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La bromance des deux Corées pour les JO va-t-elle durablement améliorer leur relation?

Temps de lecture : 5 min

Les prochains Jeux olympiques d'hiver, qui débuteront le 9 février à Pyeongchang, sont l'occasion pour les deux pays divisés de tenter des rapprochements. Mais sous la glace, le feu couve toujours.

Un couple de patineurs nord-coréens s'entraîne pour les prochains JO de Pyeongchang. |
Ed Jones / AFP
Un couple de patineurs nord-coréens s'entraîne pour les prochains JO de Pyeongchang. | Ed Jones / AFP

Il y a eu la «diplomatie du basket-ball» en 2013 quand l’ancienne gloire des Chicago Bulls, Dennis Rodman, était allé entraîner l’équipe de Corée du Nord. Elle avait fait long feu, l’administration Obama ne voulant pas avoir de rapports avec Kim Jong-un.

Il y a eu quarante ans auparavant la «diplomatie du ping-pong» quand l’équipe américaine de tennis de table, de retour du Japon, avait fait une tournée en Chine. Une première depuis la rupture des relations entre la République populaire maoïste et les États-Unis et le prélude au voyage du président Richard Nixon à Pékin en 1972.

On parlera peut-être dans quelques années de la «diplomatie du hockey sur glace». En effet, pour les Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang en Corée du Sud (du 9 au 25 février), les deux Corées vont former une équipe féminine commune. C’est le résultat de la rencontre dans le village de l’armistice de Panmunjom, entre des délégations des deux États divisés depuis la fin de la guerre de Corée en 1953, la République populaire démocratique de Corée (au nord), dernier bastion stalinien dans le monde, et la République de Corée (au sud), alliée des Américains. Et de la médiation du Comité olympique international.

22 joueurs, 230 pom-pom girls

La Corée du Nord va envoyer vingt-deux athlètes à Pyeongchang, qui concourront dans plusieurs disciplines –ski, hockey, patinage. C’est une habituée des JO d’hiver. Elle a participé déjà à sept éditions sur douze depuis les Jeux d’Innsbruck en 1964. Mais cette année, sa présence prend une signification particulière après les mois de tension entre Pyongyang et le reste du monde, ou presque, à la suite des trois essais de missiles balistiques –dont certains avaient la capacité d’atteindre le territoire américain– et un essai nucléaire. Même les alliés traditionnels de la Corée du Nord, la Chine et la Russie, s’étaient émus des visées belliqueuses de Kim Jong-un.

Le dictateur nord-coréen a depuis fait quelques gestes sportifs. Il a accepté que les deux délégations, du nord et du sud, défilent ensemble sous le même drapeau: une Corée réunifiée en bleu sur fond blanc. C’était déjà le cas en 2000 et 2004 pour les JO d’été et en 2006 pour le JO d’hiver. Mais à l’époque, les relations entre les deux Corées étaient plus apaisées. On parlait de la politique «du rayon de soleil». Pas pour longtemps.

La délégation nord-coréenne à Pyeongchang ne comptera pas moins de 550 personnes, dont 230 pom-pom girls, pour 22 sportifs. Parmi elles, des «spectateurs» chargés de faire la claque mais aussi beaucoup d’accompagnateurs préposés à la surveillance des athlètes pour que certains n’aient pas l’idée de demander l’asile politique au sud.

Trêve olympique

Le brusque rapprochement actuel n’est d’ailleurs pas à l’abri de déconvenues. Exemple: la Corée du Nord a annulé une exposition culturelle qui devait avoir lieu avant les JO, prenant prétexte de reportages «diffamatoires» dans la presse sud-coréenne. D’autre part, Kim Jong-un préparerait une grande parade militaire à Pyongyang pour le 8 février, la veille de l’ouverture des Jeux de Pyeongchang, histoire de rappeler qu’il ne baisse pas la garde.

