Monde

Les gens les plus individualistes sont-ils les plus altruistes?

Temps de lecture : 2 min

Proportionnellement, les sociétés collectivistes sont bien moins altruistes envers les étrangers que les sociétés individualistes.

Take care | dhendrix73 via Flickr CC License by
Take care | dhendrix73 via Flickr CC License by

Depuis les cinquante dernières années, le comportement dit individualiste n'a cessé d'augmenter partout dans le monde, comme l'a relevé une étude parue en 2017 dans Psychological Science: les personnes privilégient davantage leurs amis à leur famille, veulent que leurs enfants soient indépendants, et attachent de l'importance à la liberté d'expression –autant de valeurs associées à l'individualisme, selon Abigail Marsh, professeure associée de psychologie et de neuroscience à l'université de Georgetown.

Des sociétés de plus en plus individualistes

Cette hausse globale, estimée à 12%, serait principalement liée au développement socio-économique: augmentation des revenus, de l'éducation, de l'urbanisation. Parmi les pays qui enregistrent la plus forte hausse d'individualisme, on retrouve aussi des pays en voie de développement comme l'Arménie, la Malaisie ou l'Uruguay.

Cela accompagne un mouvement de prospérité global, et d'élimination progressive de l'extrême pauvreté. D'après la World Bank, 2015 marque l'année où cette dernière est passée en-dessous de la barre des 10%. Abigail Marsh relève que l'individualisme suivrait la même pente que le développement et la richesse.

Démentant l'idée répandue d'un amalgame entre individualisme et égoïsme, Marsh ajoute que «les pays les plus riches et les plus individualistes au mondes s'avèrent également être parmi les plus altruistes».

Cette dernière affirmation s'appuie sur le rapport annuel publié par la Charities Aid Foundation (CAF), qui prend en compte des critères tels que le volontariat, les dons de charité et l'aide apportée à un étranger. Cette dernière est la pratique la plus répandue. Le rapport de 2017 fait du Sierra Leone le pays où elle est le plus en vogue, concernant 81% de la population, l'Irak suivant de près, avec 78% de sa population.

Si l'on considère les pays les plus charitables au cours des cinq dernières années, la Birmanie arrive en tête, suivie par les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, le Canada, l'Australie, l'Irlande et le Royaume-Uni: des pays dans lesquels l'individualisme enregistre également ses taux les plus élevés.

La générosité envers les siens, mais pas envers les étrangers

On serait tenté d'en conclure que les pays riches ayant nécessairement plus de ressources, leur situation suffirait à expliquer cette corrélation.

«Cette réponse n'explique pas les schémas de comportements d'aide quotidienne, qui ne requiert pas la richesse», objecte pourtant Marsh, avant d'ajouter:

«La clef pour comprendre le lien entre individualisme et générosité pourrait être ce que le World Giving Index mesure comme générosité envers les étrangers. Les membres de cultures collectivistes attachent beaucoup d'importance à la générosité et au don –mais surtout à la famille et aux membres d'autres groupes très soudés.»

C'est par exemple le cas de la Chine, classée 138e sur 139 dans le dernier rapport de la CAF: alors même que la générosité est une valeur cardinale inscrite dans la tradition confucéenne, forte et durable, celle-ci a un champ d'application très restreint. Le rapport aux personnes étrangères à des cercles de relations bien identifié apparaît à cet égard comme la ligne de rupture.

Dans les culture individualistes, à l'inverse, la forte «mobilité relationnelle» fait que chaque étranger peut potentiellement, «un jour, devenir un ami», résume Yulia Chentsova-Dutton, professeure associée en psychologie culturelle à l'université de Georgetown.

«Ces phénomènes psychologiques peuvent aider à expliquer pourquoi, bien qu'il n'y ait aucune preuve que les membres de cultures individualistes soient globalement plus altruistes, ces derniers semblent être en moyenne plus altruistes envers les étrangers. Bien que la prospérité croissante et l'individualisme puissent entraîner des coûts sociétaux, une augmentation inévitable de l'égoïsme ne semble pas en faire partie», conclut Marsh.

Slate.fr

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