l’excision est un combat que veut mener Amy Djikine: «Je voudrais que les hommes prennent leur responsabilité. On ne les entend pas. Pourtant ils sont coupables autant que les femmes. Une femme excisée n’a pas envie, d’elle-même, de le faire subir cela à sa fille, c’est certain.»

Cette année, la campagne Alerte Excision met en place un chat sur le site En avant toutes afin d’aider les adolescentes à demander de l’aide.

Le 3 mai 2018, le concert «Soyons des héroïnes» sera diffusé via les réseaux sociaux pour aider à la création d’un réseau de Maisons des femmes partout en France.

Dorothée Duchemin

Dorothée Duchemin Journaliste

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