Il n’en reste pas moins que Kim Jong-un a lancé une offensive de charme après avoir donné l’impression de placer le monde au bord de l’abîme nucléaire. Il a profité de ses vœux de Nouvel an pour répondre à l'invitation à la reprise du dialogue lancée dès son élection, au printemps 2017, par le nouveau président sud-coréen, Moon Jae-in. Ce libéral de gauche veut renouer prudemment avec la politique de détente amorcée au début des années 2000 par un de ses prédécesseurs.

En juin 2000, Kim Dae-jung avait rencontré à Pyongyang Kim Jong-il, le père de Kim Jong-un. Ils s’étaient mis d’accord pour encourager le tourisme sud-coréen au nord et développer la zone franche de Kaesong, au nord du 38ème parallèle, où des entreprises sud-coréennes employaient une main d’œuvre du Nord. Plus une aide de 100 millions de dollars pour l’économie nord-coréenne exsangue. Mais la «politique du rayon de soleil» n’a résisté ni aux aléas de la politique intérieure de Corée du Sud où des présidents conservateurs sont revenus au pouvoir, ni aux provocations du Nord qui a coulé un navire sudiste et bombardé une île contestée entre les deux pays.

Aujourd’hui, la présence d’une délégation nord-coréenne au JO de Pyeongchang met à l’abri le Sud d’une provocation armée. La trêve durera au moins jusqu’aux Jeux paralympiques de mars auxquels la Corée du Nord doit aussi participer. En contrepartie, Séoul a ajourné les manœuvres militaires américano-sud-coréennes prévues pour cette période.

«J’ai un bouton plus gros et plus puissant, et en plus il marche»

Que cherche en revanche Kim Jong-un? À court terme, il ne serait pas mécontent d’enfoncer un coin entre Séoul et Washington en montrant aux Sud-Coréens qu’ils auraient tout à gagner à se désolidariser des propos et des intentions musclées de leurs alliés. Il espère aussi obtenir des concessions économiques qui lui permettraient de desserrer l’étau des sanctions décidées par la communauté internationale. L’aggravation de ces sanctions, approuvée par la Chine à la suite des divers essais balistiques et nucléaires, commence à faire sentir ses effets. Enfin, Kim gagne du temps pour poursuivre son programme militaire tout en éloignant la perspective d’une frappe préventive américaine.

À plus long terme, ses objectifs n’ont pas changé. Il a fait de son pays une puissance nucléaire, même si les experts internationaux discutent toujours de la capacité de la Corée du Nord à placer des têtes nucléaires miniaturisées sur ses missiles intercontinentaux. Il veut avoir la possibilité de frapper les alliés des Américains, voire les États-Unis eux-mêmes, pour les dissuader de chercher à renverser son régime. Et il rêve de chasser les troupes américaines de Corée du sud pour imposer une réunification à ses conditions.

Que Kim Jong-un souffle le chaud ou le froid, le dilemme de Donald Trump reste le même: faut-il engager le dialogue avec Pyongyang ou pratiquer la politique du «nez ensanglanté» (bloody nose), c’est-à-dire envoyer une frappe chirurgicale sur les installations nord-coréennes?

«J’ai le bouton nucléaire à portée de la main», a affirmé Kim.

«J’ai un bouton plus gros et plus puissant, et en plus il marche», a répliqué le président américain.

L’option militaire reste sur la table, mais l’administration américaine est divisée. Le candidat pressenti pour être ambassadeur à Séoul, l’universitaire et diplomate Victor Cha, a finalement refusé le poste. Il n’est pas d’accord avec la politique du «nez ensanglanté» à laquelle Donald Trump n’a pas renoncé.

«Le feu et la colère» promises par le président américain ont peut-être impressionné le dictateur nord-coréen, mais ils l’ont aussi convaincu que son salut passait par la poursuite de son programme militaire. Trêve olympique ou pas.

Daniel Vernet Journaliste

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