France

Législatives partielles: carton plein pour Wauquiez, avertissement pour l'exécutif

Olivier Biffaud, mis à jour le 05.02.2018 à 17 h 02

Le parti du président de la République perd un siège de député dans le Val-d'Oise au profit de la droite et il ne parvient pas à en conquérir un dans le Territoire de Belfort. Un double échec électoral pour Macron et son Premier ministre après huit mois de pouvoir. 

Laurent Wauquiez. |
Geoffroy Van Der Hasselt / AFP

Laurent Wauquiez. | Geoffroy Van Der Hasselt / AFP

L'enjeu des deux premiers scrutins législatifs partiels du quinquennat allait au-delà de la réélection, pour confirmation, des deux députés sortants dont l'élection avait été invalidée par le Conseil constitutionnel. Il s'agissait de prendre la température de l'opinion, les dimanches 28 janvier et 4 février, huit mois après l'entrée d'Emmanuel Macron à l'Élysée. Et par la même de savoir si le macronisme résistait à l'épreuve du pouvoir.

Sur ce point, le pouvoir peut s'inquiéter. La députée sortante de la 1ère circonscription du Val d'Oise (95), Isabelle Muller-Quoy (La République en marche, LREM) a été battue alors qu'elle était en tête au premier tour devant Antoine Savignat (Les Républicains, LR). Elle totalise 48,55% des suffrages exprimés contre 51,45% au vainqueur. Son ballotage était délicat et la participation est catastrophique: un électeur sur cinq s'est déplacé!

De son côté, le challenger centriste, Christophe Grudler (Modem) n'est pas parvenu à prendre le siège de Ian Boucard, député sortant invalidé Les Républicains (LR) au second tour de la partielle dans la 1ère circonscription du Territoire de Belfort (90). Il était, il est vrai, en ballotage très défavorable.

Nette victoire du candidat LR à Belfort

L'échec de Grudler était prévisible car son retard au premier tour était trop important : il avait obtenu 26,67% des suffrages exprimés contre 39,02% pour Boucard. L'écart entre les deux hommes était de 12,35 points alors qu'en juin 2017 le même Grudler avait 8,13 points d'avance sur Boucard, lequel l'avait quand même battu au second tour avec... 279 voix d'avance. La participation au second tour, le 4 février (28,89%) a été aussi mauvaise qu'au premier (29,5%).

 Avec 7.229 voix (58,93%), Boucard (LR) –qui avait vu son élection annulée par le Conseil constitutionnel en raison d'une «manoeuvre» entre les deux tours de juin 2017– devance largement son rival centriste qui totalise 5.039 suffrages (41,07%). Du premier au second tour, le candidat de droite gagne 1.963 voix (+37,28%) et le candidat macroniste, 1.439, soit +39,97%.

Dans le même temps, la participation baisse de 0,61 point, soit 1.229 bulletins en moins. Au premier tour, tous les autres candidats avaient rassemblés 4.631 voix. Les deux finalistes se sont-ils répartis la différence entre ces deux chiffres (3.402)? Seule une étude bureau par bureau permettrait de le dire.

La majorité avait mis le paquet dans le Val-d'Oise

Si François Bayrou, président du Modem, et Christophe Castaner, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement et délégué général LREM, avaient fait le déplacement à Belfort pour soutenir Grudler avant le premier tour, aucun ténor de la majorité ne s'est aventuré avant le second sur cette ancienne terre de figures de la gauche socialiste (Jean-Pierre Chevènement, fondateur du MDC, puis du MRC, Raymond Forni, qui fut président de l'Assemblée nationale, ou Michel Dreyfus-Schmidt, sénateur du "Territoire" pendant vingt-huit ans). Ils avaient probablement compris que l'affaire était pliée.

Situation tout à fait opposée dans le Val-d'Oise où la majorité avait mis le paquet: Castaner encore et surtout Édouard Philippe, le Premier ministre, s'étaient rendus entre les deux tours dans une salle de Pontoise pour exhorter les 250 à 300 personnes présentes à multiplier les efforts de mobilisation pour convaincre les électeurs de se déplacer. Dans cette circonscription francilienne, la participation avait été encore plus catastrophique (20,33%) au premier tour qu'à Belfort.

Arrivée en tête, comme aux élections générales de 2017, la candidate macroniste –le Conseil constitutionnel avait invalidé l'élection car son suppléant était inéligible– avait toutefois perdu les deux tiers de ses électeurs au premier tour: 4.768 (29,28%) contre 13.817 (35,93%). Elle se trouvait donc en ballotage délicat face, une nouvelle fois, à Antoine Savignat (LR) qui avait obtenu 3.855 voix (23,67%) contre 6.827 (17,75%) en juin dernier.

«Très bonne photographie de l'état de l'opinion»

Avec une participation toujours en baisse à 19,09%, dimanche 4 février, Savignat (LR) recueille 7.167 voix (51,45%) et Muller-Quoy (LREM), 6.762 suffrages, soit 48,55%. La candidate macroniste est donc battue de 405 voix. D'un tour à l'autre, le nombre de suffrages exprimés a diminué de 2.355, passant de 16.284 à 13.929 (il y a plus de 80.000 électeurs inscrits dans cette circonscription). Par rapport au premier tour, le candidat de droite a capté 3.312 bulletins supplémentaires (+85,91%) alors que la députée sortante n'en raflait que 1.994 de plus (+41,82%).

«Les élections législatives partielles, c'est toujours la très bonne photographie de l'état de l'opinion et c'est même souvent anticipateur», notait Jean-Marie Colombani dans l'émission Politique diffusée sur France 24, en partenariat avec Slate, après le premier tour de scrutin. «C'est toujours ça qui donne le ton de la réalité du pays», ajoutait le directeur de ce site. Il s'avère donc que la droite progresse et que le mouvement En marche recule.

D'un coup, les lignes bougent dans l'opposition

Il s'agit incontestablement d'un revers pour le mouvement du président de la République. Et donc d'un avertissement pour le chef du gouvernement et le chef de l'Etat. Même si les élections partielles sont rarement favorables au pouvoir en place. Et même si cette circonscription du Val d'Oise, celle qui fait perdre une député au groupe de la majorité présidentielle à l'Assemblée nationale, était acquise à la droite depuis... 24 ans. En effet, Philippe Houillon en avait été le représentant de 1993 à juin 2017, quand il avait été battu par Isabelle Muller-Quoy qui n'aura siégé que sept mois au palais Bourbon.

Le président de LR, Laurent Wauquiez, qui était venu soutenir Savignat entre les deux tours en compagnie de la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, avec laquelle il entretient des relations politiques compliquées, a logiquement tiré avantage de ces résultats électoraux.

«Les victoires de ce soir, a-t-il dit dimanche soir, marquent une étape importante dans le renouvellement et la reconquête menés par notre famille politique.»

De fait, le Val-d'Oise et le Territoire de Belfort viennent, d'un coup, de faire bouger les lignes de l'opposition en général –et de l'opposition de droite en particulier.  

Olivier Biffaud
Olivier Biffaud (36 articles)
Journaliste
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